L’incertitude quotidienne

Malheureusement, la discrimination demeure présente et de multiples exemples peuvent être cités chaque semaine. Les sources de cette...

PAROLE DE RÉSIDENT

PAR DRE ANNIE TRÉPANIER
FMRQ

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Voici le scénario : vous êtes jeune, vos valises sont faites et vous avez votre passeport en main, une nouvelle destination vous attend. Un lieu exotique, un lieu différent rempli de nouvelles aventures. Maintenant, imaginez que ce lieu exotique sera votre pays d’adoption pour les cinq prochaines années et que vous n’irez pas vous étendre sur la plage, mais plutôt griller vos neurones en plongeant dans des briques de médecine.

Partir en vacances pour quelques mois, voire une année, implique son lot de changements et de défis, mais en cas de difficultés, on n’a qu’à rebrousser chemin et à reprendre plus tard notre aventure. Déménager pour effectuer sa résidence dans un autre pays est une autre paire de manches ; l’option de rebrousser chemin existe toujours, mais elle est lourde de conséquences.

Récemment, une étudiante aux études postdoctorales provenant d’Amérique latine me racontait qu’elle avait quitté son poste de médecin dans son pays natal, les conditions de travail y étant trop pénibles. En stage au Québec, elle souhaitait sonder le terrain pour un éventuel retour à la médecine en sol canadien. Malheureusement pour elle et pour nous, la solitude, les différences culturelles et le climat auront peut-être raison de son rêve. Après un an, son réseau social d’origine lui pèse et l’idée de s’établir pour cinq ans l’effraie. La décision n’est jamais finale, mais il est clair que cette période vécue en expatriée l’aura confrontée à certaines réalités.

L’acculturation, ce phénomène où un individu est confronté à une autre culture et doit modifier ses modèles culturels initiaux, fait partie des conséquences de ce changement de vie. Au Québec, on dénombre environ 500 résidents en médecine venus d’ailleurs. Étudier et réussir dans une langue ou une culture qui n’est pas la nôtre représente un défi de taille. Lorsqu’on considère les contacts avec des patients ayant des origines sociales et culturelles hétéroclites, les choses les plus simples deviennent un défi.

Mais au-delà de la résidence, ces individus venus d’ailleurs doivent aussi apprendre à vivre avec les us et coutumes de leur pays d’adoption. Cette adaptabilité ne se fait pas sans heurts. La FMRQ a souvent été proactive afin d’aiguiller ces derniers à mieux comprendre nos pratiques. Cette adaptation ne peut cependant pas être unilatérale, car en acceptant ces médecins résidents, fellows ou moniteurs cliniques, on ne peut faire fi de leur culture, qui se reflétera toujours dans leur pratique et leurs valeurs.

Malheureusement, la discrimination demeure présente et de multiples exemples peuvent être cités chaque semaine. Les sources de cette discrimination proviennent tant des collègues médecins et des infirmières que des patients, et ajoutent un stress non négligeable au fardeau déjà très grand que représente la résidence.

Mais pourquoi discuter de cette situation particulière à ce moment-ci, me direz-vous ? C’est parce qu’elle a des implications uniques et qu’elles doivent être traitées dans leur unicité. Parler de différences culturelles peut s’avérer délicat et, bien qu’en terre québécoise nos bras soient plus souvent ouverts à la diversité qu’ailleurs, nous avons encore du pain sur la planche pour éduquer nos membres, tant étrangers que canadiens, à accueillir et à tirer avantage de cette diversité sur le plan professionnel. Soyons compréhensifs et indulgents, en commençant par notre propre communauté médicale.

A propos de Dre Annie Trepanier

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La Dre Annie Trépanier est présidente du comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)

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