Guatemala : pour la beauté du monde

Le Guatemala est d'une beauté magique, authentique, mystique même. Le dépouillement et la richesse s'y côtoient allègrement, dans une espèce de valse folle entre sa capitale...
 
PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

Ce furent quatre magnifiques journées. Quatre belles et trop courtes journées au coeur du monde maya, terre foisonnante d’aventures, de couleurs et de sourires larges comme des croissants de lune. Et aussi bien vous le dire tout de suite : on revient du Guatemala avec l’heureux constat que, malgré le développement effréné de l’ère capitaliste dans tous les coins du monde, certains endroits de la planète n’ont tout simplement pas changé d’un iota… Ou enfin, si peu.

 Car même s’il est vrai que le Guatemala est un pays à la culture millénaire, où l’authenticité des traditions est visible dans les mille et un archétypes mayas qu’on y aperçoit un peu partout, il n’est pas rare de voir des hommes et des femmes de villages plus reculés tenant un téléphone cellulaire à l’oreille… et arborant pourtant les vêtements les plus traditionnels qui soient. Mélange hétéroclite de pratiques millénaires — comme la fabrication des tortillas à la main et l’utilisation du métier à tisser traditionnel — et de nouveaux standards de la vie moderne, le Guatemala, de Guatemala City à Antigua, en passant par Chichicastenango (essayez de répéter ce nom trois fois de suite sans que la langue vous fourche, juste pour voir!), Panajachel et les environs du lac Atitlán, est un pays d’une beauté majestueuse, qui vous atteint droit au cœur.

 Le Guatemala, avec ses 23 tribus mayas, n’est certes pas le pays du monde le plus riche sur le plan économique (PIB de 37 000 M$ US en 2009), mais possède en revanche une richesse inestimable : son peuple. Rarement aura-t-on vu des gens aussi accueillants, intrigués et attirés par la présence de visiteurs à peau blanche — qui sont à leurs yeux tous des Américains en provenance des États-Unis — et alléchés… par leur porte-monnaie. Car c’est inévitable, dès que l’on pose le pied en sol guatémaltèque, les innombrables vendeuses d’écharpes, de huipils (un vêtement traditionnel), de chapeaux, de marque-pages tissés à la main (souvent vendus par de tout jeunes enfants) et les vendeurs de fruits, de flûtes de pan et autres babioles se jettent sur vous comme des abeilles sur le bon pollen. Cela dit, une fois que l’on a dépassé le statut purement économique qui amorce chaque interaction avec eux, les Guatémaltèques se révèlent dans toute leur beauté : intéressants, chaleureux, parfois pudiques, mais toujours fiers. Discuter avec un ou une Guatémaltèque est un échange assuré de questions intriguées, d’éclats de rires et parfois même, de savoir-faire. Comme cette fois où, dans le marché de Chichicastenango, une dame s’est mise à m’enseigner comment confectionner des tortillas de maíz « de la bonne manière ». Les meilleurs souvenirs de voyage sont le plus souvent ceux où l’on doit accepter d’être le plus humble possible…

JOUR 1

SUR LA ROUTE DE CHICHICASTENANGO

Après avoir atterri, mangé et dormi une bonne nuit à Guatemala City — « Guate » pour les habitants du pays —, notre groupe de journalistes et professionnels du milieu du voyage prend la route à bord d’un autobus de l’Institut national de tourisme du Guatemala, l’INGUAT. Nous sommes escortés — et le serons d’ailleurs tout au long du voyage — par deux policiers armés à moto. Même s’il n’est pas si dangereux que ça, selon notre guide, de nous promener au Guatemala, aucun risque n’est pris. Quand on entend les nouvelles récentes — les tentacules des narcotrafiquants mexicains seraient en train de s’étendre jusqu’au nord du Guatemala —, on est heureux du souci de l’INGUAT à protéger ses invités. On est un peu mal à l’aise d’être ainsi traités presque comme des vedettes, mais on apprécie néanmoins le fait de se savoir en sécurité.

Les routes du Guatemala sont parfois cahoteuses, mais très souvent très lisses, quoique étroites. Toutes les longues distances se font soit par avion ou en autobus, le pays ne bénéficiant pas d’un réseau de transport ferroviaire. Il n’est donc pas rare de croiser des bus remplis de gens qui sillonnent les rues à vive allure à nos côtés. Nous roulons environ trois heures pour nous rendre au marché de la charmante ville de Chichicastenango. Au moment où nous commençons notre visite, proche de l’Hotel Santo Tomás, des coups de feu se font entendre. Le souffle tout à coup très court, j’apprends rapidement que les coups de feu sont simplement tirés en l’honneur d’une visite diplomatique qui débute : la visite de l’ambassadeur des États-Unis au Guatemala, dont le mandat se termine ce jour-là. Les dignitaires de la ville sont vêtus de costumes très colorés, et coiffés de « turbans » qui le sont tout autant.

 « Chichi » est agréable, éminemment vivante et dynamique. Dès qu’on en foule le sol, l’odeur du copal se consumant chatouille nos narines. Le copal est une substance résineuse utilisée depuis des centaines d’années au Guatemala pour embaumer l’air, sa fumée s’apparentant à celle de l’encens. On va au marché de fruits et légumes où les mères de famille guatémaltèques négocient le prix des tomates, des piments de toutes les variétés et de la farine de maïs, élément de base de la culture maya s’il en est. Partout autour, il y a des étals, modestes, jonchés d’objets de toutes sortes : écharpes, poupées tissées, chandelles, boules de copal, chocolat et café, huipils, rideaux, courtepointes, tabliers, etc. Nullement dupes, on a tous compris le principe : « Chichi » est la destination pour vendre et acheter. C’est le lieu de prédilection des touristes en quête du parfait jeté de lit, mais cela ne nous embarrasse pas trop et ne rend pas l’endroit moins charmant, car les touristes y côtoient les habitants locaux, qui y achètent aussi ce dont ils ont besoin pour la vie quotidienne. On explore les lieux, on prend moult photos pour immortaliser cette orgie de couleurs, on goûte à la bière locale — la Gallo — et on s’emplit les poumons des effluves de copal et de tortillas. Ça y est, la joie d’être au Guatemala pénètre nos esprits et nos cœurs pour de bon. Nous reprenons la route, direction le lac Atitlán.

JOUR 2

LAC ATITLAN ET ANTIGUA

Si vous croyiez que le Guatemala ne pouvait répondre à vos envies de luxe et de dépaysement total, vous aviez tort. Premièrement, le pays compte 33 volcans, dont trois sont toujours en activité. Seulement avec ce paysage tout en montagnes, la Sierra Madre de Chiapas, on en a plein la vue. Mais ce n’est pas fini. Le bus nous emmène au creux des montagnes, à quelques heures de route de Chichicastenango, dans la région du lac Atitlán. Le lac Atitlán est un lac volcanique et l’une des rares étendues d’eau du Guatemala. Il est entouré d’une douzaine de villages où il est possible de cultiver une multitude de produits maraîchers. Pour ce qui est du luxe, l’INGUAT a prévu les choses en grand et nous invite à passer la nuit dans ce qui semble être l’un des plus beaux hôtels du Guatemala, l’Hotel Atitlán. Paradisiaque, retiré, tranquille, l’hôtel est riche en œuvres d’art guatémaltèques, les chambres y sont confortables, les jardins, magnifiquement aménagés, et enfin, la vue de la terrasse de l’hôtel est à couper le souffle. J’ai pu savourer pleinement l’étendue de ma chance d’être là au moment de tremper mon gros orteil dans cette baignoire à remous faisant face à un gigantesque volcan et à un lac d’une troublante beauté. S’il y a un endroit paradisiaque où il faut aller se reposer au Guatemala, c’est celui-là.

Un mot sur la gastronomie guatémaltèque : je peux difficilement vous informer de la gastronomie typiquement guatémaltèque, car si on met à part les tortillas de maïs et les frijoles — une purée de haricots noirs frits — on nous a emmenés dans des hôtels où la cuisine était surtout d’inspiration… européenne! On a toutefois bien mangé, mais je vous avoue qu’en tant que passionnée de gastronomie, je suis restée un peu… sur ma faim.

Nous reprenons la route, un peu tristes de quitter un si bel endroit. Nous arrivons quelques heures plus tard à Antigua, ancienne capitale du Guatemala et ville aux accents coloniaux. Nous oublions illico notre déception d’avoir quitté le lac Atitlán. Antigua, c’est le charme guatémaltèque dans toute sa splendeur conjugué à la modernité d’aujourd’hui. Des habitations aux toits bas et aux murs pastel — jaunes, roses, bleus, orange — constituent le principal attrait de la ville. D’ailleurs, en raison de la classification d’Antigua comme patrimoine culturel mondial de l’UNESCO, il existe une règle d’urbanisme dans la ville qui impose l’alternance des couleurs des murs de chaque nouvelle habitation bâtie sur le territoire d’Antigua. C’est joli, c’est charmant… et la chaussée n’a rien à envier aux pavés du Vieux-Montréal.

On commence notre visite d’Antigua par la visite de l’hôtel-musée Casa Santo Domingo, un ancien monastère dominicain transformé en lieu de repos plutôt chic pour touristes en mal de luxe et de grand confort. On arpente les rues d’Antigua, on visite les ruines de cathédrales partiellement détruites par de terribles tremblements de terre, on contemple, admiratifs, la sublime façade jaune et blanc du couvent Nuestra Señora de la Merced, communément appelée La Merced. Quelques-uns d’entre nous s’arrêtent pour un verre dans un bar d’Antigua, où l’on peut vraiment vivre au rythme de la ville, tandis que d’autres se laissent happer par une boutique traditionnelle où l’on travaille le jade, pierre emblématique du pays des quetzales.

Enfin, s’il vous prend l’idée de visiter Antigua, sachez que c’est la ville idéale pour faire de jolies rencontres et y apprendre l’espagnol en classe d’immersion. La plupart des étrangers désireux d’apprendre l’espagnol dans une famille guatémaltèque se rendent à Antigua. C’est une ville jeune — tout comme le pays d’ailleurs, la moyenne d’âge y étant de 19 ans —, dynamique et pleine de soleil. Nous retournons à « Guate » pour une nuit réparatrice. Le lendemain, c’est le grand départ pour Tikal, haut lieu des pyramides mayas, dans le nord du pays. Lever à 5 h et départ de l’avion à 7 h. Ouf. La vie en voyage de presse est plus difficile que je ne l’imaginais…

JOUR 3

TIKAL… DANS MA TÊTE

Hé non, bien que j’eusse bien aimé aller à Tikal avec le reste du groupe, une indésirable s’est invitée dans ma vie ce matin-là, et j’ai nommé l’Escherichia coli, ma chérie. C’est donc clouée au lit que j’ai dû m’imaginer, complètement jalouse de mes compagnons de voyage, à quoi pouvait bien ressembler Tikal ce jour-là. Au lieu de la visite de cette vaste cité de vestiges millénaires, j’ai dû accepter à contrecœur de rencontrer le médecin de l’hôtel ainsi que son infirmier. Tout ce que j’aurai donc pu contempler de Tikal ce jour-là, c’est l’hôtel Grand Tikal Futura de Guatemala City… et le goût infect de ma solution de réhydratation. Comme quoi certaines choses ne changent pas, où que l’on soit dans le monde… Pour ce qui est de la médecine toutefois, je vous rassure, le médecin qui m’a traitée était très compétent et ses questionnements anamnestiques, tout à fait appropriés. J’ai même eu droit à une ponction capillaire pour mesurer ma glycémie, c’est dire combien c’était le grand luxe! Fin de la tranche de vie.

 Je rigole un peu de tout cela, mais on m’a rapporté que Tikal était magnifique. L’un des voyageurs du groupe, un homme d’affaires du milieu touristique, m’a même confié qu’on y trouvait de loin les plus belles pyramides mayas qu’il avait vues. Et comme je l’ai cru sur parole, je me permets de vous transmettre son commentaire, puisque c’est tout ce que je puis vous dire sur Tikal.

 JOUR 4

« GUATE »

En pleine forme le lendemain matin (ah, la magie de la ciprofloxacine!), nous sommes partis visiter une petite foire de Guatemala City, où nous avons pu faire deux constats : 1) 3 tacos coûtent TOUJOURS 10 $. 2) les épis de maïs montés sur des bâtons et nappés de mayonnaise et de ketchup sont la version guatémaltèque des Pogos. Et les locaux en mangent avec délectation. « Guate » comme l’appellent les locaux, est une ville très marquée par les influences nord-américaines. Des dizaines, que dis-je, des centaines de McDonald’s, Pizza Hut, Burger King façonnent le paysage urbain de la ville. « Guate » est comme beaucoup de grandes villes : peuplée, dense, parfois malodorante, mais c’est aussi le seul endroit où les vols internationaux atterrissent. On n’y échappe donc pas. Il y a tant à voir au Guatemala — il y a même une tour Eiffel en version plus petite trônant au beau milieu de la ville — que je n’insisterai pas pour que vous alliez à Guatemala City. Si toutefois vous y séjournez et tenez à la visiter, je vous recommande au moins le Musée national d’archéologie et d’ethnologie, un incontournable si on veut comprendre comment le Guatemala s’est bâti sur les plans culturel et social. Pour les grands et moins grands fans de musées.

GUATEMALA : BEAUTÉ, AUTHENTICITÉ ET MAGIE

 Le Guatemala est d’une beauté magique, authentique, mystique même. Le dépouillement et la richesse s’y côtoient allègrement, dans une espèce de valse folle entre sa capitale achalandée, ses volcans sombres, ses lacs cristallins, ses tissus arc-en-ciel et ses magnifiques enfants, hommes et femmes qui, à tout moment, vous arrachent un sourire et vous donnent envie de dire merci à la vie pour tant de beauté.

Ce voyage a été organisé et payé en presque totalité par Aeromexico et l’Institut national de tourisme du Guatemala (INGUAT). Santé inc. les en remercie.

Mots-Clés :, , , , , ,

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

Voir tous les articles par Marie-Sophie L'Heureux
Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

La parole est à vous!

« Nous avons besoin de ce temps avec notre médecin pour ces rencontres. C’est la vie du patient qui se joue. Qui répondra à nos…»

Docteur Novateur

«Michael Roskies travaille dans le respect de ceux qui sont passés avant lui et cherche avec ferveur à s’améliorer pour ceux qui…»

Briser les murs de l’inconnu

«Il n’y a aucun client, sauf moi, mais la grand-mère qui tient le phare me fait signe d’entrer quand même. Elle me fera à manger même…»

De la poutine chez Trump

«Les restaurateurs ont trouvé leur rythme de croisière. C’est qu’il n’est pas évident de concevoir une carte québécoise susceptible de…»

Chaudrée de fruits de mer

« Avec l’ouverture de Riviera, j’espère apporter quelque chose de nouveau à Ottawa, voire devenir la pierre angulaire de la scène…»

Réalités vigneronnes

«Au cours de mes dernières années dans le monde du vin, j’ai rencontré beaucoup de gens qui rêvent d’acheter un lopin de vignes…»