Bilan de santé

On a beaucoup parlé de la pénurie des médecins de famille et de leurs conditions de pratique difficiles au cours des dernières années.

ÉTAT DE LA MÉDECINE FAMILIALE SELON LOUIS GODIN

PAR CHANTAL LEGAULT

On a beaucoup parlé de la pénurie des médecins de famille et de leurs conditions de pratique difficiles au cours des dernières années. Malgré tout, la médecine familiale séduit de plus en plus les jeunes médecins. Serait-ce qu’elle se porte mieux ? Récemment ébranlée par le dépôt du projet de loi 20, la FMOQ n’a pas tardé à réagir à cette nouvelle. Nous avons demandé à son président, le DLouis Godin, de nous tracer un portrait de la situation.

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Santé inc. : Comment se porte la médecine familiale aujourd’hui ?

DLouis Godin : On avait réussi, au fil des ans, à créer de l’intérêt pour cette pratique. L’an dernier, pour la première fois, autant d’étudiants en médecine choisissaient la médecine familiale que les spécialités. On sentait un plus grand engagement de la part des médecins pour le travail en cabinet malgré l’obligation d’accomplir les activités médicales particulières (AMP) et de soutenir le travail à l’hôpital. Puis, survient le projet de loi 20 qui met tout en péril. Les étudiants en médecine nous disent déjà qu’ils remettent en question leur choix. Les services vont en souffrir et les risques à moyen et à long termes sont énormes.

S.I. : Le ministre de la Santé voulait, avec ce projet, favoriser l’accessibilité aux médecins de famille. Quelles seraient les solutions de la FMOQ pour améliorer l’accès ?

L.G. : Nous avions soumis au gouvernement un plan pour améliorer l’accessibilité. On incitait nos membres à se rendre plus disponibles et à laisser quotidiennement deux ou trois places ouvertes à leur agenda pour recevoir des patients en urgence. On avait mis sur pied un réseau d’accès pour que des cliniques médicales soient ouvertes dans toutes les régions du Québec sur des heures étendues, la semaine et la fin de semaine, afin que les patients qui ne peuvent consulter un médecin de famille puissent être vus rapidement pour des problèmes aigus. Les médecins avaient accepté de collaborer pour éviter que les gens n’aillent attendre 20 heures à l’urgence quand ils ont mal au dos ou que leur enfant a de la fièvre.

S.I. : Vous proposiez aussi de modifier les activités médicales particulières (AMP)…

L.G. : On avait réussi à convaincre le Ministère de reconnaître une partie des AMP en clinique sans mettre en péril le fonctionnement des hôpitaux afin d’inciter les médecins à travailler en cabinet. Si les établissements gobent tous les nouveaux médecins qui arrivent sur le marché du travail, il n’en reste plus pour recevoir des patients à leur bureau. Nous avions de nombreuses solutions, mais encore faut-il que le ministre veuille les entendre. L’ancien ministre et celui qui est en poste n’ont jamais voulu discuter avec nous. On nous a présenté le projet de loi 20 en nous affirmant que c’était la solution pour assurer l’accès aux médecins de famille.

S.I. : Comment expliquez-vous que le nombre de médecins de famille ait augmenté au cours des dernières années alors que le nombre d’actes a diminué ?

L.G. : Il y a deux raisons très simples pour expliquer ce phénomène. Premièrement, la clientèle s’alourdit et les gens sont plus malades. La consultation qui me prenait 20 minutes auparavant m’en prend 30 aujourd’hui. Si je consacre le même nombre d’heures au travail, je vais naturellement faire moins d’actes. Deuxièmement, on me dit que c’est très important de travailler avec d’autres professionnels et de déléguer des tâches simples, mais les suivis de patients que je délègue à une infirmière sont les consultations les plus simples. Les cas plus complexes nécessitent plus de temps. Au bout de la ligne, je fais moins d’actes et on conclut que je travaille moins. Et si cette collaboration avec les autres professionnels se poursuit, je sais que dans cinq ans, j’accomplirai encore moins d’actes qu’aujourd’hui. Je vais distribuer le travail. Je vais être là en tant que soutien pour les autres professionnels. La tâche d’un médecin, ça ne se mesure pas seulement en nombre d’actes qu’il accomplit.

S.I. : On compare souvent la situation du Québec à celle de l’Ontario où tout le monde a accès à un médecin de famille…

L.G. : En Ontario, il y a plus de médecins spécialistes par habitant qu’au Québec et les médecins de famille ne consacrent pas 40 % de leur temps à l’hôpital comme les omnipraticiens québécois. Un médecin de famille québécois travaille en moyenne de 40 à 50 heures. Si on exclut la garde, il travaille entre 18 et 20 heures à l’hôpital ou en centre de soins de longue durée. En Ontario, nos collègues travaillent de 9 à 10 heures en établissement. Si les médecins québécois travaillaient ces dix heures en clinique, il n’y aurait plus de problèmes d’accès. Les médecins de famille québécois s’occupent actuellement de 90% du travail des salles d’urgence, font près de 70% de hospitalisations et 50% des accouchements normaux.  Ils s’occupent de tous les centres de soins de longue durée, de tous les centres de réadaptation et d’unités plus spécialisées comme les soins palliatifs. Pendant ce temps-là, ils ne peuvent pas recevoir des patients à leur bureau.

S.I. : Et les solutions que vous proposez permettraient à tous les Québécois d’avoir accès à un médecin de famille ?

L.G. : Je pense qu’on pourrait sur un horizon de quelques années améliorer la situation de façon très significative. De plus en plus de médecins de famille seront diplômés au cours des prochaines années. Si on a moins d’obligations de travailler à l’hôpital et dans les établissements, si on a plus de soutien à la pratique, un système d’information efficace, un réseau mieux organisé et plusieurs unités d’accès en place, toutes les personnes qui cherchent un médecin de famille en trouveront un.

S.I. : Des contraintes semblables à celles imposées aux médecins de famille québécois existent-elles dans d’autres pays ?

L.G. : Lors de la dernière assemblée générale d’information de la FMOQ au sujet du projet de loi 20, un médecin originaire des pays de l’Est nous a confié qu’il avait travaillé dans des conditions difficiles dans son pays d’origine, qu’il avait quitté ce pays pour travailler à Montréal et que la situation de travail qu’on lui proposait maintenant était pire que celle qu’il avait vécue. Il n’y a pas une place en Occident où on traite les médecins de famille comme au Québec!

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