Rendez-vous sante Quebec

Vos 5 questions à Yves Bolduc

À la suite de l'entrevue réalisée en juillet dernier avec Yves Bolduc, nous avons cru bon de lui poser cinq de vos questions en vue de l'élection...

Q1 : Pour favoriser l’accès au médecin de famille, seriez-vous prêt à considérer l’abolition des activités médicales particulières (AMP) qui, malgré un but noble, ont eu pour effet pervers d’amener les jeunes médecins vers la pratique hospitalière?

Dre Johanne Rioux, psychiatre

YB : Dre Rioux, il faudrait pour cela qu’on m’assure qu’il n’y aura plus jamais de rupture de service. Or, l’histoire l’a démontré : il y a eu ruptures de service par le passé, puis des médecins qui faisaient chanter le gouvernement en disant « Je n’y suis pas obligé, je n’y vais pas ». C’est ce qui a mené à la Loi 114 en 2002 (une décision de François Legault, d’ailleurs). Cela dit, les AMP sont là pour couvrir les services essentiels. Louis Godin et moi les avons fait passer de 12 heures à 6 heures dans la dernière entente, mais j’ai posé une condition sine qua non : pas de rupture de services. Et qu’est-ce qui est le plus grave entre vous et moi? Qu’il y ait rupture de service dans une urgence parce qu’il n’y a aucun médecin sur place ou qu’une clinique sur rendez-vous n’ait pas de médecin? Pour moi, la réponse est claire. Si on enlève complètement les AMP ou que personne ne peut m’assurer qu’il n’y aura pas d’interruption de services, le chantage reprendra aussitôt et nous nous retrouverons dans une situation aussi difficile qu’elle l’était il y a dix ans.

Q2 : Je travaille dans le plus petit hôpital de Montréal. Bien sûr, nous n’avons pas tous les services. Or, nous n’arrivons pas facilement à organiser l’accès aux soins tertiaires (et même secondaires) à nos patients, car il n’y a pas d’entente de service obligatoire de la part des grands centres et nous avons peu à offrir aux grands centres en échange de leur offre de service. De plus, l’accès aux soins ultraspécialisés, comme le centre des grands brûlés ou la neurochirurgie, est parfois très difficile et il n’y a pas d’autre option. J’aimerais donc que le ministre se prononce sur ce qu’il compte faire pour assurer l’accessibilité aux soins tertiaires pour tous les Québécois s’il est réélu.

Dre Julie Boyer, urgentologue

YB : Ce que vous décrivez là, Dre Boyer, est une problématique typiquement montréalaise. Vous dites : « [P]our tous les Québécois », mais à Rimouski, Chicoutimi ou Gatineau, ce problème-là n’existe pas. Enfin, pour Montréal, le principe est simple : il faut décharger les grands centres des patients qui devraient être desservis par le centre hospitalier ou les ressources intermédiaires de leur communauté ou de leur région. Nous avons apporté plusieurs améliorations à Montréal à cet égard : premièrement, on a divisé la géographie du territoire de Montréal en pôles (par exemple : CHUM/CSSS Jeanne-Mance, Hôpital Général Juif/CUSM/Cavendish/De la Montagne). Plus on agira localement, plus on déchargera les gros centres et meilleurs seront les services de troisième ligne. Dans un deuxième temps, on ferme actuellement des unités de soins de longue durée dans les hôpitaux, et on a augmenté à 1600 les ressources intermédiaires sur l’ensemble de l’île de Montréal. Enfin, on compte augmenter significativement l’offre de services à domicile. On change de paradigme : travailler d’abord avec les petits centres et y développer les services plutôt que de travailler en premier avec les gros. Il nous faut accorder la priorité au communautaire. Si les différents secteurs géographiques s’occupent bien de leur clientèle, on enlève la pression sur les grands centres et on a des services tertiaires beaucoup plus accessibles et mieux développés. Enfin, en ce qui concerne particulièrement Montréal, on continuera de développer la couronne nord et la Montérégie afin d’éviter le surachalandage dans les services de santé montréalais.

Q3 : Considérez-vous la possibilité d’abolir les agences de santé régionales pour rapatrier les budgets au profit de soins directs à la population et faciliter un dialogue direct entre les établissements de santé et le Ministère, lequel est la source ultime des budgets et des décisions en matière de santé?

Dr Claude de Bellefeuille, interniste

YB : Pas une seule seconde, Dr de Bellefeuille! Alors là, absolument pas! Connaissez-vous un système ou une seule entreprise qui gère 31 millions de dollars

et qui fonctionne avec seulement deux paliers? La création des agences faisait partie du plan de décentralisation. Alors qu’on en est à consolider les services, les agences sont plus que jamais nécessaires et curieusement, depuis trois ans, je n’entends plus personne se plaindre franchement de leur existence. Les gens savent parfaitement qu’il est nécessaire d’avoir une forme de coordination au niveau régional. S’il n’y avait plus de palier régional, on serait obligés de gérer tout au niveau national, à distance, avec des employés qui n’auraient aucune idée des réalités des régions pour lesquelles ils travaillent. La décentralisation exige que les décisions soient prises le plus près possible de la base, de la population dans le cas qui nous occupe, mais qu’il y ait coordination au niveau régional. Sans vouloir trop faire de politique, à part la Coalition avenir Québec, il n’y a plus beaucoup de monde qui demande ça, l’abolition des agences. Même le Parti québécois est d’accord avec nous sur ce sujet! Les seuls qui me parlent encore de ça, ce sont ceux qui sont restés avec l’image du fonctionnement des agences d’il y a huit ans, alors qu’on venait à peine de les créer dans un contexte de grande transformation du réseau.

Q4 : Ne croyez-vous pas que la facturation des omnipraticiens est trop complexe et ne favorise pas assez la disponibilité pour une prise en charge totale d’une clientèle et favorise plutôt les cliniques sans rendez-vous et les urgences?

Dr Guillaume Brodeur, gastroentérologue

YB : Nous avons ajusté la rémunération des omnipraticiens dans la dernière entente en ce sens, Dr Brodeur. Cela dit, il faut payer le comportement que l’on veut obtenir dans un contexte de pénurie de ressources. Dans le contexte vers lequel on s’en va, les médecins auront de moins en moins le choix, surtout dans les spécialités. Pour les médecins de famille, avec les PREM, les médecins ne peuvent plus aller n’importe où non plus, ce qui assure tout de même plus de stabilité dans les services. Auparavant, les médecins changeaient souvent de place en une année, mais ils pourront de moins en moins le faire. Avant, 50 % de ceux qui avaient étudié dans une région y restaient. Maintenant, c’est le cas pour environ 90 % d’entre eux. Les nouvelles ententes avec la FMOQ, le partage des actes, et autres, sont tous des éléments qui contribueront à améliorer la situation.

Q5 : Pourquoi payons-nous autant les cardiologues, radiologues et les ophtalmologistes, tandis que d’autres médecins spécialistes ayant une formation égale ou qui ont même reçu plus de formation, tels les anesthésiologistes et les spécialistes de la douleur, n’obtiennent pas le même respect de la part de l’assurance-maladie, et donc, de la société québécoise? Pourquoi la rémunération des médecins spécialistes est-elle aussi déloyale au Québec ?

Dr Raymond Hasel, anesthésiologiste

YB : Cela, Dr Hasel, est une iniquité qui existe entre les spécialistes parce qu’il faut comprendre comment tout cela fonctionne. Vous avez néanmoins mis le doigt sur le bobo : si certains ne sont pas assez payés, c’est peut-être parce que d’autres le sont trop. Bien sûr, au gouvernement, on négocie une rémunération globale avec un pourcentage d’augmentation pour l’ensemble des spécialistes; puis, les spécialistes se partagent l’enveloppe en fonction des différentiels avec les autres provinces, qui, elles, déterminent leurs salaires en fonction des différentiels avec les États-Unis. De plus, avec les années, ceux qui utilisent de nouvelles technologies ont pu augmenter leur performance en raison des technologies. Les PACS en radiologie en sont un bel exemple. Les médecins vont lire 25 % plus de films, mais on continue à les payer selon l’ancienne façon de travailler, alors qu’ils pourraient en faire 25 % de plus. Le problème, c’est que les rémunérations n’ont pas été changées par rapport à ça. Et il y a du travail à faire à ce chapitre. Là où je vois aussi une autre problématique, c’est dans l’écart salarial entre les médecins de famille et les spécialistes, mais il faut faire d’autres travaux sur le sujet.

Photo : Marie-Michèle Tremblay

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