La santé est un business

La santé est d’abord un droit inaliénable de tout être humain. Ensuite, qu’on le veuille ou non, c’est un business. Hypocrite d’oser prétendre...

U n médecin a téléphoné au bureau de Santé inc. pour nous expliquer qu’il ne voulait plus recevoir le magazine, cette « feuille de chou », ainsi qu’il la nommait. Quand ce genre de commentaire survient, je m’inquiète un peu. Heureusement, ces messages sont rares, et bien que je sois partisane de la philosophie du « vivre et laisser vivre », je suis aussi une personne curieuse. J’ai donc rappelé le médecin pour savoir ce qu’il entendait exactement par sa jaune injure.

Il m’a alors expliqué que son hôpital en recevait déjà de nombreux exemplaires et considérait comme un gaspillage le fait de le recevoir à la maison. Le nom du magazine l’irritait également. Il est en faveur d’un système public et veut que l’on considère les médecins comme des professionnels aidant autrui plutôt que comme des entrepreneurs.

Va pour le papier. Pour le reste, je dirai ceci.

La santé est d’abord un droit inaliénable de tout être humain. Ensuite, qu’on le veuille ou non, c’est un business. Hypocrite d’oser prétendre le contraire. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne doive pas tendre vers un idéal. La santé est un droit. Les valeurs doivent donc être des guides. Pas des dogmes.

Je l’admets, le nom du magazine, lorsqu’il a vu le jour il y a dix ans, a heurté mes convictions. J’ai toujours été pour un système de santé public ; j’ai pour principe de le défendre et de penser qu’on doit le protéger coûte que coûte. J’y ai travaillé et je l’ai soutenu pendant cinq ans de ma modeste participation clinique. J’y ai vu des êtres humains. Des patients, bien sûr, mais aussi des professionnels – infirmières, médecins et autres – qui n’ont pas trouvé les conséquences du caractère public de leur milieu de travail toujours faciles à accepter. Je suis bien placée pour comprendre les motifs poussant certains professionnels de la santé à quitter le navire, soit en optant pour le privé, soit en changeant carrément de profession. Je lève la main, je l’ai fait.

Dans la vie, il devrait y avoir les patients, la justice, l’équité, la société. Dans la vraie vie, il y a les patients, la justice, l’équité, la société, mais aussi l’iniquité, l’inégalité, le pouvoir, les médecins, les individus… et l’argent. Le système de santé fait partie de la vie sociale et humaine et ne peut donc se soustraire aux contingences pratiques de la réalité. On peut tout essayer pour exempter le domaine de la santé de la réalité financière, c’est impossible. Évitons de trop souvent l’oublier.

Je sais bien que, en tant que médecins, vous êtes parfois critiqués ou nargués pour vos glorieux sommets salariaux. Vous exprimez alors que vous ne faites pas ce travail pour l’argent, vous. Vous aimez peu parler d’argent, comme beaucoup de Québécois. Vous affirmez le plus souvent être là pour le patient ou dites que vous voulez contribuer à quelque chose de plus grand que vous-même. Je vous crois et je souhaite que tous les inscrits au tableau du Collège des médecins du Québec pensent comme vous.

Mais pas besoin d’être aussi dualiste. On sait que vous êtes là pour le patient. Cela n’exclut pourtant pas que vous soyez là aussi un peu pour votre propre sort. Que l’argent vous importe de la même manière qu’il importe à n’importe qui. Que votre qualité de vie professionnelle et personnelle soit aussi une préoccupation. Qui pourrait vous le reprocher ? Vos patients seront toujours, après vous, les premiers bénéficiaires de votre bonheur au travail.

Santé inc. fait référence au côté business de la santé de cette manière-là. Ce n’est pas « juste l’argent ». Ce sont tous les rouages de votre réalité qui nous intéressent, tout ce qui jalonne votre vie professionnelle et personnelle, de l’argent aux idéaux en passant par l’implacable réalité. Nous n’avons pas de mandat, nous ne cherchons pas à « vendre l’idée d’un système privé » ou à vous faire faire de l’argent à tout prix. Nous cherchons votre profit, oui, mais dans une définition plus large que le seul profit financier. Les enjeux de votre qualité de vie professionnelle, de vos finances, de votre santé et de votre pratique nous intéressent aussi beaucoup. Notre but est de vous informer le mieux possible des enjeux qui ont un impact sur vous, qui vous touchent, vous. Bien sûr, notre but ultime est de vous donner une voix quand vous avez envie de prendre la parole devant vos confrères et consœurs.

On aperçoit souvent les revues scientifiques auxquelles vous êtes abonné lorsqu’on visite votre cabinet. Je trouve légitime de laisser trôner, sans que ce soit vraiment volontaire, les revues scientifiques ou syndicales auxquelles vous êtes abonnés. Normal de trouver des revues médicales scientifiques dans le bureau de son médecin, non ? Qui ne voudrait pas voir ce porte-étendard de la rigueur toute scientifique quand il visite son bon docteur ?

Or, nos statistiques indiquent pourtant bien que vous lisez Santé inc., un magazine médical non scientifique. Vous le lisez d’ailleurs en assez grand nombre. Mon hypothèse ? Si vous êtes aussi nombreux à nous lire, c’est que même si Santé inc. n’est pas un magazine médical au sens habituel du terme et ne règne pas fièrement sur votre bureau de médecin, vous le lisez certainement. En cachette, peut-être ? Si c’est le cas, nous sommes parfaitement à l’aise avec ça, nous. Ce qui se fait en cachette n’est-il pas, après tout, ce qu’il y a souvent de plus attrayant ?

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L’Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada, critique gastronomique au Guide restos Voir et pigiste pour d’autres médias.

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