L’absurde logique du ring

L’objectif, après tout, est de donner au patient l’accès à des soins de qualité dans des délais acceptables et à un coût individuellement et...

D ans le coin gauche, la médecine publique. Dans le coin droit, la médecine privée. On les considère comme des adversaires. Pourtant, ce sont deux réalités complémentaires. L’une n’est pas la panacée, l’autre n’est pas l’incarnation du diable. Cessons de les aborder de manière aussi manichéenne ! L’objectif, après tout, est de donner au patient l’accès à des soins de qualité dans des délais acceptables et à un coût individuellement et socialement acceptable.

L’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié une note1 en décembre dernier sur la médecine privée au Québec. On y rapporte que les médecins non participants au régime public « ne comptent toujours que pour 1,38 % de l’ensemble des médecins au Québec, soit 263 sur un total de 18 990 ». Pas la mer à boire, diront les partisans de la médecine privée; danger de glissement, diront les fervents défenseurs du régime public. Le document détaille d’ailleurs les résultats d’une enquête effectuée auprès des utilisateurs de soins en médecine privée. Les résultats sont intéressants.

Dans un premier temps, il appert que les patients se tournant vers le privé ne sont pas ceux que l’on pense. En effet, 55 % des répondants à l’enquête de l’IEDM ont dit avoir un revenu familial annuel inférieur à 75 000 $. Exit le préjugé qui veut que seule la classe aisée puisse se payer ces soins « parce qu’elle en a largement les moyens » !

Dans un second temps — on s’en doutait — , les patients franchissant le seuil des cliniques privées le font avant tout pour des besoins non comblés par le réseau public. L’accès, toujours l’accès. D’ailleurs, les cinq raisons les plus évoquées pour se tourner vers le privé sont les suivantes : la possibilité d’obtenir rapidement un rendez-vous; la possibilité d’obtenir rapidement un traitement ou une chirurgie; le bon suivi des patients; le fait que le personnel médical explique bien le diagnostic ou le traitement; et le professionnalisme du personnel médical.

Ce ne sont pas là des raisons négligeables. Et si ces raisons sont mises de l’avant c’est parce que, dans les structures publiques, les lacunes sont parfois trop criantes… et malheureusement impossibles à contourner, puisque la demande en soins, la bureaucratie et les processus complexes de gestion imposent un ralentissement du fonctionnement des établissements, chose qu’on observe peut-être moins au privé.

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de la médecine privée. Et je ne crois pas non plus que c’était là l’objectif de l’IEDM. Je crois à la Loi canadienne sur la santé et à ses principes de base. Mais il n’y a pas qu’un chemin pour se rendre à Rome. Ce n’est pas scandaleux de permettre au privé d’avoir une place. Pas toute la place, mais une place. Le seul scandale qui vaut la peine d’être souligné à gros traits, c’est toujours celui du patient qu’on traite trop mal ou trop tard.

Cela dit, l’important est de respecter une chose simple : prodiguer les bons soins au bon patient, au bon moment et à moindre coût.

À cet égard, les auteurs de la note de l’IEDM suggèrent la création d’un crédit d’impôt pour frais médicaux destiné aux patients qui auraient « osé » aller se faire soigner au privé, et qui auraient ainsi désengorgé le système public. C’est une idée qui mérite qu’on s’y intéresse.

Cela parce que l’on parle de soins dont l’accès devrait de toute façon être garanti par le réseau public, et que, souvent, les patients qui sont dans cette situation ont eu recours au privé parce qu’ils n’ont pas pu bénéficier à temps des ressources en santé en raison de la forte demande. L’argent, où qu’il soit dépensé, devrait toujours suivre le patient.

Et l’émulation ? L’émulation n’est-elle pas l’un des meilleurs principes pour pousser les individus et les organisations à la performance et à l’efficience ? L’existence de la médecine privée a peut-être cela de bon : elle permet la saine concurrence. Cela ne veut pas dire qu’il faille permettre la prolifération illimitée des cliniques privées. Au contraire, il faut éviter que le privé prenne toute la place. Toutefois, faire une juste place à la médecine privée et se concerter avec elle en mettant le bien-être des patients à l’avant-plan est peut-être le meilleur moyen de sauver le système public. Il faut équilibrer les forces pour arriver à un résultat satisfaisant pour le patient… et son médecin.

Un médecin qui ne peut réaliser adéquatement son travail de médecin, que ce soit selon ses propres standards ou ceux de sa profession, aura du mal à s’accomplir et à être heureux dans son travail.

Veut-on des médecins qui abandonnent, qui démissionnent, qui « partent tous au privé » parce que le réseau public leur est devenu insupportable ? On parle de coûts, d’accès aux soins, mais on se pose rarement cette question pourtant essentielle : « Et le bonheur des médecins, lui ? » On pense souvent, à tort, que le statut social et les revenus sont tout ce dont les médecins ont besoin pour être heureux, continuer leur pratique et servir la société. Et pourtant…

 

MARIE-SOPHIE L’HEUREUX
Éditrice et rédactrice en chef
Marie-Sophie.L’Heureux@cma.ca

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Rédactrice en chef, Magazine Santé inc.

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