Bordeaux 2008 à l’aveugle

Lorsqu’on entend le nom de Bordeaux, on s'imagine inévitablement avec un bon verre de vin rouge à la main. En effet, cette région vinicole est l’une des plus mythiques...

Bordeaux 2008 à l’aveugle

PAR DANIEL BERGERON

Lorsqu’on entend le nom de Bordeaux, on s’imagine inévitablement avec un bon verre de vin rouge à la main. En effet, cette région vinicole est l’une des plus mythiques et des plus connues non seulement en France, mais également dans le monde entier. Les vins des plus grands châteaux de Bordeaux ont d’ailleurs accompagné d’innombrables prestigieux repas au fil des ans. Il est certain que les vins des plus grands châteaux, comme les premiers crus (selon la classification officielle de 1855), sont maintenant inaccessibles pour le commun des mortels tellement les prix sont devenus exorbitants. Cependant, on trouve de très bons châteaux qui se vendent à bon prix et qui peuvent tout autant émerveiller l’amateur de vin.

Pour faire un bon achat, le millésime doit absolument être considéré lorsqu’on cherche un vin de cette région. Il y a aussi la réputation des châteaux, dont on doit tenir compte, car certains ont la capacité de fournir d’excellents produits malgré un millésime plus faible, c’est-à-dire une année où le climat ne fut pas favorable à une maturation adéquate du raisin. Comme on entend souvent dire : « Dans les grandes années, on achète les vins des petits châteaux, et dans les petites années, on choisit ceux des grands châteaux. » Par exemple, les millésimes 2005 et 2009 sont des millésimes d’exception à Bordeaux, tandis que les millésimes 2002 et 2007 sont des millésimes moins réussis.

C’est pour cette raison qu’une dégustation à l’aveugle (c’est-à-dire sans connaître l’identité des vins) de plusieurs vins du même millésime d’une région comme Bordeaux (une dégustation dite horizontale) permet d’avoir une très bonne idée de la qualité de l’année en question. L’année dernière, j’avais d’ailleurs organisé une dégustation à l’aveugle ayant pour thème Bordeaux 2007 (Santé inc., juillet-août 2011). Cette année, c’est le millésime 2008 qui a été évalué avec le même panel de dégustateurs, huit amateurs de vins et dégustateurs avisés, membres du forum de discussion fouduvin.ca.

Huit vins furent servis aux convives dans une seule vague. Parmi ces derniers, on trouvait deux vins de l’appellation Lalande de Pomerol (rive droite), le Château L’Ancien et La Fleur de Boüard. Ces deux vins sont majoritairement constitués de merlot tandis que ceux de la rive gauche, Clos du Marquis, Château Lynch-Moussas, Château d’Angludet, Château Belle-Vue et Château La Tour de Bessan, possèdent une bonne proportion en cabernet sauvignon. Un vin pirate complétait la sélection; il était totalement hors thème, car le pays, l’encépagement et le millésime étaient différents. Les vins furent tous servis en même temps, et les juges devaient dans un premier temps les noter sur 100 points. Ils devaient ensuite répondre à quelques questions portant sur les vins dégustés et, enfin, porter un jugement plus général sur le millésime 2008.

Si on regarde de près le classement (tableau 1), on remarque que deux vins ressortent du lot, soit le Château L’Ancien et le Clos du Marquis, avec des notes moyennes de 89,6 % et 89,5 % respectivement. Les dégustateurs semblent unanimes pour ces deux premières places et, curieusement, ce sont les deux vins les plus dispendieux. Pour le reste du peloton, les notes sont quand même assez rapprochées jusqu’au dernier, le San Roman, un vin espagnol bien noté par la presse spécialisée dans le domaine. Ce vin constituait le vin pirate de cette dégustation. Les principaux commentaires le concernant parlent d’un fruit sucré, d’un élevage marqué et d’un taux d’alcool perceptible. La majorité des gens ont démasqué ce pirate dans leur verre, mais aucun n’a pu déterminer son origine. Le Château Belle-Vue a obtenu la mention « meilleur rapport qualité-prix » après le dévoilement des vins. Mis à part le vin pirate, il semblait difficile de les départager de façon évidente, une certaine constance se manifestant dans le millésime 2008.

On a aussi demandé aux participants d’identifier les deux vins portant l’appellation Lalande de Pomerol. Plus de la moitié des dégustateurs ont identifié le verre contenant La Fleur de Boüard comme étant de l’appellation en question, tandis qu’un seul a réussi à faire le même constat avec celui où se trouvait le Château L’Ancien. Enfin, ils devaient identifier dans quels verres se cachaient le vin le plus dispendieux et le moins dispendieux; une seule personne a réussi cet exploit.

Concernant la qualité générale du millésime, il semble que tous soient d’accord pour dire qu’il s’agit d’une bonne année à Bordeaux, sans être grandiose toutefois. Les vins possèdent beaucoup de fruit, un bel équilibre, de la maturité et une matière déjà accessible, ce qui permet d’affirmer qu’ils peuvent être consommés en jeunesse. En bref, 2008 constitue un millésime de garde moyenne même si quelques vins pourraient surprendre agréablement dans 10 ans. Il a d’ailleurs été perçu par tout le monde comme étant grandement supérieur à 2007. Certains dégustateurs le comparent au millésime 2001 qui s’est avéré accessible en jeunesse et qui a fourni de belles surprises après une dizaine d’années.

Voici quelques notes en vrac sur chacun des vins selon l’ordre servi.

1- Château Belle-Vue, Haut-Médoc : Le fruit ressort, le vin est soyeux, la matière est plus ou moins concentrée et la finale, agréable. Une seule note de 90 et un vote de dernière place.

2- Château La Tour Bessan, Margaux : Nez peu expressif, végétal et fruit en arrière-plan. Bonne acidité en bouche, les tannins doivent se fondre davantage, style droit. Un vote de première place (92 %) et un de dernière place.

3- Clos du Marquis, St-Julien : Le cassis, la réglisse et le caramel ressortent au nez, et en bouche, on dénote de l’équilibre, de l’élégance et des tannins souples. Deux votes de première place et 4 notes de 90 % ou plus.

4- La Fleur de Boüard, Lalande de Pomerol : Une touche boisée, grillée et torréfiée se distingue au nez, et la bouche montre une grande densité. L’élevage est marquant. Notes constantes de 87 à 90 % et un vote de dernière place.

5- San Roman, Toro, Espagne : Au nez, le caramel, le sucre d’orge et l’eau-de-vie ressortent. La bouche exprime un fruit sucré, voire bonbon, un style Nouveau Monde. Une première place avec une note de 92 %, mais 3 votes de dernière place sous les 85 %. Le vin pirate de l’expérimentation.

6- Château L’Ancien, Lalande de Pomerol : Fruits mûrs et boisé élégant au nez. Bouche généreuse et fruitée, tannins accessibles et longue finale.Trois votes de première place et cinq notes de 90 % ou plus.

7- Château Lynch-Moussas, Pauillac : expressif au nez avec ses arômes de moka, de cassis et d’épices. La bouche est tout en fruit avec une bonne acidité et un léger assèchement en finale. Style plutôt moderne.

8- Château d’Angludet, Margaux : Une note de soufre au départ se résorbe pour dégager un fruit agréable par la suite. Équilibre, bel ensemble en bouche, finesse et finale agréable. Une note de première place.

Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d’une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca
Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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