Telle que vue à la télé!

Et voilà, le « saint » mot est lâché : l'équilibre. La Dre Guimont est un monstre d'équilibre. Ça se voit, ça s'entend. Dans sa façon pragmatique, mais enthousiaste de décrire sa vie...

Dre Chantal Guimont : telle que vue à la télé!

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

Urgentologue, chercheuse en médecine d’urgence pédiatrique, mère de trois enfants, sportive, professeure au département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval et… coanimatrice à l’émission Les Docteurs à Radio-Canada, la Dre Chantal Guimont raffole des défis de tous types. Et elle n’a visiblement qu’une seule direction en tête : de l’avant. Son objectif principal? Être heureuse. Portrait d’une femme de coeur et de tête, qui a avant tout choisi la pratique de l’équilibre pour guider sa vie professionnelle et personnelle.

Je rencontre la Dre Guimont au sous-sol de la grande tour de Radio-Canada, à Montréal, là où se trouve notamment le studio de l’émission Les Docteurs. Les traits un brin fatigués par la route de Québec à Montréal et la longue journée de tournage qui s’achève à 18 h 30 — et qui a débuté, il faut le dire, à 7 h 30 le matin, comme chaque mercredi et chaque jeudi — la médecin et ex-doctorante en épidémiologie affiche néanmoins un sourire éclatant, chaleureux, son joli chandail bleu rehaussant l’éclat de ses cheveux blonds, prête comme pas une à se faire assaillir de questions.

Assistante de recherche à 25 ans, Chantal Guimont ne savait pas que la médecine croiserait un jour son chemin. Détentrice d’une maîtrise en statistiques, elle se disait qu’il était toutefois impossible pour elle que son évolution professionnelle soit déjà terminée. Avide de connaissances et de dépassement, elle choisit alors de « faire médecine » dans le but de devenir chercheuse en épidémiologie, convaincue qu’elle est bien trop vieille pour envisager les études médicales jusqu’au fellowship. « Mais rapidement, explique-t-elle, je me suis fait avoir, j’ai vraiment été conquise et me suis lancée dans l’externat, puis dans la résidence en médecine familiale. » Le coup de foudre pour la médecine s’était produit. C’est à l’urgence du CHUL, à Québec, qu’elle choisit de commencer sa pratique, où elle oeuvre maintenant depuis 10 ans. « Je n’ai pas fait ma résidence en médecine d’urgence, mais j’étais très attirée par ce milieu. » Elle était alors à mille lieues de se douter qu’un jour, elle coanimerait une émission sur la santé à la télévision d’État et dont les sujets principaux seraient la prévention des maladies et le maintien d’une bonne santé. « Si on m’avait dit un jour que je ferais de la télévision, je n’y aurais pas cru un seul instant. Je ne me destinais aucunement à ça. Mais Radio-Canada a communiqué avec tous les urgentologues et médecins de famille au Québec par l’entremise de leurs associations professionnelles. Ça m’intéressait, j’ai postulé, puis j’ai fait les tests de caméra et enfin, c’est arrivé. Depuis, j’adore ça. C’est vraiment un beau projet qu’on réalise depuis deux ans. » Et même si on la maquille pour les besoins de la caméra plus que son visage ne le requiert et que l’ambiance est un peu plus glamour sur le plateau de tournage qu’à la salle d’urgence, Chantal Guimont n’est pas dupe et peu impressionnable. Elle sait précisément pourquoi elle se trouve là : « Il est certain que c’est agréable d’un point de vue personnel, mais je fais surtout de la télévision pour rendre service. Je ne pourrais jamais faire passer autant de messages préventifs à autant de personnes en toute une carrière à l’urgence qu’à la télévision en une seule semaine. C’est une activité gratifiante, surtout quand on reçoit des messages qui racontent comment on a réussi à aider quelqu’un. Moi, cela me fascine quand cela arrive et ça me donne parfois des frissons! Je ne suis donc pas du tout gênée de dire que je consacre du temps à faire de la télévision! C’est pour moi le prolongement de mon travail clinique. Je sais que je ne suis pas là “juste pour mes beaux yeux”. » Et voilà avec quel aplomb elle répond à quiconque se risquerait de critiquer le temps qu’elle accorde avec ses trois collègues au média le plus utilisé par la population. C’est, du côté de la Dre Guimont, un choix très assumé. Comme tout le reste d’ailleurs en ce qui la concerne…

En effet, plus on discute avec elle, plus on découvre que si Chantal Guimont accomplit autant de choses et qu’elle réussit aussi bien tout ce qu’elle entreprend, c’est non seulement en raison de son sens du défi, qui lui donne la bougeotte et la mène à n’avoir peur de rien (pas même d’une randonnée de 105 km de vélo dans le parc de la Mauricie suivie d’un « petit » dix kilomètres de course le lendemain), mais aussi parce qu’elle semble faire ce qu’elle fait avec une passion non feinte et un plaisir non dissimulé. « C’est important pour moi, dit-elle avec aplomb, de faire ce que j’aime, même si j’aime beaucoup de choses. Je suis capable d’en prendre, mais je sais choisir, je sais prioriser ce qui est important pour moi afin de garder l’équilibre. » Et voilà, le « saint » mot est lâché : l’équilibre. La Dre Guimont est un monstre d’équilibre. Ça se voit, ça s’entend. Dans sa façon pragmatique, mais enthousiaste de décrire sa vie, ses projets et ses choix, l’équilibre toujours l’équilibre. Quand on l’entend défiler sa semaine d’urgentologue — de deux quarts de 8 à 10 heures chacun —, de professeure aux résidents en médecine et aux étudiants en épidémiologie du programme de pharmacie, de chercheuse en médecine d’urgence pédiatrique, de figure de la télévision, de sportive et de mère de famille, on ne se demande qu’une seule chose : mais comment fait-elle? « Mais ce n’est pas si compliqué que ça, dit-elle en haussant les épaules et en riant d’un rire clair. J’ai fait des choix, c’est tout. Pour faire de la télévision, il a fallu que je me consacre un peu moins à la recherche, et donc que j’accepte de ne plus être le chercheur principal en tout temps. Les choix font qu’on se renouvelle. C’est ça, la beauté de choisir. Faire des choix, c’est aussi faire des deuils. » Et elle y arrive. Car bien qu’elle ait de l’ambition, son ambition et son sens du défi ne la dévorent pas ni ne la rendent compulsive. Elle a juste ce qu’il faut d’appétit pour aller là où elle a envie d’aller, sans pour autant se laisser aspirer par le malstrom du « toujours plus ». « J’aime la clinique. J’aime la prévention. J’y crois beaucoup et je n’ai pas le choix d’être moi-même équilibrée si je veux être crédible. Ce qu’on voit à l’écran, ce n’est pas qu’une image, c’est vraiment moi. Je suis vraiment une aventurière de nature et une personne de défis. Je pense que prendre soin de soi, c’est crucial, et encore plus quand on est médecin. »

Un brin plus pudique au chapitre de sa vie personnelle, Chantal Guimont fait toutefois une légère entorse à cette portion de son dévoilement personnel en ce qui concerne ses trois enfants, Coralie, Yannick et Naomie, dont elle parle avec des étoiles dans les yeux. « Je les adore tous les trois et j’ai besoin d’être avec eux, d’être présente. Si je dois faire des choix dans mes activités professionnelles, c’est aussi pour être avec eux. C’est un important choix de ma vie. Je veux être là. »

Décidément, cette femme est sans défauts, me suis-je vraiment dit intérieurement, en la regardant en catimini, alors qu’elle répondait à l’une de mes questions. Quelques minutes plus tard, comme si elle avait pu entendre mes pensées, elle me répond, toujours avec cet aplomb qui lui sied bien : « Non, je ne suis pas parfaite. Oui, il y a des failles. Mais je sais ce que je veux, je ne le cache pas. Et ce que je veux, c’est être heureuse. J’agis par plaisir. J’aime les défis et je les relève habituellement bien. Je n’ai aucune difficulté à prendre des décisions et à changer des choses si je ne suis pas heureuse et si je sens que je peux y changer quelque chose. »

Voilà donc le secret de la Dre Chantal Guimont : un savant idéalisme mêlé d’un pragmatisme optimiste. Et elle arrive franchement à nous donner le goût d’être un peu comme elle, non pas parce qu’elle « fait de la télé » ou parce qu’on la reconnaît de temps à autre dans la rue. Non, en écoutant Chantal Guimont, on a un peu envie de lui ressembler, car on a l’impression, en l’écoutant, de toucher de près au vrai bonheur d’être médecin. Ou, qui sait, au vrai bonheur tout court.

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A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Rédactrice en chef, Magazine Santé inc.

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