Médecins et artistes

Il existe des médecins québécois ayant une vie artistique bien remplie en dehors de leur carrière de spécialiste ou de généraliste. Incursion dans l'univers de ces surdoués du bonheur.

Assumer pleinement son côté artistique quand on est médecin

PAR ALEXANDRE MOTULSKY-FALARDEAU

Même sans avoir le don d’ubiquité, il existe des médecins qui ont effectivement une vie artistique bien remplie en dehors de leur carrière de spécialiste ou de généraliste. Et qui a dit qu’on ne pouvait pas être pianiste et psychiatre ou écrivain et cardiologue? Hector Berlioz a bien composé une musique magnifique et Rabelais a tout de même réussi à changer à jamais notre manière d’écrire et de penser avec ses personnages de Pantagruel et Gargantua, n’est-ce pas? Enquête sur ces médecins qui sont aussi des artistes… et pas qu’à moitié!

Bon, on pourrait rétorquer que Berlioz n’a pas terminé ses études de médecine et que Rabelais vivait à une époque où la médecine n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, nous allons quand même vous faire la démonstration qu’il y a des médecins, jeunes et moins jeunes, qui sont capables de pratiquer une activité artistique parallèlement à leurs activités médicales et que cela leur apporte beaucoup de plaisir, d’équilibre et de satisfaction.

DES HOMMES ET DES DIEUX

Certes, comme le dit Homère dans l’Iliade, « un médecin vaut plusieurs hommes ». Or, sans un être un dieu, il est vrai que la femme ou l’homme médecin n’en demeure pas moins un citoyen ayant un statut particulier; il guérit et soigne ses concitoyens. Et en tant que medicus (celui qui est apte à guérir) il occupe une place et une fonction privilégiées dans la société. Mais cette position extrêmement exigeante et complexe ne l’empêche nullement de pratiquer un autre art. Explications.

La médecine est un art comme la musique en est un. On peut parler en effet du rythme cardiaque comme on peut parler du rythme d’une chanson. En fait, comme l’artiste, le médecin exerce et pratique sa discipline avec « zèle » et opiniâtreté. C’est grâce à sa capacité à considérer que son art est utile pour guérir les maux de l’Homme que le médecin fait du bien aux gens, et que ce dernier arrive par les moyens propres à la médecine à atteindre la finalité de son art, à savoir panser les plaies de l’Humanité. Autrement dit : « Pour étudier et pratiquer convenable- ment la médecine, il faut y mettre l’importance; et pour y mettre une importance véritable, il faut y croire », comme le dit si bien Cabanis, le philosophe et médecin cité en exergue de l’Histoire de la médecine de P.-V. Renouard.

CES MÉDECINS ARTISTES

Comme Euterpe, « la toute réjouissante » muse de la musique, ou comme Melpomène, muse du chant, de l’harmonie musicale et de la tragédie, toutes deux filles de Zeus, il existe des médecins spécialistes qui s’adonnent à la musique avec une application qui s’explique par leur inextinguible croyance en l’art musical.

Le Dr Mathieu Bilodeau, jeune psychiatre – il a officiellement commencé à pratiquer cette année -, même s’il n’a pas eu tout le temps qu’il aurait souhaité pour jouer du piano pendant ses études en médecine, a tout de même réussi à compléter une maîtrise en piano au cours de celles-ci. « Je continuais par plaisir, explique-t-il. En résidence, c’était devenu presque impos- sible de poursuivre, mais mon idéal avait toujours été de continuer une carrière de pianiste, de pouvoir être capable de faire de la musique de chambre, de jouer avec d’autres gens et de pouvoir m’amuser avec des professionnels. On a la chance, en psychiatrie, d’avoir un horaire qui nous permet de mieux pratiquer un art. »

Pour le Dr Bilodeau, jouer de la musique est plus qu’une passion, c’est un besoin viscéral. « Quand cela fait trop longtemps que je n’ai pas joué, note-t-il, j’ai besoin de m’installer au piano, j’ai besoin de jouer. C’est un peu comme les gens qui font du sport de façon intense : s’ils arrê- tent d’en faire, ils perçoivent un manque; c’est ce que je vis. » Même si la médecine est quelque chose de passionnant, elle peut être difficile par moments et la musique permet une échappée bienfaisante. « On peut avoir des cas complexes, on peut être impliqué dans des choses qui nous dépassent. C’est pourquoi la musique est un médium extraordinaire pour aller ailleurs, pour décrocher complètement. Je pense que c’est une bonne façon d’équilibrer le côté scientifique, rationnel, qui prend parfois trop de place, et le côté artistique. Il n’a pas toujours été aussi évident pour moi que la musique était quelque chose dont j’aurais [un jour] de la difficulté à me passer. C’est aujourd’hui quelque chose qui va de soi. Pour moi, il doit y avoir de la place dans ma vie pour être capable de faire de la musique et d’en faire toujours plus, même si je suis aussi médecin. Il y a moyen de trouver un équilibre et de mener une vie professionnelle médicale intensive et une vie artistique parallèle. » Mathieu Bilodeau est d’ailleurs en train de monter un concert avec Simon Patry et Evelyn Keller, deux collègues psychiatres. Tous trois s’affairent à monter un concert qui aura lieu au Palais Montcalm en juin 2012. Ils travaillent donc activement leurs répertoires et leurs partitions… tout en cherchant un orchestre! Avis aux intéressés…

Nous avons aussi interrogé le collègue du Dr Bilodeau, le Dr Simon Patry, pour qui le piano a toujours été une bonne manière de s’évader : « La musique permet de dire en notes ce qu’on n’est pas capable de dire en mots», dit-il en ajoutant qu’il est l’un des médecins les plus occupés de son hôpital. Mais comment parvient-il à conjuguer musique et médecine ? « Je n’ai pas de vraie bonne réponse à donner à la question : « Où est-ce que je trouve le temps d’être pianiste? » La seule réponse que je peux fournir, c’est qu’il faut le prendre, le temps, sinon vous vous faites bouffer par toutes sortes de choses. Il faut mettre la pratique d’un art à son agenda de manière aussi stricte et claire que ses rendez-vous avec ses patients. Faire cela, c’est prendre un rendez-vous avec soi-même, avec ce qu’on aime. C’est certain que prendre rendez-vous avec soi-même, ça ne semble pas très payant a priori, mais c’est payant sur le plan personnel, sur sa propre santé mentale et physique. »

Et comme Calliope, la muse « qui a une belle voix », qui connaît l’art de la belle parole, du « bien dire » et de l’éloquence, certains médecins écrivent. C’est le cas du Dr Jean Lemieux, un écrivain de Québec (jeanlemieux.com), qui écrit depuis longtemps tout en pratiquant la médecine à titre d’omnipraticien. Il a accepté de nous raconter sa vie d’artiste depuis Paris, où il séjournait au moment d’écrire ces lignes. Quand nous lui avons demandé comment il trouvait le temps pour écrire et pratiquer la médecine, il nous a répondu qu’« écrire un livre ne prend pas davantage de temps que celui exigé par la poursuite d’un passe-temps exigeant comme le piano, la course à pied ou le yoga. Par contre, a-t-il ajouté, la discipline est essentielle: il faut travailler un peu chaque jour, une à deux heures si possible. Les jours de congé, des plages [de temps] plus longues sont réservées à l’écriture. Une grande partie du travail de l’écrivain se déroule alors qu’il n’est pas devant son ordinateur. […] Quand je suis dans une période d’écriture plus intense, je pense à mon roman avant de m’endormir, question de le « conserver en marche ». Il faut aussi sacrifier certains loisirs. Je regarde peu la télévision. Écrire demeure un acte solitaire et difficile. Il m’est arrivé souvent de me lever avant l’aube pour écrire une ou deux heures avant d’enfiler mes habits de docteur. »

Malgré les sacrifices et les heures passées dans la solitude, Jean Lemieux poursuit sa vie artistique, parce qu’écrire est pour lui une sorte « d’hygiène de l’âme ». « Dans mes livres, note-t-il, je mets en scène mes questionnements, mes angoisses, mes désirs. Le métier d’écrivain me met aussi en contact avec des créateurs passionnés et avec des lecteurs. C’est pour moi une com- munication vitale. Le processus de création est régénérateur et me permet de mettre en perspective le stress engendré par mon travail de médecin. Par ailleurs, les métiers d’écrivain et de médecin ne sont opposés qu’en apparence. Pour moi, il s’agit de deux aspects d’une même démarche d’observation et de compréhension des hommes et de la société. Mes deux métiers d’écrivain et de médecin se nourrissent l’un l’autre et ne sont nullement en opposition. Je fais parfois face à des contraintes d’horaires ou de disponibilité, mais je jouis du rare privilège d’habiter deux mondes, de mener une double vie. Plusieurs de mes collègues poursuivent des quêtes artistiques en même temps que leur pratique. Il est probable que cette situation devienne de plus en plus fréquente, les nouvelles générations de médecins choisissant de mener une vie plus équilibrée que leurs prédécesseurs. »

Certes, le Dr Lemieux est d’une autre époque et pratique une discipline artistique qui se rapproche davantage de la philosophie que de l’activité exigeante et physiquement éreintante du sculpteur ou du danseur. Mais son « passe-temps » n’en demeure pas moins un art.

Quant à l’art porté par l’une des neuf muses de la mythologie grecque, Terpsichore, « la danseuse de charme », nous avons pu nous entretenir brièvement à son sujet avec la Dre Marie-Hélène Gobeil, qui a pratiqué la danse moderne avant de devenir psychiatre et apprentie ballerine… « Je viens tout juste de recommencer à faire de la danse deux fois par semaine à l’École des Grands Ballets canadiens, mais dans la section loisirs », explique la psychiatre. La danse, qu’elle avait cessé de pratiquer durant ses études en médecine, lui manquait : « Je n’ai jamais retrouvé une activité qui me comblait autant. Pourtant, j’ai cherché, mais c’est la danse, art et activité sportive, qui me fait du bien. C’est en recommençant [à pratiquer la danse] que je me suis aperçue que cela me manquait. J’en fais maintenant à un niveau professionnel; je suis très contente de pouvoir danser à nouveau. »

Mais certains médecins n’excellent pas seulement en médecine, en musique et en danse. Quelques-uns abordent même des formes d’art qui sont parfois mal-aimées et boudées par une intelligentsia peu encline à inscrire les œuvres des Goscinny et autres Hergé de ce monde au panthéon des arts dits « nobles ». La bande dessinée n’est pas en reste dans le milieu médical comme en fait foi l’initiative du Dr Julien Poitras, vice-doyen aux affaires cliniques et professeur à l’Université Laval, et de l’urgentologue François Paquet, qui ont uni leurs talents à celui d’un infirmier, Yves Lessard, et à d’un célèbre coloriste et dessinateur québécois, André Gagnon, alias Gag. Leur BD humoristique, intitulée STAT, une urgence en BD, fera autant rire les représentants du milieu de la santé que les simples citoyens.

L’ÉPANOUISSEMENT ARTISTIQUE

Tout le monde connait le célèbre refrain « J’aurais voulu être un artiste » de la chanson Le blues du businessman de la comédie musicale Starmania. Cette chan- son semble sous-entendre que celui qui n’est pas devenu un artiste et qui a choisi une profession non artistique vit un manque dans sa vie, qu’il n’a pas fait le bon choix, qu’il aurait pu être autre chose que ce qu’il est. Bref, pour ceux et celles qui ont fait « l’autre choix », qui ont suivi l’autre voie et qui ont décidé de gagner leur vie autrement que par le métier d’artiste, la chanson de Plamondon évoque la situation du businessman comme un point de non-retour. Mais est-ce vraiment le cas? Si on choisit la médecine, pourquoi cela exclurait-il de choisir aussi les arts? Cette première question en amène une autre: est-ce que tous les médecins ont, eux aussi, toujours rêvé secrètement de tout quitter pour s’adonner à leur passion artistique? D’aucuns diront que oui… Chose certaine, beaucoup de médecins ont une vie artistique active et bien remplie. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à s’adonner, par amour de leur art, à la danse, au piano ou aux pinceaux.

Entrevue avec le Dr Jean Cliche, radiogiste d’expérience et… jeune acteur!

santeinc.com

Réforme, amour et violence

« En relisant les études réalisées sur le système de santé depuis la réforme de 1971, André Lemelin a été forcé de constater leur très partielle…»

Quoi d’neuf, Docteur?

Quelles sont les dernières nouveautés susceptibles d’avoir des impacts sur  votre vie personnelle ou votre pratique médicale ? 

L’heure de l’apéro

«L’arrivée des beaux jours affiche un joli dégradé de rosé dans nos verres. Entre le barbecue, le matelas gonflable dans la piscine…»

Pesto de roquette candide

«Pour rendre grâce à l’été et pour nous donner un bref aperçu de l’approche Candide, John Winter Russell nous suggère cette salade …»

Vœux du présent

«Comme toute médaille a son revers, je songe à mon palmarès des « patients-plaies ». Car il y en a toujours. Il y a cette incroyable dame…»

Fonds communs pour médecins

– Fonds FMOQ
– Fonds Professionnels
– Gestion MD