Un été tout en rosés

Lorsqu’on désire se rafraîchir pendant de chaudes journées, on a souvent le réflexe d’y aller avec un vin blanc bien sec, mais les vins rosés peuvent s’avérer très rafraîchissants...

Bien boire

PAR DANIEL BERGERON

Lorsque le mois de juillet pointe le bout de son nez, il s’agit, pour beaucoup d’entre nous, d’un début de vacances bien méritées. La chaleur du soleil estival nous égaye et les journées radieuses et relaxantes nous tiennent bien loin du stress quotidien habituel. C’est donc la période idéale pour explorer les vins rosés, qui ne font pas nécessairement partie de nos choix vinicoles habituels. En effet, lorsqu’on désire se rafraîchir pendant de chaudes journées, on a souvent le réflexe d’y aller avec un vin blanc bien sec sans considérer la possibilité d’ouvrir un rosé. Mais les vins rosés, lorsque bien ciblés, peuvent s’avérer très rafraîchissants et délicieux avec leur fruit savoureux. J’ajouterai qu’ils pourront vous surprendre et ainsi effacer certains préjugés défavorables face à ce type de vins.

On retrouve peu de vins rosés sur les tablettes de la SAQ comparativement aux blancs et aux rouges. En effet, ils représentent moins de 2 % des vins au total, soit environ 140 produits, dont pratiquement la moitié proviennent de la France, principalement de Provence et du Languedoc. La grande majorité de ces rosés se vendent sous les 20 $, mais il faut bien savoir les sélectionner, afin de dénicher des vins qui allieront un beau fruit relativement sec à une bonne acidité. On retrouve malheureusement beaucoup de vins rosés qui montrent une carence en acidité jumelée à un sucre résiduel important, ce qui leur confère une lourdeur désagréable et un manque de fraîcheur. J’en profite ici pour spécifier qu’un vin peut être à la fois fruité et sec, car, contrairement à la croyance populaire, le qualificatif sec pour un vin n’est pas l’opposé de fruité; ce sont plutôt les termes sucré ou moelleux qui conviennent le mieux pour définir un vin qui n’est pas sec.

Jetons maintenant un coup d’œil sur la production mondiale de vins rosés. C’est la France qui se classe au premier rang avec 26 % de la production, suivie de l’Italie (22 %), des États-Unis (15 %) et de l’Espagne (12 %). Du côté de la France, la Provence est le véritable chef de file ; on y produit pas moins de 40 % des rosés du pays. D’ailleurs, plus de 80 % de la production totale en vins de Provence est dédiée aux rosés. En 2011, cette superbe région a produit 1 310 000 hectolitres de vin rosé, ce qui a représenté 87 % de sa production totale. Les vins rouges pour leur part ont représenté 9 % de la production et les blancs, 4 %. Ces rosés proviennent principalement de trois AOC, soit Côtes de Provence, Coteaux d’Aix-en-Provence et Coteaux Varois en Provence. En ce qui concerne l’exportation de vins rosés à travers le monde, c’est l’Italie qui arrive au premier rang, suivie de l’Espagne, de la France et des États-Unis.

Lorsqu’on achète un vin rosé, une chose facile à vérifier afin de faire un choix judicieux est le millésime. Il est impératif de choisir le millésime le plus récent, car les vins rosés, à part quelques rares exceptions, ne sont pas constitués pour la garde et ne se bonifient pas avec l’âge. Il faut boire ces vins jeunes pour profiter de leur fruit; ce sont donc ceux du millésime 2012 qui seront à consommer cet été. Il est important d’en comprendre la raison principale. Les vins rosés sont élaborés à partir des mêmes cépages que ceux utilisés pour les rouges, à la différence qu’on ne laisse pas le moût du raisin macérer avec les peaux (on parle alors de pressurage direct) ou qu’on les laisse macérer pendant un court moment (ce que l’on appelle la saignée). Peu importe la méthode utilisée, il en résulte un vin dont les composés polyphénoliques, tannins et anthocyanes, qui permettent au vin de bien vieillir, se retrouvent en très faible concentration1.

Revenons aux deux principales méthodes d’élaboration de vins rosés. La méthode de la saignée consiste à laisser le moût en contact avec les peaux de raisin un certain temps après le foulage, c’est-à-dire de quelques heures jusqu’à un maximum de 48 heures. Lorsque la couleur désirée est obtenue, le moût est séparé des peaux et on procède à la vinification comme on le fait pour un vin blanc. Historiquement, on enlevait une partie du liquide qui macérait avec les peaux de raisin afin de concentrer le moût restant, qui servait à produire un vin rouge. Ce liquide hâtivement séparé était vinifié en rosé, alors que le reste donnait un rouge plus corsé. Cette méthode s’appelle la saignée partielle; dans le cas d’une saignée dite totale, la cuve entière sert à élaborer le vin rosé. L’autre méthode, plus moderne, se nomme le pressurage direct. Comme son nom l’indique, on place les raisins vendangés dans le pressoir pour en extirper lentement le jus qui sera ensuite fermenté. Seul le contact entre le jus et la partie solide du raisin pendant cette étape permettra de conférer la couleur caractéristique des vins rosés.

En ce qui concerne la consommation des vins rosés, ils doivent se boire relativement frais et peuvent être servis à l’apéro ou en mangeant. Les moins structurés sont idéaux pour l’apéro, sur le patio ou autour de la piscine. On peut les servir autour de 8 °C pour qu’ils puissent bien montrer leur fraîcheur, car plus ils se réchaufferont, moins ils seront agréables à consommer. C’est pour cette raison que je vous conseille d’utiliser le seau à glace et d’y aller avec des quantités plus petites, quitte à vous en resservir plus souvent. En ce qui concerne les rosés plus structurés, vous pouvez les servir à une température un peu plus élevée, soit environ 10 °C, afin de mieux les apprécier. Les vins rosés se consomment agréablement en apéritif par une belle journée chaude, mais on peut aussi les accompagner d’une entrée froide, de charcuteries, de poisson, de fruits de mer ou de poulet grillé.

Je vous suggère ces trois vins rosés, qui représentent d’excellents rapports qualité-prix.

Château La Lieue
Coteaux Varois en Provence, 2012
Code SAQ : 11687021, 14,85 $

Château de la Lieue

Ce vin provient de la région de Provence, dans le sud de la France, qui constitue un véritable paradis des vins rosés. À l’œil, ce vin montre une couleur rose très pâle qui indique une très faible concentration en matière colorante, les anthocyanes. Au nez, il laisse échapper des arômes plaisants de fraise. Une touche subtile de thé des bois est aussi présente. Lors du passage en bouche, il se démarque par une agréable fraîcheur, de belles notes de fraise et d’abricot avec une légère amertume. L’ensemble est relativement léger, mais très charmeur, ce qui fait de ce rosé un excellent vin d’apéro que vous pourrez apprécier sur le patio ou encore avec de petits canapés. Ce vin, élaboré à partir de cinsault à 70 % et de grenache à 30 %, doit être consommé relativement frais, à environ 8 °C.

Château de Lancyre
Coteaux du Languedoc-Pic-saint-loup, 2012
Code SAQ 10263841, 15,80 $

Issu d’un assemblage de moûts en pressurage direct et de saignées de cuve, ce vin montre une belle couleur rose saumon à l’œil. Le nez est très agréable, il s’exprime avantageusement avec de beaux arômes de fraise, zeste d’orange, litchi et une subtile touche de menthe fraîche. En bouche, c’est littéralement une explosion de fruits, notamment la fraise mûre, qui s’amalgame à une texture ample et une grande fraîcheur. La finale, d’une bonne longueur, laisse poindre une légère amertume beaucoup plus plaisante que désagréable. Même si ce rosé peut être servi à l’apéro, il pourra très bien accompagner un saumon grillé ou un bagel de saumon fumé. Il a été vinifié avec de la syrah (50 %), du grenache (40 %) et du cinsault (10%). Je conseille de le servir à environ 10°C.

Domaine St-Jacques, rosé,
Québec, 2012,
Code SAQ : 11427544, 15,95$

Domaine St-Jacques

Le Domaine St-Jacques est situé à Saint-Jacques-le-Mineur, entre la rivière Richelieu, le lac Champlain et le fleuve Saint-Laurent. Le climat particulièrement chaud qu’on y retrouve permet aux raisins d’atteindre un niveau de maturité donnant des produits d’une grande qualité. Le vin rosé du Domaine m’avait réellement conquis la première fois que j’ai pu le déguster, soit dans le millésime 2010. Le 2011 s’était révélé tout aussi bien réussi, comme l’est le 2012 actuellement disponible sur les tablettes de la SAQ. De prime abord, sa couleur surprend l’œil avec sa teinte rose très foncé presque rouge, résultat d’un pressurage très lent qui a permis à la peau des raisins d’imprégner le moût. Sur le plan des arômes décelés au nez, ce sont la framboise, la cerise et la rose qui s’expriment. En bouche on perçoit une superbe acidité, une explosion de fruits rouges, notamment la fraise et la framboise sauvage, légèrement acidulés. L’ensemble est bien équilibré et très agréable. La finale se montre légèrement rustique et d’une belle allonge. Ce vin vous convaincra qu’il existe d’excellents produits élaborés dans la Belle province. Les cépages utilisés sont le Lucy Kuhlmann, le Maréchal Foch et le Seyval noir. Il s’agit d’un excellent rapport qualité-prix pour moins de 16 $ et, servi à 10 °C, il pourra très bien accompagner un steak de thon rouge.

Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d’une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca
Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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