Pécher par gourmandise

L’endroit respire la classe et le bon goût. Très « bon chic, bon genre », l’endroit n’est pas du tout clinquant, un peu feutré, et certainement...

Bien manger

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

Le Serpent
Amérique du nord
Montréal 
****

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C’est dans le local de l’ancien Cluny, dans la fonderie Darling, que les propriétaires des restaurants Club Chasse et Pêche et Le Filet ont ouvert les portes du tout nouveau restaurant Le Serpent. Ouvert depuis le 31 décembre dernier et situé dans un grand local lumineux aux très hauts plafonds, Le Serpent tire son nom de l’ancienne fonderie, du temps où un conduit massif de dépollution la couronnait. Ce conduit est aujourd’hui dysfonctionnel, mais constitue néanmoins un emblème industriel du quartier.

C’est donc avec un enthousiasme non dissimulé que mon invitée et moi nous sommes rendues dans ce nouveau lieu « hip » de pèlerinage gastronomique aux accents sobres et industriels. Disons-le d’emblée : même si les restaurants ouvrent et ferment à vitesse grand V dans la métropole, le Serpent semble être fait de cette étoffe qui laisse présager de belles promesses. Enfin, Montréal étant ce qu’elle est, il est aussi possible de s’y tromper, mais je fais le pari que non.

L’endroit respire la classe et le bon goût. Très « bon chic, bon genre », l’endroit n’est pas du tout clinquant, un peu feutré, et certainement très animé. Avide de nouveauté et de branchitude, la clientèle y est assez fortunée, ou du moins, semble l’être. Bien que les tables soient rapprochées, la hauteur des plafonds ne rend pas démesuré le niveau de décibels; on s’entend parler, malgré la proximité des uns et des autres.

Michele Mercuri à sa tête, le menu est construit à l’italienne, avec ses anche (entrées), ses pastas et ses appétissants risottos. Caractéristique culinaire de l’endroit, un plat spécialement préparé à la broche est offert chaque jour : côtes levées laquées à l’érable et au bourbon, onglet de bœuf avec radicchio, carottes glacées à la Guinness, canard laqué avec nouilles soba, concombre mariné et sésame, poulet de Cornouailles avec choux de Bruxelles et bacon… Tout cela est fort appétissant.

serpent-lheureux-f2-fc copyDans l’assiette, la barre est haute. Notre aventure, à mon invitée et à moi, commence par quelques huîtres fraîches et leur mignonnette à l’érable, ainsi qu’un plateau « Crudi » de produits de la mer (crus, évidemment) : bar rayé au pamplemousse, oursin et confiture de bacon, ainsi qu’un mémorable maquereau parfumé au citron, aux amandes et morceaux d’olives séchées. On en rêvera encore une fois le repas terminé, quelques jours plus tard…Les anche qui suivent cette belle entrée en matière, soit la langue de bœuf et le parfait de foie gras accompagné de son granola aux graines de citrouille, sont de très bonnes entrées, à quelques détails près. Le parfait de foie gras est succulent, et l’idée du granola dans lequel on le roule avant d’engouffrer cette délicieuse entrée onctueuse et croquante, est parfaite. On en aurait voulu seulement davantage, de ce granola, étant donné la quantité de foie gras servie. La langue de bœuf, quant à elle, excellente et joliment présentée, a les défauts de ses qualités. Recouverte de garnitures diverses — on a presque le sentiment que le chef a effectué une opération vide-frigo — il y a peut-être un peu trop d’ambition sur le mélange de parfums et de textures. Mais c’est bon, bon, bon.

Les plats principaux, eux, sont délectables, tout particulièrement la gigue de cerf — tendre à souhait, bien agrémentée d’une savoureuse polenta, d’oignons perlés bien sucrés et de champignons maïtake — ainsi que les agnolottis aux châtaignes, lapin braisé et orange confite. Ce dernier est le plat phare de la soirée. La farce aux châtaignes, sucrée, est contrebalancée très justement par la sauce salée et bien parfumée nappant les morceaux de lapin et les agnolottis; un vrai régal. Nous nous laissons aussi tenter par le risotto au homard, betteraves jaunes, basilic et mascarpone. L’amalgame de saveurs « cartonne », le riz est al dente… Ne persiste que cette apparence huileuse d’un risotto auquel on aurait ajouté trop de matière grasse. Par contre, une fois en bouche, rien n’y paraît. C’est un pur délice.

Enfin, au royaume des tentations sucrées, nous nous attaquons au Piémont, sublime parfait aux noisettes et chocolat riche en plaisir (et en calories !) ainsi qu’à un crumble acidulé aux agrumes bien frais. Les desserts, réalisés par Masami Waki, n’ont rien à envier aux bonnes pâtisseries de Montréal. La prochaine fois, d’ailleurs, on se promet d’essayer le pudding à l’érable et pomme compressée ou encore, le très aimé tiramisu, façon Masami. Faut bien se donner de bonnes raisons de se faufiler en douce vers l’une des jolies tables de ce serpent sympathique. Le Serpent, nouveau symbole du péché de gourmandise

+: les agnolottis aux châtaignes, le parfait de foie gras, le maquereau du Crudi, la focaccia maison, l’ambiance, le décor romantico-industriel. Un vrai coup de coeur !

–  : d’infimes détails d’exécution; le service un peu trop pressé, même s’il est efficace et attentionné.
LE SERPENT
160$ pour deux avant vins, taxes et service

257, rue Prince
Montréal
514 316-4666

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

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