La Provence sur deux roues

La première randonnée à vélo est toujours la meilleure. En fait, ce n'est pas tout à fait vrai, car il y en a toujours de meilleures après, mais la première est souvent la plus...

J ‘en rêvais depuis que j’étais toute jeune. Nos professeurs du Collège Français nous emmenaient voir, chaque fin d’année, au cinéma Commodore de Cartierville, les films La Gloire de mon père ou Le Château de ma mère d’après les romans de Pagnol. Je me surprenais alors à rêver du jour où, moi aussi, j’irais gambader sur les terres provençales, dans ces paysages de calcaire, de soleil tiède, d’origan et de lavande.

Ainsi, quand la responsable des communications de Vélo Québec Voyages m’a donné le choix entre la Toscane et la Provence, je n’ai pas hésité un seul instant. La Toscane est certes une promesse de charmes inédits, mais, pour moi, rien n’égalait cette possibilité de découvrir, à vélo de surcroît, les splendeurs de la Provence, une région qui faisait écho à un désir enfant.

C’est donc en toute fébrilité qu’en septembre, j’ai mis mon vélo en boîte et que j’ai préparé mon baluchon. Je partais à la conquête d’un rêve. De deux rêves même, mais je vous reparlerai du second un peu plus loin…

Nous prenons un vol Air Transat de soir à destination de Marseille à partir de Montréal. À notre arrivée à l’aéroport de Marseille, nous sommes environ 20 à attendre nos bagages surdimensionnés (c’est gros, des valises de vélo). Pendant que nous patientons, nous faisons connaissance avec notre guide de voyage, Robert Martel, et notre bénévole technique, Claude. Quelle chance nous avons de les avoir tous les deux avec nous au cours du voyage! Robert et Claude se révéleront des atouts précieux pour la réussite du périple en Haute-Provence, que ce soit pour aller chercher de l’eau ou arranger un frein qui colle. Robert, grand gaillard et ex-pompier, est on ne peut plus souriant, avenant, prévoyant et généreux. Claude, avec sa charpente de cycliste expérimenté, connaît tous les rouages de la mécanique et sait à tout coup ce qui ne va pas avec votre monture, en plus d’être franchement sympathique.

Il y a aussi Claire, Renée, John, et Sahra, ma charmante compagne de chambre… C’est avec tout ce joyeux monde que je partirai le lendemain à la découverte de la Haute-Provence…

Il fait environ 23 °C à Marseille, le temps est tiède et bon (alors qu’il faisait gris à Montréal) et le mistral souffle, présage de randonnées fraîches… et quelque peu laborieuses.

Pour l’heure, nous prenons le bus et nous dirigeons vers notre premier hôtel, à Arles. Je m’écroule de fatigue dans le bus, omettant de contempler les premiers paysages provençaux qui s’offrent à moi… « J’aurai amplement le temps de me remplir les yeux et les oreilles à vélo », me dis-je alors. Nous arrivons, remontons nos vélos, puis allons combattre l’envie de dormir en déambulant dans les rues ensoleillées d’Arles. Je m’arrête. Je viens d’apercevoir une pâtisserie et de jolies tartelettes à la lavande chez le pâtissier Soulier. Il faut bien faire des réserves et emmagasiner un peu d’énergie en vue des kilomètres qui nous attendent ! Et là, un peu plus loin, je vois une pile de savons de Marseille aux multiples parfums qui me font de l’oeil et ne demandent qu’à embaumer le fond de ma valise. J’en achète cinq. Nous nous arrêtons dans une cave à vins, La Cave des Saveurs, où l’on nous offre de goûter un Terre forte 2008 et de prendre une bouchée de manchego. Nous acceptons sans nous faire prier. Nous prenons ensuite notre premier repas du soir à la Place du Forum où Lili, Nîmoise d’origine, officie depuis des lunes, avec sa personnalité rieuse et sa voix tonitruante. Nous buvons du pastis et du vin. Cela nous coûte à peine quelques euros. Nous sommes en France, c’est la Provence, il n’y a plus de doute.

Demain, nous commencerons notre périple sur deux roues avec 74 kilomètres de vallons. Place aux choses sérieuses…

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LES BEAUX BAUX DE PROVENCE

La première randonnée à vélo est toujours la meilleure. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai, car il y en a toujours de meilleures après, mais la première est souvent la plus spéciale quand on arrive dans un nouveau pays. Tout est plus neuf, plus éblouissant, les cigales chantent mieux, le soleil est parfaitement doux, l’asphalte plus lisse, plus beau.

En cette première journée, on emprunte une boucle au départ d’Arles, en passant par Fontvieille, les Baux de Provence, Saint-Rémy-de-Provence et Maussane.

Le clou de cette journée est indéniablement les Baux de Provence, avec leur magnifique village médiéval et leur château perché à flanc de colline. Les multiples commerces, confiseries, savonneries, cafés et gargotes nous rappellent que les sites historiques ont souvent une cote touristique élevée. Il y a du monde partout, petits et grands déambulent ! Je me promène sur le pavé avec mes souliers de vélo de route qui font « clac ! clac ! », les vélos n’étant pas tolérés dans l’enceinte du village… Je prends en photo le panorama, du haut de la falaise où se trouve le village. J’attrape ensuite quelques navettes – des biscuits sablés aux différentes saveurs, que les Français appellent parfums – et les engouffre dans mon jersey avec une poignée de cerises séchées trempées dans le chocolat. Ce sera parfait pour les fringales surgissant au détour d’une route déserte. Puisqu’il reste plusieurs jours et plusieurs routes à découvrir, aussi bien faire le plein, non ?

MAGIE PROVENÇALE

J’aime, bien sûr, visiter les villes et les villages. Ça m’intéresse, l’histoire et la culture. Ça m’intéresse, le Palais des Papes, le Pont ou la forteresse d’Avignon, l’arène ou la tour Magne de Nîmes, le château de Barbentane ou les ruines de Vaison-la-Romaine. Mais ça ne m’intéressera jamais autant que ces petits moments précieux, parfois très spéciaux, qu’une balade à vélo occasionne invariablement et qui font qu’un voyage est si extraordinaire. C’est la beauté des platanes noueux sur les routes de Provence. C’est le doux chant des cigales, qui se plaignent de la fin imminente de l’été, ou l’enivrante odeur des cyprès, que l’on ne voit jamais chez nous. C’est tout ça et tous ces moments qu’on n’imagine pas vivre à vélo qui font que le voyage est magique.

Je pense notamment à ce moment où, sur une route déserte, à quelques kilomètres de Saint-Rémy, alors que j’avais une sacrée fringale, j’ai entrevu, à travers une haie d’arbres hauts et serrés, un camion rempli de raisins. Les vendanges ! Je n’ai fait ni une ni deux et me suis arrêtée, allant à la rencontre des vendangeurs, qui m’ont généreusement offert une grappe de raisins bleus, tel un trésor unique ravi à Dame nature, que j’ai pu déguster en roulant.

La magie, c’est aussi cette intrigante petite ardoise noire à Maussane, où il était écrit à la craie blanche « olives cassées ici ». « Ici », c’est Aux ateliers Florence. Et les olives cassées, ce sont des olives encore assez vertes, jeunes, attendries puis plongées dans une saumure au fenouil. Délicieuses olives bien cassées.

Magique aussi le charme particulier des champs de tournesol flétris, leur jaune ocre de septembre se détachant distinctement du bleu du ciel, en bordure de la route, non loin de Rémoulin, juste avant d’arriver à l’illustre Pont du Gard, majestueux, presque émouvant à voir.

Magique, Saint-Léger du Ventoux, ce minuscule village d’environ 32 habitants avec sa « place des cyclistes », où je fais la connaissance de Raoul Bernard, un vieil homme de 92 ans, qui m’explique que la fontaine où je suis en train de remplir mes gourdes a été construite par son grand-père Amadeus. Un moment tout simple et touchant.

La magie de la Provence, c’est également le bonheur de rouler sur des routes si lisses qu’on les croirait conçues uniquement pour les cyclistes. C’est la joie de suivre certains chemins ponctués de vallons que l’on prend plaisir à… dévaler.

Magique, ce jour où, fatiguées de dépenser dans les restaurants et séduites à l’idée d’un simple pique-nique, Sahra et moi avons acheté tapenade, baguette, fromage et saucisson et nous sommes installées à la fontaine du village de Châteauneuf-du-Pape, nos vélos à nos côtés. Pour dessert, nous sommes allées déguster quelques vins dans les caves des environs. Le Père Caboche et la Côte de l’Ange se sont très bien occupés de nous…

La magie de la Provence, c’est la beauté du village de Brantes, perché sur les montagnes, et celle de Vaison-la-Romaine, imposante cité de ruines, où les gens du Bistro du’O nous ont servi le meilleur repas de tout le voyage.

Enfin, la magie de ce pays d’abord rêvé puis vécu, c’est surtout ce jour particulier, très particulier, tout à fait unique, enivrant et mémorable, où j’ai entrepris l’ascension du mont Ventoux. Je vous parlais un peu plus tôt d’un second rêve, n’est-ce pas ?

GRIMPER LE GÉANT DE PROVENCE

Si vous partez en voyage avec Vélo Québec, vous constaterez rapidement que la formule est tout ce qu’il y a de plus convivial.

On fournit tous les itinéraires, le guide est présent la plupart du temps et en tout temps joignable sur un cellulaire, et, surtout, vous roulez à votre rythme. Vous voulez partir plus tard que tout le monde et faire la grasse matinée ? Vous voulez  au contraire commencer à rouler plus tôt que le chant des oiseaux ? Libre à vous !

Cette simple possibilité peut faire toute la différence entre un voyage réussi et un voyage raté. Certains aiment davantage visiter, s’arrêter tout le temps et prendre leur temps, tandis que d’autres tentent de terminer la balade de la journée le plus rapidement possible pour profiter des heures restantes et jouer aux aventuriers des villes une fois les efforts physiques terminés.

Le Ventoux, mont damné de tous les monts, n’échappe pas à cette règle tacite qui veut que chacun y aille à son rythme. Le mont Ventoux est une histoire de défi personnel avant toute chose.

C’est donc deux jours avant mon retour à Montréal que j’ai entrepris, par le village de Malaucène, de me rendre à 1912 m d’altitude, au sommet du mont qui a vu mourir Tom Simpson.

À midi, après avoir déjà roulé 74 km, monté déjà 887 m et engouffré un semblant de lunch, j’enfourche ma bécane et pars à l’attaque de ce parcours déjanté dont la notoriété n’est plus à faire. Des bornes marquent la fin de chaque kilomètre franchi. Sur chacune d’entre elles sont inscrits le nombre de kilomètres qu’il vous reste à parcourir avant d’arriver au sommet et le pourcentage de la pente.

La montée est lente, laborieuse, pénible. C’est beau, c’est magnifique, mais ce n’est pas de la tarte aux myrtilles. Après chaque borne dépassée, je me sens victorieuse. Je m’assois, je me lève, je m’assois, je me lève. Tire, pousse, tire, pousse. Bon sang que c’est long ! Je fourre une bouchée de banane, de barre tendre ou un jujube dans ma bouche chaque demi ou chaque kilomètre franchi. Je mets le pied à terre souvent.

Arrivée à la borne du 12 km, une poussée d’anxiété me prend. Je suis sur une pente de 9 à 11 %, pente qui continuera durant deux kilomètres au moins, et je réalise qu’il me reste 9 kilomètres à franchir. Ils seront forcément plus difficiles que les neuf premiers. Mais je continue, sans relâche, « un coup de pédale à la fois ». Ce n’est surtout pas le moment d’arrêter (sinon, il faut y penser, on doit « reclipper » ses souliers dans ses pédales).

Au départ, je m’étais dit que je ferais seulement ce que je pouvais. Au treizième kilomètre, j’ai pris une décision sans appel : je me rendrais à cette foutue pancarte « Sommet Mont Ventoux, 1912 mètres ». Elle pouvait bien trôner et me narguer avec insolence depuis le sommet du monde, je ne la laisserais  plus tranquille un seul instant de maintenant. Je ne la plus des yeux, même si je ne pas. Elle ne payait rien pour attendre.

Quatorze, 15, 16, 16,25, 16,50, 16,75 kilomètres… Chaque mètre compte. Je compte chaque mètre. Chaque coup de pédale. Chaque goutte de sueur.

La moindre des énergies de votre humble servante est déployée à grimper ce monstre…

Me voilà à deux kilomètres de l’arrivée. Le paysage change. Il n’y a plus d’arbres. Que de la roche. Ce n’est plus vert, c’est beige gris. J’ai l’impression d’être sur la lune. C’est intimidant. Je contemple le paysage sublime. C’est très très haut. Vraiment très haut. J’ai presque le vertige. Je vois un serpent d’asphalte, long de deux kilomètres et demi, se profiler devant moi. Au bout de ce serpent, je devine la satanée pancarte, cachée derrière. La fin. Le sommet, je le vois. Il est là, très haut. Tout au long de la montée, j’avais été abritée par les arbres et je n’avais pas réalisé que ce que je montais était pourtant bien plus difficile que ce ruban de route lunaire du bout du monde que je contemple, si haut, si haut.

À force de persévérance et d’entêtement, je suis parvenue au sommet. C’est une réalisation dont je ne suis pas peu fière, je vous ne le cache pas. Une petite photo trônant désormais fièrement sur ma bibliothèque en est le rappel quotidien.

EN PROVENCE AVEC VÉLO QUÉBEC

Un voyage en Provence avec Vélo Québec ne peut pas mal se passer. Tout y est planifié et prévu au quart de tour ; c’est vraiment une « formule sans souci» (voir le deuxième encadré). Qu’on soit grégaire ou solitaire, performant ou contemplatif, amateur de Pagnol ou non, il y a vraiment de la place pour tout le monde et pour tous les types de cyclistes dans ce voyage extraordinaire.

L’histoire, la culture, la beauté et l’élégance de la France ne sont que quelques-uns des éléments qui feront assurément partie de votre voyage à vélo en Provence. Car la liberté, l’amitié, la sérénité et le dépassement de soi en feront aussi fort certainement partie. C’est heureux, puisque les vrais voyages sont souvent ceux que l’on fait au bout de soi.

* Ce voyage a été en grande partie rendu possible grâce à la participation de Vélo Québec et de Vélo Québec Voyages.

La Haute-Provence avec Vélo-Québec

  • Arles
  • Isle-sur-la-Sorgue
  • Vaison-la-Romaine
  • Aix-en-Provence
  • Nîmes
  • Avignon
  • Cassis
  • Orange

INCLUS DANS LES VOYAGES VÉLO QUÉBEC

  • Le transport aérien du passager et de son vélo (pour certaines destinations) ainsi que le transfert entre l’aéroport et l’hôtel, à l’aller et au retour;
  • Les transferts en autocar ou en train, les déplacements en traversier et les vols intérieurs (si applicables);
  • L’hébergement en hôtel deux, trois ou quatre étoiles, en occupation double;
  • Tous les petits-déjeuners; certains soupers (excluant les boissons, alcoolisées ou non);
  • Le transport du bagage (un par personne : maximum 20 kg avec transport aérien; 15 kg sans transport aérien);
  • Le dépannage mécanique et l’accès à un véhicule de soutien;
  • Le plan des itinéraires quotidiens;
  • La présence d’un ou deux guides expérimentés;
  • Les taxes et la contribution, soit de 2 $ par tranche de 1000 $ de services achetés, au Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages.

Pour plus de détails, consultez veloquebecvoyages.com

 

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L’Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et pigiste pour d’autres médias.

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