Médecins sans stress

Le mindfulness, ou méditation pleine conscience en français, n’en gagne pas moins en popularité dans les milieux médicaux depuis 15 ans...

MINDFULNESS : VOS COLLÈGUES L’ONT ESSAYÉ (ET L’APPROUVENT !)

PAR GUY SABOURIN

Prononcer les mots « méditation ayant le pouvoir d’améliorer la santé de plusieurs façons »  à des médecins, et ils lèveront probablement les yeux au ciel. Leur méfiance congénitale des approches « non fondées sur la science » s’applique même à des pratiques ayant traversé les époques et fait du bien à des millions d’individus (voir notre encadré « Des preuves »).

Le mindfulness, ou méditation pleine conscience en français, n’en gagne pas moins en popularité dans les milieux médicaux depuis 15 ans. Réticents, sceptiques ou neutres dans le meilleur des cas, certains médecins ont osé l’essayer. Surprise : aucun de ceux à qui nous avons parlé n’a été déçu.

mindful-sabourin-f1

Par exemple, quelques médecins-conseils du PAMQ ont suivi la formation Mindfulness-Based Medical Practice, donnée à l’Université McGill et destinée aux médecins et autres professionnels de la santé. Celle-ci s’inspire du Mindfulness based stress reduction (MBSR) de Jon Kabat-Zinn, docteur en biologie moléculaire et professeur de médecine à l’Université du Massachusetts. Il en est le créateur et a fondé sa première clinique de réduction du stress dans le sous-sol de l’hôpital de cette même université en 1979. Plus de 250 hôpitaux dans le monde utilisent aujourd’hui son approche de la méditation comme outil de soin.

« J’avoue que j’étais sceptique, indique la Dre Claude Johnson. La méditation, je trouvais ça ésotérique. » Sa collègue, la Dre Sophie Collins, redoutait que ce soit New Age dans son sens le plus péjoratif. « En fait, ça n’avait rien à voir avec cela », précise-t-elle aujourd’hui. « À 30 ans, vous m’auriez parlé de méditation et de yoga, j’aurais trouvé ça bien intéressant… pour les autres ! », ajoute la Dre Adrienne Gaudet, qui a de bonnes paroles aujourd’hui pour cette approche, comme ses collègues d’ailleurs.

« Le mindfulness m’a permis, entre autres, de reconnecter et de ne pas perdre le fil du plaisir d’être avec un patient, même après 30 ans de clinique », indique le DClaude Rajotte, qui fait aujourd’hui des séances de mindfulness avec ses étudiants de médecine pré-diplômés de l’Université de Montréal.

Vers la fn des années 1990, les 5 000 patients membres du Centre ÉPIC ont demandé l’accès à des méthodes de réduction du stress. Le responsable de la prévention, le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal, leur a offert successivement des ateliers avec un psychiatre, un psychologue et divers cours de gestion du stress. Mais ça ne levait pas.

Puis, lors d’un congrès pas particulièrement « granola » de l’American College of Cardio- logy au début des années 2000, Martin Juneau entend parler de MBSR par un autre cardiologue. Il lit immédiatement le livre de Jon Kabat-Zinn (Full Catastrophe Living : Using the Wisdom of Your Body and Mind to Face Stress, Pain and Illness) et s’inscrit à son séminaire de deux jours à Boston. « J’ai eu la piqûre et l’intuition que c’était vraiment ça que ça me prenait. »

Depuis, au Centre ÉPIC, les cours de mind­fulness ne désemplissent pas. « Et moi, ça a vraiment changé ma vie », ajoute Martin Juneau, pour qui le mindfulness est une approche « puissante ». Il se sent bien ancré dans le présent et attribue cet état à la méditation, qu’il pratique encore régulièrement. Elle contribue à construire deux forces très utiles au travail de médecin : attention et concentration. Elle aide aussi à combattre les pensées négatives par des pensées positives. « Ça a l’air simpliste, mais c’est extrêmement efficace » assure le cardiologue.

ÇA NE CHANGE PAS LE MONDE, SAUF QUE…

mindful-sabourin-f2

Les médecins rapportent des changements positifs et tous décrivent une forme ou une autre d’amélioration de leur qualité de vie. « Chacun va chercher ce dont il a besoin là- dedans », résume Claude Johnson.

« Je suis capable de ressentir mes patients, de les recevoir et d’agir sans appliquer de recette, indique la psychiatre Tanh-Lan Ngô, chef du programme des maladies affectives à la clinique de psychiatrie Bois-de-Boulogne et professeure à l’Université de Montréal. Après quelques retraites de méditation avec Kabat- Zinn lui-même, elle dit être capable de savourer le moment présent et de tenir la rumination à l’écart. « Plus je pratique la méditation de façon régulière, plus je suis capable de voir un grand nombre de patients sans me sentir complètement vidée à la fn de la journée. Être plus productive n’était pourtant pas mon but. »

stresse3

Adrienne Gaudet, pour sa part, est devenue moins dure envers elle-même. « Je ne tiens plus pour acquis tout ce que me dit ma pensée », affirme celle qui a découvert à travers la méditation que les pensées ne sont après tout que des perceptions parmi d’autres. « Je sais maintenant concrètement qu’on peut se perdre dans des pensées pas particulièrement constructives, affirme-t-elle. Elles doivent avoir une place, mais pas toute la place. » Sa relation avec le présent s’est améliorée, et la docteure se trouve également libérée de sa quête de la perfection et de la performance, qu’elle aborde désormais avec plus d’humour. « Je ressens plutôt une qualité d’intérêt et de curiosité. »

mindful-sabourin-f3

« Ce n’est pas fait pour relaxer, contrairement à ce que tout le monde croit, mais surtout pour s’ancrer dans le présent, indique Sophie Collins. Le fait de méditer nous met en contact avec nos vraies émotions. Ça permet de ne pas fuir dans le travail, la rumination ou dans toutes sortes d’autres mécanismes. Progressivement, avec l’entraînement, je suis devenue plus sensible à ce qui se passe autour de moi. Je ne cherche plus à combler tous les vides, que ce soit entre deux patients ou en attendant l’autobus. Le vrai but de l’exercice, pense-t-elle, c’est de devenir plus résilient, davantage capable de ne pas se sentir complètement pris au dépourvu chaque fois qu’une nouvelle tuile survient. La méditation aide aussi beaucoup à se défaire de vieux réflexes qui ne sont pas toujours positifs. »

La Dre Claude Johnson attribue à la méditation un changement très important : elle a décidé de passer désormais avant ses nombreux devoirs. Elle commençait toujours sa journée en se consacrant aux autres, en essayant de se garder du temps en soirée pour elle afin de faire ce qui lui importe. « Ça me stressait, résume-t-elle. Maintenant, juste le fait de commencer ma journée en faisant un petit quelque chose pour moi (yoga ou sport, par exemple), plutôt que l’inverse, ça me permet d’être plus présente pour les autres, ayant rempli mon propre besoin dès le début. »

stresse2

Avec l’informatique et le multitâche, il arrive que l’empathie devienne le parent pauvre de la relation médecin-patient. « Se connecter à ce que vit le patient ne consiste pas juste à lui poser des questions ; il faut qu’il sente aussi que j’ai de l’intérêt et que je suis touchée par ce qu’il me dit », explique le Dr Claude Rajotte. Le mindfulness est à ce chapitre un outil pour y parvenir, et non une fin en soi. Autre façon de dire qu’il faut d’abord se connecter à soi avant de pouvoir être ouvert aux autres. Claude Johnson affirme aussi être devenue plus empathique grâce à la méditation.

Martin Juneau se sent plus stable, moins affecté par les événements plus dramatiques ou choquants de la vie, donc moins fluctuant, moins réactif et plus capable d’apprécier les bons moments. « Et ça permet d’avoir un jugement beaucoup plus sûr, ajoute-t-il. Je sais, c’est un grand mot, mais je suis plus heureux. N’est-ce pas le but ultime, au fond ? »mindful-sabourin-f4

QU’EST-CE QUE LE MINDFULNESS ?

stresse1.

« S’arrêter et observer, les yeux fermés, ce qui se passe en soi (sa propre respiration, ses sensations corporelles, le flot incessant des pensées) et au-tour de soi (sons, odeurs…). Seulement observer, sans juger, sans attendre quoi que ce soit, sans rien empêcher d’arriver à son esprit, mais aussi sans s’accrocher à ce qui s’y passe. C’est tout. C’est simple. C’est la méditation de pleine conscience. Et c’est bien plus efficace que cela ne pourrait le paraître aux esprits pressés ou désireux de se  »contrôler ». »

Ainsi l’explique Christophe André, médecin psychiatre français à l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Il ajoute : « La pleine conscience est la qualité de conscience qui émerge lorsqu’on tourne intentionnellement son esprit vers le moment présent. C’est l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne décide pas si c’est bien ou mal, désirable ou non), sans attente (on ne cherche pas quelque chose de précis). »

Cette méditation se fait assis, couché ou debout, peu importe. Il s’agit de s’arrêter, de fermer les yeux si on le désire et d’être attentif par exemple à sa respiration. Quand l’esprit part dans une autre direction – ce qui arrive tout le temps –, il s’agit tout simplement de le ramener doucement vers la respiration. Encore et encore.

Sophie Collins a été frappée par la simplicité de l’approche. « Ça ne demande pas énormément d’efort. C’est quelque chose qui va de soi. Mais il faut le faire et on devient meilleur avec l’entraînement. »

« C’est facile à faire, abonde Martin Juneau, mais c’est très facile de ne pas le faire ! Plus on est occupé, plus on est pressé, moins on le fait alors que c’est là qu’on en a le plus besoin. Le plus dur, c’est de trouver la discipline quand on est occupé. » Le truc des adeptes : des séances courtes de trois, quatre minutes, peut-être dix ou quinze fois dans la journée. « Même dans le feu de l’action, on  est toujours capable de le faire. Et ça change tout. »

Mots-Clés :

sabouringuy@gmail.com

LA PAROLE EST À VOUS!

« On oublie souvent de mentionner l’autre côté de la médaille : le privé est basé sur l’entrepreneuriat et l’entrepreneur porte sur ses…»

PHARE MÉDITERRANÉEN

« Une femme pose près de son scooter, une autre est juchée sur son balcon fleuri et regarde la mer. Sur le mur intérieur, une autre esquisse dévoile…»

TOMATES AU CHÈVRE MIEL ET LAVANDE

«Après avoir obtenu son diplôme en cuisine à l’ITHQ en 2010, il fait un stage de plusieurs mois à l’Antica Corte Pallavicina, dans le nord… »

FONDS COMMUNS POUR MÉDECINS

– Fonds FMOQ
– Fonds Professionnels
– Gestion MD

Surfer sur la vague

«Que le ministre Barrette affirme soudainement souhaiter rouvrir une entente qu’il a lui-même signée comme président de la FMSQ en dit…»

Guide des services de facturation

Comment choisir son agence de facturation ? Quels critères adopter lorsque vient le temps de confier à un professionnel la tâche de facturer…