À bas l’intimidation!

Peu importe le moment où les faits relatés se sont produits et qui en a été la victime : si l’histoire est véridique, ce que ce médecin a vécu...

ZÉRO TOLÉRANCE POUR LA VIOLENCE

PAR LÉON TOURIAN, MD

La présente donne suite à une lettre publiée dans le numéro de mai-juin du magazine Santé inc. Dans cette lettre, un médecin souhaitant conserver l’anonymat déclarait qu’un directeur de programme l’avait forcé à prendre des stimulants pour réussir son examen de certification du Collège royal.

La première chose que j’ai faite, après avoir lu la lettre, a été de vérifier la date figurant  sur la couverture du magazine. J’avais sûrement oublié de mettre au recyclage un vieux numéro datant de la fin des années 1990 ou du début des années 2000. Non, aucun doute possible : l’année de publication était bien 2014. Je me suis dit ensuite « ah oui, ce médecin raconte quelque chose qui s’est produit il y a longtemps. Et s’il a décidé d’en parler maintenant, c’est que le numéro précédent du magazine traitait de l’usage des stimulants. » Peut-être est-ce le cas. Mais si mon raisonnement était correct, pourquoi l’auteur ne s’était-il pas senti à l’aise de signer sa lettre ?  Peut-être par peur d’être jugé par ses pairs ? Les questions se bousculaient dans ma tête : pourquoi ce médecin avait-il décidé d’envoyer une lettre anonyme racontant un tragique cas d’intimidation et de harcèlement ? J’ai relu l’article encore une fois pensant que, peut-être, j’étais en train de faire une sieste en plein jour après une période de garde et que tout ceci n’était qu’un cauchemar. Mais non, l’histoire demeurait la même à la deuxième lecture. Peut-être étais- je sous l’effet d’une hallucination hypnagogique ? Je me suis pincé. Ouille ! Pas de doute, j’étais réveillé!

Peu importe le moment où les faits relatés se sont produits et qui en a été la victime : si l’histoire est véridique, ce que ce médecin a vécu est horrible. Se faire menacer de ne pas pouvoir se présenter à l’examen du Collège royal s’il refusait de prendre du Ritalin !

J’étais furieux. Je me sentais mal à l’idée de la révoltante situation dans laquelle s’était retrouvé ce médecin alors qu’il était résident — un cas patent d’intimidation et de harcèlement. Un jour, vous êtes un résident donnant toute satisfaction et le jour suivant, on vous informe que c’est tout le contraire et que votre directeur de programme a décidé de vous recaler ? Je n’arrivais pas à y croire. Comment un directeur de programme pouvait-il forcer un résident à prendre des médicaments alors que ce n’était pas cliniquement nécessaire ? Comment pouvait-il menacer de recaler un résident sous prétexte de besoins cliniques et non pas parce qu’il était en situation d’échec ou présentait des problèmes de comportement ?

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Comment cela a-t-il pu arriver? Comment une telle chose a-t-elle pu se produire alors que la FMRQ, les facultés de médecine et le Collège royal parlent de harcèlement et d’intimidation depuis des années ? À titre de président du Comité du bien-être de la FMRQ, je connais le dévouement dont font preuve les membres de ce groupe formé de représentants des quatre facultés de médecine du Québec. Je sais qu’ils ont visité les programmes, présenté des communications sur le bien-être, publié une foule d’articles sur le sujet sur toutes les plateformes existantes et informé les résidents sur la manière d’obtenir de l’aide s’ils sont intimidés ou harcelés.

Pourquoi l’auteur n’a-t-il pas demandé de l’aide ? A-t-il pensé que c’était un comportement normal ou, encore pire, acceptable de la part de son directeur de programme ? Quel directeur de programme a le droit d’imposer un diagnostic et un plan de traitement à ses résidents ? Ce directeur outrepassait clairement les limites de ses fonctions.

Comme résident, ne savait-il pas qu’il pouvait contacter la FMRQ ? Le vice-doyen aux études médicales ou d’autres résidents ? Des membres de sa famille ? Des amis ? Après ma première réaction d’incrédulité, j’ai décidé d’agir.

D’abord, j’encourage tout médecin résident dans une telle situation à communiquer avec la FMRQ pour obtenir du soutien. S’il craint les possibles répercussions d’une plainte officielle, il peut aussi soumettre une lettre anonyme  au vice-doyen ou au responsable du Bureau d’aide aux étudiants et résidents en médecine de sa faculté. Peut-être que le directeur de programme ou patron en question n’en est pas à sa première infraction; si  les autorités reçoivent un nombre suffisant de lettres anonymes, elles pourront prendre les mesures qui s’imposent. Trêve de complaisance – à bas l’intimidation en médecine!

Quelqu’un qui n’a pas à cœur le bien-être et la formation des résidents ne devrait pas être directeur de programme, directeur de la formation ou superviseur/mentor auprès des résidents. Si, pour vous, les résidents ne sont que de la main-d’œuvre bon marché, vous ne méritez pas de les superviser.

Divers moyens sont à la disposition des résidents qui veulent dénoncer l’intimidation dans le milieu médical. Ils peuvent déposer une plainte auprès de la RMRQ qui les informera des différentes voies qui s’offrent à eux dans ces circonstances.  Ou encore déposer une plainte auprès de leur faculté. Ou encore essayer de gérer le problème localement – en parlant à leur directeur de programme.

Nous avons plus filières à notre disposition pour dénoncer les comportements d’intimidation et de harcèlement que la plupart des employés des secteurs privé et public. En outre, nous disposons de différentes façons  d’obtenir du soutien: via nos programmes, nos facultés, notre syndicat ou le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ).

Compte tenu du très grand nombre de ressources à notre disposition, pourquoi ce médecin a-t-il été acculé au pied du mur, pourquoi a-t-il finalement été obligé d’acquiescer aux exigences de son directeur de programme et de prendre des stimulants ? Qui dit intimidation et harcèlement dit violence. Chacun réagit à sa manière à cette violence, qu’elle soit manifeste ou cachée. Et même s’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’y réagir, ne pas en parler à ses pairs, à des mentors de confiance et à des ressources officielles n’aide en rien et rend les choses encore plus difficiles pour chacun d’entre nous. Quand je dis qu’il faut en parler, je ne dis pas qu’il faut nécessairement déposer une plainte officielle. Je dis qu’il faut obtenir de l’information et du soutien et savoir quels droits et privilèges a une personne dans de telles situations. Je dis qu’il faut briser l’isolement et s’assurer qu’un patron qui a des problèmes de comportement envers les stagiaires obtiendra l’aide dont lui aussi a besoin afin d’éviter les récidives.

Au moment de quitter le poste de président du Comité du bien-être des résidents de notre syndicat, j’espère que chacun de ses 3500 membres sait qu’il doit dénoncer l’intimidation et le harcèlement. Réussirons-nous un jour à vaincre ce cancer qui peut avoir des conséquences fatales pour les stagiaires et d’autres professionnels du domaine médical ? Probablement pas, mais il est crucial de dépister ses manifestations le plus tôt possible et d’offrir du soutien aux victimes. Le harcèlement et l’intimidation, il faut en parler – il faut les dénoncer et les éliminer de nos milieux de formation.

À bas le harcèlement dans nos hôpitaux et nos milieux de formation !

PRÉSIDENT COMITÉ DU BIEN-ÊTRE DES MÉDECINS RÉSIDENTS (CBER) FÉDÉRATION DES MÉDECINS RÉSIDENTS DU QUÉBEC (FMRQ)

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