Bordeaux : retour sur une grande décennie

Contrairement aux années 90, qui ont produit certains millésimes assez médiocres (1991 à 1994, et 1997), les années 2000 à 2009 ont donné beaucoup de bons millésimes...

Bien boire

PAR DANIEL BERGERON
PROFESSEUR TITULAIRE DE CHIMIE ORGANIQUE ET DE CHIMIE DU VIN CEGEP DE LÉVIS-LAUZON
TITULAIRE D’UNE MAÎTRISE EN CHIMIE ORGANIQUE

Lorsqu’on fait un petit retour sur la dernière décennie (2000 – 2009) à Bordeaux, on constate qu’elle s’est révélée très intéressante sur le plan de la qualité des vins rouges élaborés. Contrairement aux années 90, qui ont produit certains millésimes assez médiocres (1991 à 1994, et 1997), les années 2000 à 2009 ont donné beaucoup de bons millésimes et très peu de mauvais. Par exemple, les millésimes 2000, 2005 et 2009 ont vu naître des vins très concentrés qui demandent encore à vieillir, tandis que le millésime 2001 a causé une surprise en raison de sa qualité impressionnante et de son accessibilité en jeunesse. Je vous propose donc une petite rétrospective bien personnelle de cette décennie.

2000

Ce millésime, qui a marqué le nouveau millénaire, a été abondamment encensé par la presse spécialisée, qui l’a qualifié

d’exceptionnel. Il est certain que les vins de ce millésime sont extrêmement concentrés et idéaux pour la longue garde. J’ai eu l’occasion de faire beaucoup de dégustations horizontales des bordeaux 2000, et ce millésime m’a semblé moins extraordinaire que prévu. Cependant, ces vins semblent encore très jeunes et sortiront peut-être de leur coquille d’ici cinq à dix ans, voire plus. Si vous avez de grands crus version 2000 en cave, je vous conseille la patience.

2001

En ce qui me concerne, ce millésime constitue tout une surprise. Au départ, il a été sous-évalué, car il se retrouvait dans l’ombre de 2000, mais on a rapidement compris que ses vins étaient très charmeurs lorsque dégustés en jeunesse. De plus, les vins de ce millésime possèdent une matière qui leur permettra de bien vieillir. J’ai d’ailleurs fait l’erreur de minimiser l’achat de ce millésime et je m’en mords maintenant les pouces. Vous pouvez boire ces vins maintenant, et laisser vieillir les meilleures cuvées.

2002

Millésime beaucoup moins concentré que les deux derniers, il a d’abord été perçu comme très moyen. Cependant, il a donné des vins fruités et relativement équilibrés, agréables à boire en jeunesse. Ceux qui aiment boire des vins riches et concentrés n’y trouveront pas leur compte, mais il est possible de faire de jolies découvertes issues de ce millésime qui a suscité de si faibles attentes. Si vous en possédez quelques bouteilles, je vous conseille de les ouvrir d’ici deux ou trois ans.

2003

J’ai beaucoup de difficulté à donner un avis général sur ce millésime, car la qualité des vins y est, à mon avis, très variable. En effet, l’année 2003 est un millésime plus capricieux à cause de la canicule qui fit des ravages durant cet été-là en Europe. Les températures extrêmes amènent le raisin à une maturité précoce, ce qui peut produire des vins dotés d’une grande matière, mais de faible acidité. Les bordeaux rouges que j’ai dégustés ont manifestement confirmé la qualité variable de ce millésime. C’est vraiment du cas par cas, voire l’équivalent de jouer à la roulette russe lorsqu’on ouvre, par exemple, un bordelais 2003.

2004

Après un millésime très chaud, celui-ci est plus classique et considéré par plusieurs comme relativement moyen. Les vins de ce millésime, que j’ai dégustés en jeunesse montraient une certaine verdeur, qui les rendait plus ou moins agréables à boire.

Cependant, ils ont bien évolué et, avec le concours du temps, cette verdeur a fait place à un ensemble mieux équilibré sans être très concentré. En effet, ceux j’ai goûté dernièrement m’ont semblé bien plaisants, et je crois que quelques années supplémentaires en cave leur seront bénéfiques.

2005

Il s’agit selon moi du millésime de la décennie. Ces vins ont tout ce qu’il faut pour défier le temps : une bonne acidité, de la matière tannique et un fruit très présent. Les vins de petits châteaux montrent une qualité qu’ils n’ont pratiquement jamais eue, et ceux des plus grands châteaux ont vraiment une concentration extraordinaire. Il reste encore des vins de ce millésime dans le réseau, et il serait avisé pour l’amateur d’en placer une bonne réserve au cellier. Soyez patient et vous serez récompensé.

2006

Ce millésime peut être bu aujourd’hui sans problème, mais il pourra nous surprendre davantage dans les années à venir. Après un mois de juillet très chaud, le mois d’août le fut beaucoup moins avec de fréquentes précipitations qui ont retardé la maturation du raisin. Cependant, le mois de septembre, chaud et ensoleillé, a sauvé la mise. Les vins que j’ai dégustés ont montré une bonne matière peu accessible pour le moment, ce qui me fait croire qu’on devra patienter avant de pouvoir les apprécier pleinement. Ce millésime sera peut-être qualifié de très bon, même d’excellent dans dix ans.

2007

Cette année est, selon moi, le moins bon millésime de la décennie. Les vins que j’en ai dégustés semblent manquer de matière et de fruit, ce qui fait en sorte que c’est l’élevage qui y prend toute la place. Nous avions déjà fait une dégustation des bordeaux 2007 (Santé inc., juillet-août 2011), à la suite de laquelle le panel de dégustateurs avait conclu la faiblesse de ce millésime. J’ai d’ailleurs pris la décision de ne placer aucun Bordeaux 2007 dans ma cave.

2008

Les vins de ce millésime m’ont, la plupart du temps, vraiment charmé à cause de leur accessibilité en jeunesse et de leur belle matière fruitée. J’ajoute qu’ils sont dotés d’une bonne concentration, qui leur permettra de bien évoluer au fil du temps. Ce qui est aussi intéressant, ce sont les prix vraiment abordables pour la plupart des vins de ce millésime à Bordeaux, ce qui en fait d’excellents rapports qualité-prix. À titre d’exemple, le Château Ferrière 2008 se vendait 42 $, tandis que le 2007 se vend 48 $, et que l’on peut se procurer pour 53 $. Pour cette raison, j’ai acheté beaucoup de bordeaux 2008.

2009

La décennie se termine très bien. Je comparerais ce millésime à celui de 2005, qui lui est légèrement supérieur. Le climat fut très favorable et a donné des vins très riches et concentrés qui pourront se bonifier au fil des années. Une dégustation de neuf vins de Bordeaux 2009, à la fin du mois de janvier 2013, m’a permis de constater leur grand potentiel. Ils sont encore très jeunes et il faudra absolument patienter pour bien les apprécier. Ils commencent d’ailleurs à faire leur apparition sur les tablettes de la SAQ. Il serait avisé d’en faire bonne provision pour le futur. Il faut cependant ajouter que les prix sont hautement supérieurs par rapport à ceux des millésimes précédents.

Voici d’ailleurs le classement de cette dégustation de vins de Bordeaux dans le millésime 2009 dont les prix se situent entre 50 $ et 75 $. J’y ajoute aussi quelques commentaires de dégustation.

Château Batailley : Le nez offre des arômes de cerises bien mûres et de cola dégazé. La bouche est élégante, soyeuse, concentrée avec une bonne longueur en finale. Un vin bien équilibré.

Château Phélan Ségur : Ce sont le poivron vert, les épices, le cassis et un côté un peu sucré qui s’offrent à l’olfaction. En bouche, l’élevage prend le dessus sur le fruit. Ce vin n’est assurément pas prêt à être bu, et on devra être très patient.

Domaine de l’Aurage : Le vin le plus accessible de cette dégustation. Il révèle des fruits rouges, presque bonbons, au nez et une explosion de fruits en bouche. Les tannins sont souples et accessibles.

Château Fleur Cardinale : Le nez montre un fruit légèrement sucré avec des notes de caramel. La bouche est veloutée avec beaucoup de fruits, et la finale est un peu asséchante.

Château Sociando Mallet : Le nez se montre assez discret avec des arômes de fruits noirs. La bouche, très longue, offre une grande concentration, qui promet à ce vin un bel avenir.

Château Bellefont Belcier : On décèle le fruit au nez avec des notes de menthe. L’attaque s’amorce sur le fruit légèrement sucré en bouche, qui donne une certaine rondeur. La finale est un peu courte.

Château Bourgneuf : Le fruit, un côté végétal et la violette ressortent au nez. Il y a une belle explosion de fruits frais en bouche avec un peu de bois fin et une longueur appréciable.

Château Pouget : Le nez offre des arômes de café moulu avec de la fraise et de la rhubarbe. La bouche est fruitée et équilibrée avec un assèchement en finale.

Château Lafon Rochet : Au nez, ce sont des arômes de cèdre, de pain grillé et de cassis qui ressortent. En bouche, les tannins sont très asséchants et l’acidité, très présente. Ce vin est définitivement très jeune.

Enfin, notons que le millésime 2010 amorce bien la prochaine décennie à Bordeaux ; il est qualifié d’exceptionnel et de supérieur à 2009. Concernant 2011, il semblait plutôt moyen de prime abord, mais, selon le renommé dégustateur américain Robert Parker, il serait meilleur que prévu et pourrait se comparer aux millésimes 2001 et 2008. L’avenir nous permettra de le vérifier. Je vous en reparlerai très certainement.

Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d'une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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