Loi 41 : ce que vous en pensez

Un éditorial a été écrit dans le dernier numéro (Janvier-Février 2012) au sujet du projet de loi 41 permettant aux pharmaciens un certain droit de prescrire. Voici ce que vous en avez pensé...

« JE NE COMPRENDS PAS LE RAISONNEMENT DU COLLÈGE… »

Bonjour,

Je partage aussi les préoccupations de votre éditorial (Santé inc., jan-févr. 2012). Réduire un diagnostic à l’officine du pharmacien me parait une simplification d’un acte qui est la plupart du temps complexe, toujours judicieux et surtout rempli d’une responsabilité nourrie par l’expérience d’un long apprentissage. L’utilisation de la loi 41 me paraît encore une fois un raccourci et un bouche-trou qui frôle la facilité et qui sent le mercantilisme. Il n’y a pas si longtemps, ces mêmes pharmaciens revendiquaient le droit de vendre des cigarettes! Quelle formation ont-ils pour poser un diagnostic médical?

Récemment une patiente venait me voir pour ce qu’elle décrivait et qu’elle pensait être une infection urinaire basse (cystite) comme on en voit tous les jours. Le questionnaire allait aussi dans ce sens. Mais mon examen de la région sus-pubienne m’était suspect et je lui ai suggéré un examen gynécologique au cours duquel je trouvai une masse de la grosseur d’une mandarine à l’annexe gauche. Une échographie subséquente révéla une lésion complexe suspecte de néoplasie. Je l’ai donc rapidement dirigée en gynécologie. Si cette lésion s’avérait en effet être un cancer de l’ovaire, on sait bien qu’il n’y a pas de temps à perdre pour s’y attaquer. Un pharmacien aurait-il examiné cette patiente? Aurait-il suspecté le diagnostic? Serait-il allé plus loin que l’antibiotique? Est-il équipé des connaissances appropriées pour le faire?

Il va sans dire que je ne comprends pas ici le raisonnement du Collège, qui est si sévère et si exigeant quant à la formation des médecins ainsi qu’à leur formation continue.

Robert Laflèche, MD
Magog

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LA PÉNURIE JUSTIFIE-T-ELLE TOUT?

Bonjour,

Je réponds à votre éditorial « La loi et l’ordre ». En gros, j’aime beaucoup vos arguments et l’objectivité du questionnement dont vous faites preuve. Vous allez à l’encontre du réflexe instantané d’être d’accord pour améliorer l’accessibilité et vous vous questionnez sur l’efficacité réelle de telles mesures. On doit se questionner honnêtement sur les réelles motivations derrière l’argument du « bien du public ». Je pourrais proposer plusieurs mesures qui seraient très efficaces pour minimiser le recours aux médecins, mais dont l’Ordre des pharmaciens du Québec ne parle pas (serait-ce en raison de l’absence de gains financiers?).

L’autre point que j’ajouterais à votre argumentaire est le prix social de l’augmentation de l’accessibilité. En effet, jusqu’où le fait d’être en pénurie justifie-t-il d’accepter la diminution de la compétence des personnes ressources? Il n’y a pas de chirurgien cardiaque à Baie-Comeau, par manque de débit nécessaire de patients pour conserver une expertise. Ce « manque d’accessibilité » justifie-t-il que les citoyens de Baie-Comeau se fassent opérer du coeur par un gynécologue? Nous avons pris, en tant que société, la décision de préserver la qualité de l’acte et de transférer les patients à Québec, où ils peuvent être traités par les chirurgiens ayant l’expertise adéquate.

Accepter d’augmenter l’accessibilité en acceptant une diminution des compétences doit être une décision de société. Nous pourrions alors accepter qu’un étudiant en médecine, qui n’a pas terminé son cours, puisse aller tout de même pratiquer dans le Grand Nord, les besoins dans les régions éloignées étant tellement criants après tout…

Je vais respecter la décision de la population québécoise sur la qualité des services de santé versus l’accessibilité. Cette décision doit cependant se prendre après un débat objectif des questions mises en cause et il faut que cette décision soit prise de façon éclairée. Je n’ai cependant pas l’impression pour l’instant que ce soit le cas.

Le milieu dans lequel je travaille est l’exemple type de ce qui ce passe. Je suis responsable d’une clinique de santé-voyage. Je trouve inconcevable de sortir la composante médicale du counselling sur les maladies tropicales comme le paludisme ou la dengue, et de sortir l’évaluation du risque médical propre à chaque destination et à chaque personne selon ses antécédents médicaux. La santé-voyage reste avant tout une branche de la médecine tropicale, de l’immunologie (vaccins) et de l’épidémiologie. La loi 41 donne cependant la possibilité aux pharmaciens qui ont engagé une infirmière de faire des prescriptions de médicaments contre le paludisme et de donner des vaccins. Les patients qui seront vus dans ce contexte seront loin de recevoir la même qualité de services que dans les cliniques santé-voyage médicales. Les services de pharmacie seront cependant bien moins dispendieux (ça coute cher, un médecin…). On risque de voir la disparition au Québec des vraies cliniques de counselling santé-voyage, car il sera impossible pour celles-ci de rivaliser financièrement avec les pharmacies.

Est-ce que la population québécoise sera mieux desservie? Permettez-moi d’en douter.

François Brabant, MD, M.Sc.
Directeur médical
Centre Régional de Prévention Voyage Lachenaie

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CE QUE VEULENT LES PHARMACIENS

Bonjour Madame L’Heureux,

Je suis anesthésiste en centre hospitalier à Montréal. Même si je ne suis pas directement touché par la loi 41, je partage entièrement vos inquiétudes par rapport à ce nouveau projet du ministre Bolduc tel que mentionné dans votre éditorial « La loi et l’ordre ». Ces inquiétudes n’ont été que confirmées par un article dans le rapport annuel de l’Association Canadienne des Chaînes Pharmaceutiques1. En effet, cet article illustre bien la vision des pharmaciens qui voient dans le projet 41 une facon de mettre « leur pied dans la porte » afin de faire plus de revenus et prendre plus de place dans le système de santé au, détriment des médecins de famille. Le patient n’est clairement pas leur préoccupation première. De plus, les pharmaciens ne réalisent pas du tout le conflit d’intérêt devant lequel ils se placent, comme vous l’avez si bien mentionné dans votre article. J’en profite pour souligner une citation tirée d’un article1 paru dans un rapport de l’ACCP: « Les pharmaciens sont toujours en tête de liste des professionnels les plus dignes de confiance, mais ils doivent faire savoir aux membres du public ce qu’ils peuvent faire et font pour eux », avance Rita Winn, membre de l’ACCP et directrice générale de Lovell Drugs Limited.

J’espère que cet article vous aidera dans vos réflexions et vos articles futurs.

Dr Anonyme, Montréal

RÉFÉRENCE

1 Welds, K. – « Changement de vitesse ». Rapport 2011 de l’ACCP (Association canadienne des chaînes de pharmacie). Éditions Rogers Limitée. pp 3-7.

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santeinc.com

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