Considération

« Le fait de savoir qu’on leur porte plus de considération et que leur salaire sera plus compétitif pourrait inciter une plus grande...»

CE N’EST PAS TANT L’ARGENT QUI NOUS GARDE AU TRAVAIL QUE L’ESPOIR

PAR DRE DENISE DROLET, MD  
La volonté ne peut rien sans l’espoir.
Alain Grandbois

 

Depuis quelques années, on discute régulièrement sur la place publique des problèmes du système de santé, et particulièrement de la difficulté à accéder aux soins. Le mécontentement est justifié : les délais pour obtenir des soins médicaux sont souvent déraisonnables et la population en souffre. De façon générale, les gens qui ont bénéficié des services de santé les ont jugés satisfaisants quant à la qualité de l’acte. Les reproches sont principalement liés à la difficulté à trouver un médecin et à le voir quand le besoin s’en fait sentir, ainsi qu’aux trop longs délais pour obtenir examens d’investigation, diagnostics et traitements.

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Dernièrement, dans son étude des données de la RAMQ tel que rapporté par le journal Le Devoir¹, le chercheur Damien Contandriopoulos (Ph.D.) a fait ressortir diverses statistiques², dont l’augmentation des revenus des médecins et l’accessibilité aux soins. En effet, dans l’analyse qu’il publie chez Longwoods, on peut lire : « Alors que les dépenses totales liées à la rémunération des médecins, la rémunération moyenne par médecin et le coût unitaire moyen par service ont tous trois connu une hausse très rapide, la quantité totale de services, le nombre de services par personne et le nombre moyen de services par médecin ont soit stagné soit décliné. »

Pourquoi comparer ces chiffres ? Est-ce que quelqu’un pensait sérieusement qu’augmenter les revenus des médecins était une solution à l’accessibilité des soins à court terme ? D’après mes lectures et ma compréhension de la situation, les médecins n’ont jamais dit qu’être mieux rémunérés allait les rendre plus disponibles. D’où émane l’idée que la hausse d’une rémunération octroie du même coup plus de temps à celui qui la reçoit ? L’argent peut-il réanimer des médecins (qui sont des êtres humains, en passant) au bord de l’épuisement ? Bien sûr que non.
Par contre, mon analyse personnelle de ces tableaux est plutôt positive. En effet, il me semble de bon augure de réaliser que l’accessibilité aux services n’a pas trop diminué depuis les trois dernières années malgré le fait que la relève n’est toujours pas au rendez-vous et que les médecins en place travaillent au maximum de leur capacité (et souvent au-delà). Quant à l’augmentation substantielle récente du salaire des médecins, elle m’amène à espérer que le recrutement de la relève sera moins difficile dans l’avenir.

Pour les médecins de famille, cette augmentation de salaire démontre une certaine considération envers leur travail et constitue un geste concret pour les garder dans le système. Depuis plusieurs années, les médecins sont essoufflés, démotivés. À force de se débattre dans un système de santé déficient pour prodiguer les meilleurs soins à leurs patients de plus en plus âgés et porteurs de multiples pathologies, à force de récolter d’acerbes critiques de tout un chacun pour des délais qui ne relèvent en général pas de leur responsabilité, ils ont trop souvent l’impression qu’ils ne sont pas appréciés à leur juste valeur. Un meilleur revenu n’est qu’un petit pas, mais peut quand même aider à confirmer qu’on reconnaît leurs efforts et donner un élan pour continuer. Le fait de savoir qu’on leur porte plus de considération et que leur salaire sera plus compétitif pourrait inciter une plus grande proportion d’étudiants à choisir la médecine familiale (puisqu’il y a un problème majeur en première ligne) et aidera à maintenir l’espoir d’un monde meilleur.

Quant à l’amélioration de l’accessibilité aux soins, il faudra être patient. Garder les médecins en place et attirer les jeunes médecins pour couvrir la première ligne sont autant de gestes qui contribueront à offrir un meilleur accès aux soins de santé à l’avenir, mais pas d’ici quatre ans, désolée à ces messieurs dames du gouvernement !

À court terme, je pense qu’il faut surtout miser sur l’aide provenant des autres professionnels de la santé ainsi que du soutien pour la modernisation informatique de nos cliniques.

Donc, évitons de faire des liens ou des comparaisons avec des données qui n’ont rien en commun et demeurons positifs. Et surtout, médecins de tous milieux, évitons d’écouter les critiques de ceux qui pensent que tous les malheurs du système de santé sont imputables aux « caprices des médecins ». Réjouissons-nous que les choses bougent. Tant qu’il y a du mouvement, il y a de l’espoir !

Et puisqu’il est question d’espoir, je veux profiter de l’occasion pour vous parler d’une activité de formation qui aura lieu à l’automne. En effet, j’ai le privilège de collaborer à l’organisation d’une journée pour la santé des médecins. Ce colloque est organisé par l’Université de Sherbrooke et le PAMQ. Il se déroulera le vendredi 3 octobre 2014 à l’hôtel Chéribourg Magog-Orford. Cette année, on se concentre sur les solutions, la résilience, bref, sur du positif. Des conférenciers de marque, des sujets innovateurs, des approches différentes et des témoignages touchants vous permettront de passer une superbe journée et de repartir mieux outillés pour survivre sans trop souffrir dans le système de santé actuel.
Pas besoin d’être épuisé pour participer. Il suffit de vouloir entendre parler des moyens pour garder notre équilibre personnel, mais aussi pour se familiariser avec des façons d’aider nos collègues qui souffrent.

La journée se déroulera sous le signe du positivisme et de l’espoir malgré la morosité du système de santé.
Nous vous attendons en grand nombre, alors je vous invite à vous inscrire dès maintenant en suivant le lien suivant.
RÉFÉRENCES
1 Daoust-Boisvert, A. La productivité des médecins décline, Le Devoir, 15 février 2014.
2 Contandriopoulos, D. et Perroux, M. Fee Increases and Target Income Hypothesis: Data from Quebec on Physicians’ Compensation and Service Volumes, Healthcare Policy, 9(2) November 2013: 30-35.

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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