La hantise de l’erreur

L’erreur existe et personne n’en est à l’abri. Doit-on vraiment encore en discuter ? Disons-le une fois pour toutes, nous ferons des erreurs occasionnellement. Comme tout le monde.

Anxiété de performance ?

PAR DENISE DROLET, MD
OMNIPRATICIENNE EN MONTÉRÉGIE
PERSONNE RESSOURCE AU SEIN DU PROGRAMME D’AIDE AUX MÉDECINS DU QUÉBEC (PAMQ)

Exercer la médecine nous expose régulièrement aux erreurs. En quelques minutes, il faut poser les bonnes questions, faire un examen physique attentif, savoir choisir les tests appropriés pour établir le bon diagnostic et opter pour le bon traitement. Et cela plusieurs fois par jour, plusieurs jours par semaine, plusieurs semaines par année. Et parfois la nuit !

Parfois avec un gros mal de dos ou de la fièvre! Parfois en s’inquiétant de fiston qui a des difficultés à l’école, d’un ado récalcitrant, d’une crise conjugale ou d’une maman en perte d’autonomie. Comment peut-on s’imaginer que jamais une erreur ne surviendra ?

L’erreur existe et personne n’en est à l’abri. Doit-on vraiment encore en discuter ? Disons-le une fois pour toutes, nous ferons des erreurs occasionnellement. Comme tout le monde. La plupart du temps, elles surviendront malgré un travail soigné, un médecin compétent, une analyse correcte. Eh oui, parce que l’erreur est humaine, parce que la médecine est compliquée, parce que c’est ça la vie et parce que si on ne fait plus rien par crainte des erreurs, par crainte des poursuites, par crainte du jugement des autres, il n’y aura plus de médecins, et la société ne sera pas plus avancée. Bien entendu, considérant les conséquences parfois graves d’une erreur médicale, il faut prendre des précautions : se tenir à jour de façon consciencieuse (la majorité des médecins le font très bien), maintenir un bon niveau d’attention et de concentration (pas de problème de ce côté non plus), s’assurer d’avoir les outils pour nous aider (au cas où la mémoire flancherait; nous sommes tous humains), consulter un collègue à l’occasion quand notre cerveau est un peu dépassé (oui, ça arrive). Malgré tout, il faut aussi accepter le risque que l’inévitable survienne quand même. C’est pour cela que nous payons une assurance responsabilité, pour parer à ces situations qu’on aimerait éviter à tout prix.

« Si tu ne te sens pas capable de faire face à une éventuelle plainte pour erreur médicale, lâche la médecine! » Dur à entendre en début de carrière, mais tellement vrai. Le problème, c’est qu’en médecine, l’erreur implique parfois des catastrophes pour un être humain et que celui-ci ou ses proches voudront peut-être obtenir réparation. Comment le leur reprocher ? Il s’agit de leur vie, de leur intégrité, ils sont en droit de réagir. Et il faut apprendre à vivre avec cela. Alors, puisqu’il faut le vivre, pourquoi ne pas en profiter pour s’y attarder et élaborer des stratégies pour réduire les risques de répéter les mêmes erreurs ? Pouvons-nous essayer de donner un sens à ces situations difficiles ?

Faire une erreur ou simplement penser avoir fait une erreur est une cause importante de détresse chez les médecins. Habitués à tout réussir haut la main, nous sommes très démunis devant la sensation d’avoir failli. En quelques secondes, notre monde de perfection s’effondre, nous ne sommes plus à la hauteur de notre profession, nous ne sommes plus compétents, on ne nous fera plus confiance, notre avenir est bousillé ! À moins que personne ne l’apprenne, qu’on ne sache jamais qui est responsable ! Alors s’installe le silence; nous gardons en nous cette tache, ce manquement; nous affrontons la honte de ce que nous avons fait… ou pas fait, seul dans notre coin, en priant pour que personne ne trouve le responsable, nous privant ainsi du privilège de partager nos craintes, nos angoisses, nos questionnements avec des collègues et d’en retirer de la compassion et du soutien, tout en cherchant ensemble des solutions pour éviter de reproduire l’erreur à l’avenir.

Comment se protéger ? Se protéger de faire des erreurs mais, surtout, se protéger des ravages qu’elles peuvent provoquer ? J’aimerais bien le savoir… Mes réflexions sur la question m’amènent sur deux voies.

D’abord, le soutien des pairs est ce qui me semble le plus aidant dans ce genre de situation. Apprendre que nos collègues font aussi des erreurs à l’occasion, qu’il ne s’agit pas d’une tare dont seule notre petite personne est affligée peut nous aider à éviter de nous enliser dans une escalade d’autodénigrement. En parler ouvertement nous permet de chercher des solutions pour l’avenir. Or, les médecins sont parfois très durs les uns envers les autres. Pourquoi ? Peut-être pour ne pas faire face à cette réalité qu’est notre grande vulnérabilité, justement induite par notre type de travail. Il y a tant de choses à savoir, à comprendre, à mémoriser en médecine ! Et il y a tant de choses encore mal connues, tant d’éléments spécifiques à chaque cas, qu’il faut accepter l’idée que pratiquer la médecine nous expose à de multiples erreurs.

Pour ne pas ressentir cette vulnérabilité inhérente à notre travail, certains s’inventent une façade de compétence, de toute-puissance qui n’est pas compatible avec le doute. Quand une erreur survient, ils essaient de ne pas la voir en espérant que tout passera inaperçu, qu’ils pourront « effacer » ce faux pas et l’oublier. Quand c’est un collègue qui commet un impair, ils le dénigrent en le qualifiant d’incompétent, de négligent, etc.; c’est possiblement pour eux une façon de se placer au-dessus de celui qui « a fauté ». Jusqu’au jour où la vérité ne pourra plus être camouflée ! Et là, ça fera mal !

Le partage des responsabilités m’apparaît être une autre piste de solution. Comme médecins, nous avons tendance à prendre toute la responsabilité sur nos

épaules. Et pour cause, le médecin est souvent celui qui est pointé du doigt. Or, les soins donnés aux patients sont, la plupart du temps, le fait d’un travail d’équipe. Nous avons la responsabilité du diagnostic, bien sûr, mais nous n’avons pas toujours les outils nécessaires pour le poser. Au-delà de notre intervention, s’il y a des délais pour passer les tests, le diagnostic est reporté et, parfois, la maladie a évolué. Le médecin en est-il le seul responsable ? Dans un milieu hospitalier ou autre, une équipe est présente; l’erreur peut se manifester ou se perpétuer à tous les niveaux. N’y a-t-il toujours qu’une personne pour répondre de tout ? Quand un médecin est seul avec le patient, quand il travaille en solo, est-il le seul imputable en cas d’évolution défavorable ? Où est la responsabilité du patient ? S’il a attendu pour passer le test demandé, s’il n’a pas diminué son apport de sucre ou s’il n’a pas pris le médicament prescrit, qui blâmer ?

Je veux bien assumer la responsabilité d’expliquer à mon patient l’importance de suivre mes recommandations, mais suis-je responsable de son manque decompréhension ou de la non-observance de son traitement ? Non. Si j’estime que chaque cas qui va bien évolue ainsi parce que J’AI bien travaillé, je serai portée à penser que JE suis responsable de chaque situation qui tourne mal. Mais si d’autres intervenants et le patient lui-même ont été impliqués dans la prise en charge, j’aurai moins de difficulté, quelle que soit l’issue, à partager la responsabilité. Du moins, je le pense. Le travail d’équipe avec d’autres professionnels de la santé me permet de mettre en place des mesures de sécurité dans les plans de traitement et de partager la responsabilité de ceux-ci. Impliquer le patient dans la prise en charge de ses problèmes lui permet de mieux comprendre ce qui lui arrive et le motive à produire des changements positifs pour lui.

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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