Que jeunesse se passe ?

Les jeunes médecins et les médecins plus âgés sont-ils donc condamnés à ne pas s'entendre parce que leurs valeurs fondamentales diffèrent? Car c'est là tout un changement...

Que jeunesse se passe ?

Au moment où vous lirez ces lignes, peut-être le gouvernement québécois aura-t-il réussi à résoudre la crise qui subsiste entre lui et les étudiants en grève du Québec. À la lumière de la dernière ronde de négociations, rien n’est pourtant moins sûr…

Ce qui m’amène à parler du sujet à la une de ce présent numéro : la génération Y. Ma génération. Une génération souvent divisée entre l’envie de se concentrer sur son petit bonheur individuel, et celle de se porter à la défense de la veuve et de l’orphelin.

Beaucoup de commentateurs l’ont noté dans les médias au cours des derniers mois : la majorité des étudiants toujours en grève ne sont pas les étudiants des facultés de médecine, de droit ou de génie, mais plutôt des étudiants issus du domaine des sciences humaines et des arts.

Qu’y a-t-il à comprendre dans cet état de fait? Que les étudiants en médecine n’ont « pas le temps » de s’insurger? Qu’ils estiment que ce n’est pas leur rôle de remettre en question le modèle québécois d’accessibilité à l’université? Que leurs idéaux ne prennent vie qu’à la condition que cela ne bouscule pas trop leur session? Qu’ils ont finalement convenu qu’entre perdre leur session et se porter à la défense de la social-démocratie, mieux valait utiliser leur temps pour terminer leurs études au plus vite? Je n’ai pas de réponse à cette question, et ne juge d’aucune manière le choix des étudiants en médecine de faire ou de ne pas faire la grève. Je ne sais pas assez bien ce que c’est que d’être un étudiant en médecine en 2012. Cela dit, malgré un vote de grève illimitée en mars à l’Association des étudiants et étudiantes en médecine de l’Université de Montréal et l’existence d’étudiants en médecine s’étant publiquement prononcés contre la hausse des frais de scolarité, une chose demeure : les étudiants en médecine ne sont pas les étudiants les plus contestataires. Seraient-ils plus égoïstes, plus centrés sur leur réussite personnelle, et moins sur l’état de leur société?

D’aucuns de la génération des médecins plus âgés qu’eux diront que oui, puisque la génération Y aurait tendance à favoriser son équilibre travail-vie personnelle plutôt que le nombre de gardes à faire en un mois. D’ailleurs, en avril, au dernier congrès de l’Association médicale du Québec, une jeune résidente en médecine familiale a pris soin de souligner au micro l’importance que revêtait pour sa génération l’équilibre adéquat entre la sphère professionnelle et la sphère personnelle. Ce à quoi j’ai entendu quelques médecins plus vieux répliquer, presque en chuchotant : « Oui, mais les patients, eux? Leur équilibre à eux aussi est important… »

Les jeunes médecins et les médecins plus âgés sont-ils donc condamnés à ne pas s’entendre parce que leurs valeurs fondamentales diffèrent? Car c’est là tout un changement de paradigme qui est survenu au cours des dernières années! Favoriser l’équilibre travail-vie personnelle peut être considéré par les plus jeunes comme la meilleure façon de mieux servir ses patients, comme cela peut être considéré par les plus vieux comme une profonde faiblesse à l’égard de la « vocation » qu’ils ont embrassée.

Faisant moi-même partie de la génération Y, je me permettrai de me prononcer au moins sur un aspect de cet enjeu : l’étude de la médecine est une vocation, l’exercice de la médecine est une profession. Rien n’empêche d’être tout dévoué à sa profession, mais cela demeure une profession. Ce n’est pas un sacerdoce. Le médecin est rémunéré pour un exercice professionnel. C’est son travail, votre travail. Et comme pour tout travail humainement réalisé, vous avez humainement droit à votre équilibre et à du repos. Pour vous-même, mais surtout pour vos patients.

Avec tout ce qu’on exige que les étudiants en médecine retiennent et appliquent, ils n’ont d’autre choix que d’être tout dévoués à leurs études. La base de leur future pratique prend racine sur ces quelques années passées à se remplir la tête d’informations et de bonnes pratiques. Ça, c’est de la vocation! Passé ce stade des études officielles, le médecin continue à se dévouer à son art, mais il est désormais rétribué pour son travail. Vous travaillez. Et c’est là toute la différence entre ces deux façons d’entrevoir la profession médicale. L’une est-elle plus valable que l’autre? Aucunement. Il s’agit simplement de ne pas utiliser à outrance la culpabilisation pour « manquement » à la vocation d’un côté, et de l’autre côté, de rester professionnel, fidèle au code de déontologie médicale et loyal envers ses collègues. Pour y arriver, les médecins, les plus jeunes comme les plus vieux, doivent faire preuve d’ouverture, d’empathie et surtout, doivent discuter calmement de ces enjeux. Il ne sert à rien de se condamner perpétuellement les uns les autres.

Avec la jeunesse vient le changement, la nouveauté. Avec la sagesse vient l’ouverture, la juste mesure. La jeunesse n’oblige à rien. Mais elle se passe et elle bouscule, et ce, pour le bien-être de tous, l’ordre établi. Elle ne l’efface pas. Elle le remet seulement en question pour lui donner juste un peu plus de sens.

MARIE-SOPHIE L’HEUREUX
Éditrice et rédactrice en chef
Marie-Sophie.L’Heureux@cma.ca

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada et pigiste pour d'autres médias.

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