Repositionner notre profession

Le mot changement est sur toutes les tribunes où l'on traite d'organisation de soins. À l'évidence, la première ligne de soins doit être renforcée de toute urgence pour faire...

Pourquoi changer ? Pour qui changer ?

Repositionner notre profession en changeant ses pratiques

Dr Laurent Marcoux, vice-président de l'AMQ

Le mot changement est sur toutes les tribunes où l’on traite d’organisation de soins. À l’évidence, la première ligne de soins doit être renforcée de toute urgence pour faire face au vieillissement de la population et à sa cohorte de maladies chroniques. L’avenir des soins de santé dépend de cette nouvelle réalité, et c’est pourquoi il est urgent de se préoccuper d’innover dans l’offre de services des soins médicaux. Le renforcement de la première ligne passe bien sûr par plus d’effectifs médicaux, mais certainement aussi par une nouvelle configuration de nos modes de pratique. L’innovation commande de nouvelles façons de faire et davantage de collaboration multidisciplinaire et intersectorielle. Aussi devons-nous inventer des façons nouvelles de pratiquer notre profession, explorer des modes de rémunération satisfaisants et motivants pour soutenir de nouvelles pratiques, mieux adaptées aux nouvelles réalités.

On se targue d’avoir le meilleur système de santé au monde. Mais meilleur pour qui? Et meilleur que quoi? Pourquoi meilleur? S’il est le meilleur, pourquoi parle-t-on de le changer? Les médecins et les autres professionnels de la santé ont un statut social, des conditions de travail et une classe salariale enviables pour plusieurs de leurs concitoyens. N’est-ce pas là une situation con- fortable ? Les patients qui expérimentent le système s’en déclarent satisfaits. Bien sûr, il y a de l’attente, mais même après avoir attendu, on est encore satisfait. N’attend-on pas de toute façon pour rencontrer les plus compétents, comme les meilleurs avocats, les meilleurs dentistes, ou pour profiter des meilleurs services comme des meilleurs restaurants, des meilleurs spectacles? Pourtant, des cohortes entières de médecins, de professionnels de la santé, de gestionnaires reconnus et de chercheurs réputés dans le domaine des soins de santé nous affirment preuves à l’appui que nous devons changer le paradigme de l’organisation des soins pour en améliorer l’accessibilité.

John Kotter, renommé pour ses recherches sur le changement, indique dans son livre Leading change que pour que les individus et les organisations changent, ils doivent ressentir un sentiment de crise, un inconfort personnel ou organisationnel si important qu’il faille investir les efforts et assumer les risques qu’occasionne le changement; parce que, oui, il en coûte en énergie et en efforts de changer. Mais ces investissements ne sont-ils pas nécessaires pour soulager l’état de crise et d’inconfort qui, autrement, continuera de faire souffrir?

Pas de changement sans sentiment d’urgence. Alors où est l’urgence d’agir pour nous, les médecins? Et que devons-nous changer ? Le concept même de l’attente pour obtenir des soins de santé. L’urgence d’agir se trouve dans la souffrance et pas seulement l’inconfort, parce que le retard à recevoir un service de santé prive le patient de sa liberté de jouir de sa propre vie. Les citoyens se plaignent de cette attente et font de vaines démarches auprès d’un seul fournisseur pour satisfaire leurs besoins de santé. Pour la majorité, en raison du coût des services privés, le système de santé public est en effet le seul recours. Quand ils mettent finalement le pied dans le système et qu’ils reçoivent un service de qualité, ils sont satisfaits des soins. On les entend se plaindre des efforts pour atteindre le service et non du service comme tel. Il y a donc une nécessité réelle de changement, et les besoins insatisfaits commencent même à exaspérer plusieurs d’entre nous. Ces lacunes de notre système de santé créent de plus des pressions politiques, éthiques et déontologiques dans la société, c’est pourquoi nos dirigeants font écho au besoin de changement.

Non seulement nous sommes, comme médecins, les témoins les plus directs de cette souffrance que le système tarde à soulager, nous en sommes de plus les complices, du moins si nous demeurons silencieux face à cette accessibilité déficiente. Et pour changer cette situation, non seulement devons-nous élever la voix, mais nous devons également nous impliquer nous-mêmes, directement.

L’augmentation de la population vieillissante aura des répercussions importantes sur le temps d’attente chez cette population encline aux maladies chroniques et aux problèmes multiples. Comme médecins, nous devons plus que simplement nous interroger: nous devons innover, nous devons changer. Voilà notre nouvelle responsabilité déontologique, notre responsabilité sociale. Nous devons tous ensemble chercher l’équilibre entre nos valeurs professionnelles traditionnelles et nos nouvelles responsabilités vis-à-vis de nos patients, qui sont toujours notre raison d’être. Nous avons tout à gagner à repositionner et à rénover notre profession par une innovation de notre engagement.

 ***

Quel rôle les médecins devraient-ils jouer dans le développement des changements requis par le système de santé, leur milieu de travail? Pensez-vous que les médecins devraient s’impliquer davantage afin que le système de santé soit celui dont ont à la fois besoin vos patients et vous-même? Et vous, ressentez- vous un sentiment d’urgence vous poussant à changer votre pratique ?

ÉCRIVEZ-NOUS À SANTEINC@CMA.CA 

Le Dr Laurent Marcoux est vice-président de l'Association médicale du Québec (AMQ).

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