Une pause santé bien méritée

« Je me suis présentée à ce colloque du haut de mon « moi-même », diplômée de la Faculté de médecine, du haut de mes nombreuses années d’expérience, du haut de... »

3e colloque santé des médecins

PAR DENISE DROLET, MD

 

Je veux vous parler de deux belles journées. Je veux vous parler de deux grandes journées. Je veux vous parler d’un colloque extraordinaire, d’un colloque pour moi; moi en tant que médecin; moi en tant qu’être humain, parfois fort, parfois fragile, parfois brillant, parfois confus, parfois sûr de lui, parfois hésitant, parfois gagnant, mais aussi hélas, parfois perdant.

Je me suis présentée à ce colloque du haut de mon « moi-même », diplômée de la Faculté de médecine, du haut de mes nombreuses années d’expérience, du haut de mon statut de présentatrice, du haut de mon sentiment d’invulnérabilité acquis au fil des années, sentiment que je tente de dénoncer depuis plusieurs années, dont je vous parle en vous suppliant (espérant m’en convaincre moi-même) de vous en sortir et d’admettre que personne ne peut être inatteignable, personne, pas même vous.

À mon insu, à côté du médecin que je viens de décrire, il y avait aussi le vrai moi : fatigué des derniers mois de travail; fatigué d’avoir accompagné des patients de son âge dans leur bataille contre un cancer; fatigué d’avoir couvert ses collègues pendant leurs vacances d’été (comme chacun d’entre nous); préoccupé par son incapacité à régler un récent conflit personnel, alors que dans le cadre de son travail, il gère des différends de toutes sortes d’une main de maître; inquiet au sujet de son enfant à l’aube de sa vie d’adulte qui vit les stress reliés à cet âge.

Comment décrire ces journées? On commence avec un discours anthropologique fascinant qui nous sort de nos conférences habituelles. Il n’y a ni « PowerPoint », ni lignes directrices, ni formule scientifique. Il y a un orateur hors pair qui parle de vie, d’évolution, puis de l’origine et de la fonction de ces fameux tabous, thème du colloque. Ensuite, on nomme l’innommable, les tabous de la médecine : le suicide, l’abus de substances, l’inconduite sexuelle, les médecins fragilisés par la maladie physique ou mentale, les erreurs médicales. Oui, on est là pour en parler!

J’ai encore des frissons en songeant aux témoignages entendus. Nous avons ri, nous avons pleuré ensemble et j’aurais tellement voulu que tous les médecins du Québec soient présents pour entendre et pour réaliser notre vulnérabilité, notre humanité. Personne ne peut rester insensible aux mises en garde de cette maman de trois belles grandes filles œuvrant toutes trois dans le domaine médical venue nous raconter le suicide de sa fille médecin qui s’est enlevé la vie dans les heures suivant ce qu’elle a perçu comme une erreur médicale!

Et cette omnipraticienne dévouée, maman de plusieurs beaux enfants, qui nous raconte sa vie aux côtés d’un conjoint aimant, papa présent, médecin apprécié de tous, mais souffrant d’un trouble dépressif résistant aux traitements et qui a finalement complété un acte suicidaire il y a quelques années. Elle nous parle de la souffrance de son compagnon, mais également de la sienne, veuve beaucoup trop jeune, mère de jeunes enfants maintenant orphelins, et du médecin qu’elle est aussi et qui se demande encore pourquoi elle n’a pas pu empêcher celui qu’elle aimait de mettre fin à ses jours.

Et que dire de ce jeune médecin qui a eu le courage de nous entretenir de sa descente dans l’enfer de la toxicomanie? Après avoir tout perdu, il a accepté de se faire aider. Il nous raconte son histoire, la voix parfois altérée par l’émotion, nous confie qu’il est maintenant abstinent, qu’il travaille à temps partiel sous certaines conditions, en attendant la sentence finale. Chapeau à ce médecin qui, devant ses pairs, a osé se dévoiler dans sa vulnérabilité. Peu en auraient eu le courage. Il a toute mon admiration!

La conférence de fermeture m’a émue plus que je ne l’aurais imaginé. Encore un témoignage, mais cette fois-ci d’un lieutenant-colonel de l’armée. La pertinence de son propos repose moins sur le fait qu’il a souffert d’un trouble de stress post-traumatique (les médecins que nous sommes savent que les soldats qui sont allés au front reviennent trop souvent avec cette terrible blessure), que sur sa façon de nous en parler et sur ce qu’il fait maintenant pour aider ses collègues. Après plusieurs années de souffrance au retour de sa mission au Rwanda, il raconte le long parcours jusqu’à son diagnostic de trouble de stress post-traumatique, ses tentatives de suicide, son combat, sa résilience. Entendre sa voix se briser pendant son témoignage, lui, l’officier des Forces armées, un homme « macho » comme il le dit lui-même, nous a atteints droit au cœur. Mais il nous offre un message d’espoir extraordinaire parce qu’il s’en sort progressivement, et aussi parce qu’il a mis en place un programme audacieux d’entraide entre pairs au sein même de l’armée. Il s’agit d’une approche innovatrice témoignant de toute la créativité de son instigateur, et j’ose espérer que si ce programme a été accepté dans un milieu « d’hommes forts », il n’y a pas de raison pour qu’il ne soit pas mis en place dans d’autres milieux, dont le nôtre.

Il y a eu aussi plusieurs ateliers sur des sujets passionnants pour nous aider à mieux vivre notre condition de médecins, mais aussi, et surtout, d’êtres humains.

Et que dire de toutes ces discussions entre nous pendant les pauses, les heures de repas? Parler de nous, de nos difficultés, de nos solutions, de nos vies : il faut le vivre pour le croire.

Plusieurs participants ont mentionné que c’était leur meilleur colloque à vie! C’est mon cas.

Je n’ai qu’un seul regret : qu’il y ait eu si peu de participants. Tous les médecins et représentants des instances administratives gérant le travail des médecins devraient assister à ces conférences afin de mieux comprendre les difficultés liées à la pratique médicale. Je me sens privilégiée d’avoir pris part à cet événement, mais je crains de ne pas réussir à transmettre l’ambiance, le bien-être, le plaisir qui y circulaient. Par contre, j’espère que ce colloque m’aidera à mieux vivre avec ce que je suis comme médecin ET comme humain. Au plaisir!

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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