IPS, listes d’attente et efficacité

Sur papier, lorsqu’on regarde ses statistiques de prise en charge de patients, le GMF Marguerite d’Youville, à Boucherville, est un franc succès : 35 médecins membres...

Rencontre avec le Dr Claude Rivard, du GMF Marguerite d’Youville

PAR NICOLAS DUGUAY


Sur papier, lorsqu’on regarde ses statistiques de prise en charge de patients, le GMF Marguerite d’Youville, à Boucherville, est un franc succès: 35 médecins membres y font, en plus de leurs autres tâches dans le réseau, du sans rendez-vous, du suivi en cabinet et de l’urgence, et près de 32 000 patients y sont pris en charge, soit presque 2000 patients de plus que la cible fixée par Québec.

Un GMF qui roule rondement, donc.

Les responsables expliquent son succès par une grande ouverture aux nouvelles technologies (les dossiers y sont entièrement informatisés et les patients prennent rendez-vous grâce à un système téléphonique entièrement automatisé), ainsi que par l’intégration d’infirmières praticiennes spécialisées.

Nous en avons discuté avec le Dr Claude Rivard, médecin responsable de ce GMF.

 

Comment les IPS sont-elles arrivées dans votre clinique ?

En fait, on est entré dans l’aventure des IPS un peu par hasard, parce que ce n’est pas quelque chose que je recherchais, même si, pendant deux ans, je leur ai donné de la formation…

Sur notre site, on a toujours eu des infirmières techniciennes pour s’occuper du sans rendez-vous, y faire le triage. Plus tard, avec l’entente GMF, on a eu des infirmières cliniciennes dont la tâche était de ne s’occuper que de nos patients pris en charge. Elles les voyaient pour le suivi des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou des choses comme le cholestérol, et ça roulait déjà.

C’est alors que [des gens de l’équipe du] CSSS Pierre-Boucher nous ont contactés pour nous dire qu’ils avaient deux IPS-PL (des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne) qu’ils ne savaient plus où placer depuis que les médecins du CLSC où elles devaient aller avaient changé d’idée et n’en voulaient plus.

Pour nous, ça tombait bien parce qu’on avait, pour un seul de nos sites, 800 noms sur notre liste d’attente pour avoir un médecin de famille. On a alors assigné ces patients-là, enfin, ceux qui étaient en bonne santé, mais qui avaient quand même besoin d’un suivi de santé, à l’IPS. En deux ans, elle a pris en charge plus de 500 de ces patients-là.

 

Vous y avez donc trouvé votre compte assez facilement ? 

Oui. On s’est rendu compte qu’en diminuant notre liste d’attente, on diminuait aussi la demande pour le sans rendez-vous.

 

Et vous avez réduit votre charge de travail… 

Oubliez l’idée que les IPS vont nous aider à diminuer notre charge de travail. Une IPS, ce qu’elle fait, c’est nous aider à prendre en charge une partie de la clientèle orpheline qui a des problèmes de santé d’une gravité moindre.

La diminution de la lourdeur de la tâche est beaucoup plus associée au travail qui est fait par les infirmières cliniciennes. Elles ont un gros impact sur la lourdeur de notre tâche, alors que les IPS diminuent les listes d’attente.

Sur le terrain, en fait, ce dont on a besoin, et c’est avec ça qu’on a un gain d’efficience, c’est des infirmières techniciennes qui font le sans rendez-vous avec nous et des infirmières cliniciennes pour les suivis de maladies chroniques.

Vous savez, au début, les IPS qu’on a eues, elles ont coulé leurs examens, et leur ordre professionnel n’a jamais été capable de leur dire où elles avaient fauté. On s’est alors fiés à leur guts feeling pour comprendre où elles avaient besoin d’être plus fortes pour essayer de les former.

On a alors organisé des séances de formation et les IPS nous ont littéralement suivies pendant nos sans rendez-vous pour apprendre les questions à poser, les examens physiques à faire. Six mois plus tard, lorsqu’elles ont refait leur examen, elles l’ont passé haut la main.

Disons que je n’ai pas été impressionné par la façon dont l’Ordre des infirmières, à l’époque, soutenait ces infirmières…

 

Et aujourd’hui, sont-elles à niveau ?

Nos deux IPS nous ont dit que la formation qu’elles ont reçue ne les avait jamais préparées au type de travail qu’elles sont amenées à faire sur le terrain. Mais aujourd’hui, elles ne nous sollicitent que très rarement et elles sont très autonomes.

Avec le recul, comment voyez-vous les IPS ?

Les IPS, dans le fond, c’est un phénomène marginal. Ce n’est pas vrai qu’elles vont pouvoir s’occuper des deux millions de patients qui restent au Québec, surtout quand tu regardes le volume qui reste et la charge de travail avec laquelle elles sont à l’aise.

Notre IPS, ici, elle est à l’aise de travailler avec 500 patients. Un médecin qui ferait le même travail à temps plein, il serait capable d’en voir le triple. Disons que ce n’est pas le même degré d’implication, mais ce n’est pas le même travail non plus…

Cela dit, je dis ça avec réserve, parce que ça ne veut pas dire qu’elles n’ont pas leur place. Elles sont capables de gérer beaucoup de problèmes de santé communs et, comme il y a ce problème d’accessibilité dont tout le monde parle, notre IPS nous permet de voir 500 patients de plus à notre clinique…

PLUS : NOTRE DOSSIER SUR LES IPS EN PREMIÈRE LIGNE ET CE QU’EN PENSENT VRAIMENT LES MÉDECINS DE FAMILLE

Journaliste indépendant, Nicolas Duguay a travaillé à Radio-Canada pendant près de dix ans. Pour le joindre : nicolas_duguay@mac.com

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