La CAQ et l’avenir de la santé

« Est-ce que Monsieur Legault est au courant qu’en 2010, les médecins de famille ayant 15 ans de pratique et moins ont passé en moyenne 70 % de leur temps de travail en milieu hospitalier ? »

Jacques Boissinot - La Presse canadienne

PAR ANNIE TREMBLAY, résidente en médecine familiale, Université de Sherbrooke
 

Dernièrement, j’ai lu attentivement le « texte de consultation de la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ) en santé ». Les changements proposés au fonctionnement du système de santé actuel dans la réforme Legault ont pour objectifs « d’encourager la prise en charge, de diminuer les délais de traitement et de rapprocher les décisions des besoins réels de la population de chaque région ».

En tant que future médecin de famille (je suis résidente en première année de formation en médecine familiale), je suis confrontée chaque jour aux limitations du réseau actuel. Je vis fréquemment des frustrations lors de mes consultations au bureau lorsque je ne peux proposer à mes patients les services de professionnels dont ils auraient besoin, en raison du manque d’accès à ceux-ci dans le réseau public. Je pense, entre autres, aux services de psychologie, de physiothérapie, d’ergothérapie et de nutrition. Pourtant, l’accès à ces services permettrait sans aucun doute d’améliorer l’efficacité des soins. Cela pourrait représenter une économie directe d’argent pour la société, en diminuant le nombre de prescriptions de médicaments, les consultations d’urgence, les hospitalisations et les transferts (en permettant aux gens de rester dans leur milieu de vie le plus longtemps possible, et avec la meilleure qualité de vie possible).

Je ne peux donc qu’être d’accord avec les changements proposés dans la réforme Legault, qui offrent enfin la possibilité d’avoir un système de soins de santé efficace, où chaque professionnel a les ressources pour effectuer son travail de façon optimale et où chaque patient reçoit les soins dont il ou elle a besoin, au moment où il en a besoin, à l’endroit où il en a besoin.

Toutefois, après avoir lu le « texte de consultation de la Coalition pour l’avenir du Québec en santé », la mise en oeuvre des initiatives énoncées m’apparaît douteuse. Les solutions proposées sont vagues, surtout concernant le financement de celles-ci. Par exemple, l’énoncé 1.3 de la première initiative mentionne que « les médecins de famille et le CSSS auquel ils sont rattachés doivent offrir la globalité et la continuité des soins de première ligne et des soins spécialisés de base ». L’un des changements « concrets » proposés pour soutenir cette initiative est d’offrir aux médecins de famille un soutien clinique et administratif. Monsieur Legault suggère en effet que les « infirmières doivent jouer un rôle accru dans le suivi des patients ». Il n’y a toutefois pas d’engagement clair sur la façon de procéder. En profitera-t-il pour enfin établir un budget permanent pour financer des postes pour des infirmières praticiennes spécialisées? Je le souhaite ardemment, mais je n’en suis malheureusement pas du tout convaincue en lisant son texte.

 Aussi, Monsieur Legault prévoit revoir le mode de rémunération des médecins omnipraticiens afin de les inciter à atteindre un nombre minimal de patients pris en charge. La cible mentionnée est de « 1000 patients pour les omnipraticiens consacrant 40 % de leur temps en milieu hospitalier, et plus de 1500 pour ceux travaillant exclusivement en GMF » (groupe de médecine familiale). Est-ce que Monsieur Legault est au courant qu’en 2010, les médecins de famille ayant 15 ans de pratique et moins ont passé en moyenne 70 % de leur temps de travail en milieu hospitalier en raison des activités médicales particulières (AMP) et autres contraintes administratives? Voici une belle occasion d’un changement concret auquel Monsieur Legault devrait s’intéresser, en proposant, par exemple, une réforme des modalités de participation des médecins aux AMP. Je lui suggère aussi de lire le billet rédigé par le Dr François-Pierre Gladu, président de l’Association des jeunes médecins du Québec, « Le courage d’abolir les AMP », dans l’édition du mois de juillet du magazine Santé inc. En plus d’être informé à propos de cette problématique importante, Monsieur Legault pourra peut-être s’inspirer de cet article pour comprendre ce à quoi je m’attends lorsqu’on me propose un plan d’action. C’est-à-dire non pas des idées vagues de solutions envisagées, mais plutôt un scénario structuré, détaillé, par étapes, de la mise en place de ses initiatives.

Avec les lacunes du système de santé actuel, il faudra un plan bien réfléchi, structuré et réaliste afin d’implanter les changements nécessaires. Lorsque j’aurai vu un tel plan, je pourrai commencer à croire que les choses vont changer. Je pourrai commencer à croire que, cette fois-ci, la vision qu’un politicien me propose aura une chance d’être implantée avec succès, et que son approche sera différente de celle des autres partis politiques, qui ont trop souvent failli à cette tâche. Je serai alors la première derrière lui, car c’est mon plus profond désir que de pouvoir offrir de tels services à mes patients, en tant que professionnel de la santé.

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Résidente en médecine familiale, Université de Sherbrooke.

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