Vieillir ou mourir ?

Vieillir ou mourir? A-t-on vraiment le choix? Le patient a-t-il le droit de choisir de laisser la mort survenir? Le médecin a-t-il le devoir de...

LA VIEILLESSE, UNE « MALADIE » À ÉRADIQUER?

PAR DENISE DROLET, MD

vieillir-drolet-F1Le vieillissement de la population étant ce qu’il est, nous avons régulièrement, en tant que médecins de quelque spécialité que ce soit, l’occasion de traiter des personnes ayant atteint l’âge que l’on appelle communément l’âge d’or! Cet âge qui n’a de l’or que le nom, si l’on en croit ce que les principaux intéressés en pensent.

Nous vieillissons tous, rien ne peut l’empêcher, la seule issue étant évidemment de mourir avant. Toutes les recherches, les découvertes médicales du dernier siècle ont apporté de grandes avancées en médecine comme dans toutes les sphères scientifiques. Nous avons réussi à combattre les bactéries, à ralentir les cancers, à réparer les cœurs, à remplacer certains organes vitaux quand ils ne fonctionnaient plus. La médecine fait des miracles. Il est petit, le pas à franchir pour en arriver à croire que nous sommes éternels!

 

Or, qu’on le veuille ou non, la mort reste une étape incontournable de la vie! Et cela, bien des gens l’oublient; les médecins aussi. Pour les médecins, et bien d’autres travailleurs de la santé, la mort représente souvent un échec, un manquement, ce dont il ne faut pas parler. Pour les familles éplorées, la mort est souvent trop inquiétante pour en parler ou même simplement l’envisager. Ainsi, faute d’aborder la question, il est complexe de gérer la fin de vie pour l’individu qui y arrive. Il est plus facile de tenter de la repousser.

En conséquence, plusieurs aînés se retrouvent prisonniers de ce silence, de ce manque d’informations, et privés du même coup du savoir médical. vieillir-drolet-F2Et nous réussissons souvent à les garder en vie mais à quel prix?

Par exemple, l’insuffisance cardiaque sévère est une cause fréquente de décès. Quand un quinquagénaire en soufre à la suite d’une condition aiguë, il est rassurant de bénéficier de notre attirail pharmacologique sophistiqué qui, souvent, peut le garder en vie et lui faire récupérer, en quelques mois, une fonction cardiaque normale ou presque, lui permettant de continuer sa vie comme avant. C’est l’un des miracles de la médecine moderne!

Est-ce la même chose quand le cœur vieillissant d’un nonagénaire présente de façon alarmante les mêmes signes d’insuffisance? Nos médicaments traiteront-ils une maladie ou un cœur tout simplement au bout du rouleau? Ces traitements vont prolonger la vie, mais dans quelles conditions? Retrouver une fonction cardiaque normale est-il possible quand ce n’est pas une maladie qui l’a détériorée, mais bel et bien l’âge? Peut-on contrer le vieillissement? Doit-on le contrer, d’ailleurs?

Nous parvenons aussi maintenant à nous attaquer aux cancers, à ralentir leur progression, permettant d’offrir à un enfant ou un adulte encore vert de profiter de sa vie après les quelques mois difficiles du traitement et de récupérer une énergie peut-être moindre, mais suffisante pour assurer plusieurs années agréables par la suite. Ce même traitement miraculeux, administré à un aîné, risque de le tuer plus vite ou de lui faire gagner un peu de temps, mais au prix d’atroces souffrances et d’un sursis teinté de séquelles. Parce que si un corps jeune et vigoureux peut supporter et affronter la chimiothérapie, un corps plus âgé n’a plus la force de le faire. S’acharner sur les cellules cancéreuses pour les faire disparaître quand l’ensemble du corps est devenu si fragile relève de la torture. C’est, à mon avis, ce qu’on appelle de l’acharnement thérapeutique!

vieillir-drolet-F3Il est également miraculeux de voir les bien- faits de la dialyse rénale sur un patient victime d’une atteinte rénale aiguë fulgurante. Une machine prend la relève de son système vital de filtration pendant quelques jours et hop, le patient récupère toutes ses capacités et peut retourner à sa vie normale. Si le dommage rénal se révèle irréversible chez un patient en bonne condition par ailleurs, il est merveilleux de pouvoir bénéficier de cette même dialyse dans l’attente d’une greffe de rein qui, malgré certaines restrictions, permettra une vie tout à fait fonctionnelle. Mais les reins ne semblant pas avoir été conçus pour filtrer convenablement au-delà d’un certain nombre d’années, insuffisance rénale chronique chez le patient vieillissant est devenue chose courante. Si l’on regarde les statistiques démographiques, il y a, dans la population, de plus en plus de gens de plus de 80 ans et même de 90 ans. À ce rythme, nos salles de dialyse vont se retrouver pleines sous peu.

Mais ce n’est pas rien, la dialyse! Aussi miraculeuse soit-elle, cette technologie n’empêche pas l’anémie, la fatigue, les débalancements de toutes sortes nécessitant des suppléments vitaminiques multiples, des ajustements fréquents de médication. Il y a aussi des surinfections et différentes complications liées à ce traitement. Tout ceci entraîne souvent une qualité de vie précaire. Alors, quand arrête-t-on? S’il est éthiquement délicat de refuser la dialyse en raison de l’âge, sera-t-il plus facile de décider quand y mettre fin? Il me semble que la dialyse est une merveille pour sauver la vie des gens en attendant le retour d’une fonction rénale normale ou une greffe, mais doit-on vraiment s’en servir pour repousser une fin de vie quand même assez douce? Et ce, par ailleurs, quel que soit l’âge? En sommes-nous rendus à tenter de traiter toute cause de décès dite naturelle? Le vieillissement se traite-t-il? Le vieillissement doit-il être considéré comme une maladie? Quel est notre rôle en tant que médecin? Soigner? Mais soigner, est-ce seulement guérir? Soigner, pour moi, c’est prendre soin, et prendre soin, c’est se faire un devoir d’aborder la question avec nos patients, c’est rendre la vie confortable, éviter des effets secondaires inacceptables, soulager des malaises et, oui, c’est aussi accompagner la fin de vie. Mourir n’est pas un échec. On peut aider nos patients à y arriver dans le confort et la dignité.

Vieillir ou mourir? A-t-on vraiment le choix? Le patient a-t-il le droit de choisir de laisser la mort survenir? Le médecin a-t-il le devoir de respecter le choix du patient de ne pas entrepren- dre ou de continuer un traitement? Devrions-nous discuter de ces questions avec nos patients aînés? N’est-ce pas la première chose à faire?

J’aimerais connaître votre opinion.

Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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