Rendez-vous sante Quebec

Demain, c’est maintenant !

Comment se surprendre que plusieurs médecins n’arrivent pas à la prendre, cette fameuse retraite? Ou qu’ils en reviennent six mois plus tard, ne sachant pas comment remplir...

Bien préparer sa sortie

PAR DRE DENISE DROLET

Vous sursautez en parcourant la chronique nécrologique : n’est-ce pas là le nom de votre médecin spécialiste avec qui vous aviez un rendez-vous dans deux mois? Ne vous parlait-il pas, lors de votre dernière rencontre, des projets passionnants qu’il planifiait pour sa retraite dans deux ou trois ans? Deux ou trois ans ou plus, le temps de trouver quelqu’un pour s’occuper de sa clientèle… Toujours aussi droit et énergique, il traversait allègrement sa soixantaine, se dévouant pour ses patients en pensant à tout ce qu’il pourrait faire plus tard!

Et votre collègue, médecin de famille qui a fêté ses 65 ans la semaine dernière, lui, est fatigué et voudrait se retirer, mais culpabilise au maximum en songeant à sa clientèle, qui lui réitère, à chaque rendezvous, qu’il ne doit pas prendre sa retraite sans se trouver un successeur!

Savez-vous que l’âge moyen de la retraite pour un omnipraticien au Québec est de 68 ans, et autour de 72 ans pour les médecins spécialistes (statistiques du CMQ)? Insécurité financière? Sentiment d’invulnérabilité? Sens du devoir? Oubli de soi? Amour du travail?

Il est justifié de se questionner. Alors que la plupart des individus rêvent du moment où leurs finances leur permettront de prendre cette retraite tant attendue, les médecins, qui devraient avoir les moyens de s’arrêter, le font très tardivement. Pourtant, nous sommes bien placés pour savoir que personne n’est éternel, que l’énergie diminue pour tout le monde avec l’âge, et qu’on ne pourra peut-être pas profiter de ce temps de repos si l’on retarde trop le moment de se retirer.

J’ai donc laissé voguer mon imagination sur cette réalité et voici ce qui en est sorti.

Avez-vous remarqué la grande quantité de papillons en août dernier? Quiconque jardine un peu n’a pas pu les manquer : monarques et belles dames ont envahi nos plates-bandes pour le plaisir des yeux. C’était le temps de sortir vos appareils-photos ou vos crayons et de vous faire plaisir!

Avez-vous vu le nombre renversant de marcheurs, de coureurs, de cyclistes un peu partout au Québec? Ce bel été a favorisé la pratique d’activités physiques extérieures pour tous et beaucoup en ont profité! Est-ce votre cas?

Avez-vous pris part à au moins un des nombreux festivals présentés partout au Québec? Assisté à des spectacles musicaux? Parcouru des jardins fleuris, des vignobles, des parcs? Fait quelques achats en visitant un salon de nos artisans? Partagé un moment avec vos amis au bord de la piscine ou d’un lac près de chez vous? Lu un bon roman à l’ombre de votre pommier? Passé du temps en famille?

Mais, voyons, je fabule, vous étiez sûrement au travail, la population a tellement besoin de soins! Et vos deux ou trois semaines de vacances se sont écoulées à vitesse accélérée. Il fallait régler une multitude de choses en retard, amener les enfants au parc aquatique, aider votre adolescent à perfectionner la conduite automobile, préparer la rentrée scolaire, visiter un parent vieillissant, etc. Du temps pour vous, pour pratiquer une activité qui vous plaît? Oui, oui, me direz-vous, j’ai lu un roman qui attendait sur la table de chevet depuis plus d’un an et… j’ai assisté à un concert. Vous vous promettez de récidiver dès que possible, aux fêtes peut-être, sinon, l’été prochain… ou lors de votre retraite!

Comment se surprendre que plusieurs médecins n’arrivent pas à la prendre, cette fameuse retraite? Ou qu’ils en reviennent six mois plus tard, ne sachant pas comment remplir leurs journées libres. En effet, comment vivre la retraite si l’on n’a jamais fait autre chose que travailler, si l’on ne s’est jamais arrêté à penser à ce qui nous intéresse, ce qui nous stimule? On ne s’improvise pas photographe, artiste, sportif, du jour au lendemain. Enfants, nous avions tous des loisirs, des intérêts, des rêves. Pendant nos études médicales, nous avons manqué de temps pour nous y consacrer et plusieurs d’entre nous ont laissé de côté ces intérêts en pensant y revenir plus tard. Mais c’est difficile de reprendre une activité ludique une fois la pratique active amorcée. Peu y arrivent. Malgré ce qu’en disent certains, les médecins travaillent fort : les journées sont longues, le travail de fin de semaine est souvent nécessaire, les vacances, insuffisantes. En conséquence, nous avons délaissé les activités qui demandent du temps, de la continuité, de l’entraînement. Par ailleurs, la médecine est tellement intéressante et gratifiante que plusieurs d’entre nous y ont puisé une source d’énergie et de plaisir et y ont trouvé leur raison de vivre. Ils arrivent à 60 ans sans s’être investis ailleurs et ne savent pas comment s’y prendre pour vivre autre chose. Ils sont fatigués et ont perdu de vue ce qui les stimulait autrefois, ne trouvent plus de sens à leur vie.

Alors que faire?

Voyez ce diagramme :

 

Vous remarquerez sûrement que non seulement le travail prend beaucoup de place, mais que la section « personne », qui occupe le centre dans un contexte de vie équilibrée, n’existe plus! Le peu de temps que les médecins consacrent à autre chose que le travail est réservé à la famille ou aux amis, jamais à eux-mêmes!

Quand ils prennent leur retraite, alors que les enfants sont devenus grands et autonomes, que leurs rares amis sont encore au travail ou en Floride et que leurs conjoints, qui ont supporté leurs absences pendant toutes ces années, ont maintenant de la difficulté à les avoir dans les pattes, que leur reste-t-il? Comment peuvent-ils s’en sortir? Comment peuvent-ils s’arrêter?

Donnez-vous le temps de vous connaître mieux, explorez des activités nouvelles, acceptez de l’aide, assistez aux rencontres de préparation à la retraite, investissez dans une psychothérapie axée sur vos besoins, ouvrez vos horizons. Vous y arriverez à condition d’y mettre beauco up d’efforts. J’ai confiance; le travail acharné, vous connaissez!

Et si vous êtes encore jeunes… efforcez-vous dès maintenant de maintenir l’équilibre malgré tout ce que peuvent en dire vos aînés qui aimeraient que vous soyez aussi fous qu’eux et aussi dévoués à la médecine qu’ils l’ont été (afin de les soulager un peu). Vous pouvez être de bons médecins sans y consacrer tout votre temps. Investir dans ce que vous aimez, dans vos proches, dans vos loisirs, vous permettra d’arriver à la retraite plus serein et moins désemparé. Vivre en équilibre, comme l’illustre le schéma ci-contre, devrait être l’objectif de tout individu, quel qu’il soit. Et ainsi, vous verrez le temps qui passe, les papillons qui virevoltent, les enfants qui grandissent, vous réaliserez quelques-uns de vos rêves, vous perfectionnerez certains talents, vous tenterez de nouvelles expériences. Tout cela, vous le ferez un peu pendant les temps libres que vous aurez préservés au cours de votre vie active et beaucoup à la retraite quand vous aurez plus de temps et moins de contraintes. Vous pourrez ainsi, comme la plupart des autres retraités, laisser sans regret une profession exceptionnelle et expérimenter la liberté de faire ce qui vous plaît, au moment voulu et au rythme qui vous convient.

« Il faut apprendre à rester serein au milieu de l’activité et à être vibrant de vie au repos. » Gandhi

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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