En voyage à Lisbonne

« Mes savates sont parvenues au cœur du centre historique. Je monte à petits pas une colline pour profiter d’un belvédère, belle esplanade qui jouxte le château St-George... »

Lisbonne : femme forte, femme fragile

PAR CLAUDE GARCEAU, MD 

Mes souliers me ramènent lentement du monument des découvreurs, de la tour de Belem et du monastère de San Joachim tout près, havres de paix oubliés dans le tourbillon de la cité qui, elle, ne vit plus ses gloires passées. Je suis là, à Lisbonne. J’ai mal lu les échelles de distance sur la carte, et un kilomètre se transforme bientôt en interminables rubans de dizaines de kilomètres. Le long des docks, le Tage, le grand fleuve saumâtre de Lisbonne, charrie depuis des temps immémoriaux ses espoirs de mondes meilleurs. Combien de caravelles sont parties au loin chercher gloire et fortune pour ne ramener des années plus tard que des hommes fourbus, aigris, riches d’or, mais vieux, si vieux?

Le long du Tage, des hommes avec de grandes cannes tentent eux aussi de pêcher des chimères. Pêche toujours infructueuse, mais comment leur reprocher d’aimer vivre, sous le ciel azur, leurs illusions? Portugal, jadis grande nation, tu consommes avec douceur les restes de ta gloire d’antan.

Mes savates sont parvenues au cœur du centre historique. Je monte à petits pas une colline pour profiter d’un belvédère, belle esplanade qui jouxte le château St-George, patron de la ville. Le soleil se couche lentement. L’air est doux, quelques chaises vides attendent et le panorama, tout en bas, est sublime. J’admire l’enchevêtrement de maisons blanches et leurs toits d’ardoise. Sous les pins, l’air sent bon et la petite serveuse du bar s’ennuie. Je suis son seul client. Elle me parle des espoirs des jeunes de Lisbonne, de leur frustration d’être membre de la grande Europe, d’être l’un de ces parents pauvres du continent, et d’être les responsables, aux yeux banquiers spéculateurs, de tous les maux du capitalisme. Comme les Grecs. Petite serveuse, tu es si belle, naïve et si fragile, tu es comme cette ville au soleil couchant. Ne t’inquiète pas, je parlerai en bien de toi et on te verra dans cette Amérique qui peuple ces rêves que tu portes.

Le soleil n’est plus que souvenir et l’air devient froid. Le vent se lève. Il est temps de déguerpir de cette terrasse. Que veux-tu, petite serveuse, une autre maîtresse m’attend, celle de la nuit et de ses tristesses.

Le célèbre chanteur des Rolling Stones, Mike Jagger, rapportait aimer par-dessus tout l’atmosphère des bars de fado de Lisbonne. Ce qui était bon pour lui le sera donc désormais pour moi aussi. Mais comment trouver un siège près de ces quelques scènes valables, alors que plus de 40 000 personnes en congrès cette semaine-là se disputent l’âme de la vieille ville?

Lisbonne, comme ses artistes, vit d’espoirs de mondes meilleurs. Une confidence en faisant le pied de grue devant le bar de fado, une promesse d’article à Luisa, qui fait prendre une pause à sa voix pour venir fumer sa clope, et c’est tout ce qu’il faut pour être propulsé à l’avant-scène.

Je suis à ses pieds, dans la pénombre. Luisa Rocha, avec ses yeux noirs et profonds, me chante la misère de toutes les femmes, de toutes ces mères calmes, résignées, aimantes malgré tout, qui pardonnent les folies de leurs hommes et de leurs fils. Ces hommes prêts à voguer sur les mers pour quelques instants de gloire, quelques moments de poussière d’or. Elle chante ces femmes éternelles que l’on trompe, que l’on bafoue, mais qu’on idolâtre aussi. Pauvres hommes, pauvres femmes. C’est le fado, le chant aigre-doux de la tristesse de Lisbonne.

Lisbonne, femme de jour, avec ses attraits, la légèreté de l’être, ses ciels bleus, son linge qui sèche sur ses murs. La musique de la vie heureuse. Lisbonne, femme de nuit, avec ses yeux sombres comme les eaux du Tage. Lisbonne, une gracile silhouette dans un petit bar. Le côté sombre de la vie, présent, immuable. Émouvante dans sa dignité. Fado. Saudade. Luisa donne tout son charme à cette nuit d’exception. Ne t’inquiète pas, Luisa, tu ne figureras pas dans cet article, ou si peu… Juste assez pour te célébrer. Merci pour cette place, j’étais à tes pieds, dans la maison du fado, ton esclave auditif, soumis et heureux de te voir et de t’entendre.

Lisbonne, drôle de ville, à l’inverse de toutes les autres, ton quartier chaud, tu le gardes non pas au ras de l’eau, mais bien dans les hauteurs de tes collines. C’est donc vers le Barro Alto que je monte terminer ma nuit. Le Barro Alto, c’est un peu la rue St-Jean, la rue Peel, Saint-Denis ou le boulevard Saint-Laurent. Le haschich du Cap-Vert, les cheveux crépus du Mozambique, l’insouciance du Brésil et surtout, l’arrogance suffisante de la jeunesse dorée. Comme quinquagénaire, je n’y ai pas ma place. Je me réfugie rapidement dans une petite alcôve qui distille à volonté les mohahitos. Un jeune Brésilien, avec sa seule guitare, chante la vie, la douce vie. Dans la salle, il n’y a que douze femmes et moi. Sous le charme, elles le boivent. Il les a complètement envoûtées. Pendant quelques secondes, nous échangeons le regard complice des hommes qui savent qu’il ne suffit parfois que de quelques paroles pour que les barrières tombent.

Lisbonne, tu es maîtresse des lueurs du jour et compagne des nuits sombres. Et moi, de t’adorer, je te suis dans le sillage des parfums et des chants que tu laisses à la Terre.

MD. Spécialiste en médecine interne, Hôpital Laval. Pour lui écrire : claudegarceau@videotron.ca

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