Une soif alsacienne

Malgré la renommée de certaines bouteilles, les grands crus ne représentent que 4 % de la production du vignoble alsacien. La majorité...

BIEN BOIRE

PAR JESSICA OUELLET

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La typique flûte, bouteille élancée, signe le travail d’un terroir alsacien. Situé sur les contreforts orientaux des Vosges, ce vignoble est synonyme de maisons à colombages, de choucroute, de bretzels et de vins blancs. L’accueil et la gastronomie s’y inscrivent naturellement, et l’amateur de vins fruités est au premier rang des dégustations. Coup d’œil sur ce petit paradis. Le vigneron alsacien a le cœur à l’ouvrage d’un Allemand et l’esprit fêtard d’un Français. Entre le palissage de la vigne, la réparation du tracteur et deux livraisons de vins, plusieurs passionnés trouvent le temps d’accueillir de curieux touristes. Évidemment, l’architecture de Strasbourg et la « Petite Venise » de Colmar font rêver, mais louer une chambre dans un coquet village permet de sillonner les vignobles. Et ce n’est pas plus triste. C’est que beaucoup de vignerons font aussi gîtes et chambres d’hôte.

La région s’étend du nord au sud sur une centaine de kilomètres. On y distingue deux départements, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Les vins du Bas-Rhin ont une proportion d’acidité généralement plus élevée. L’important est de connaître le style qui plaît à son gosier. En se baladant dans les vignobles alsaciens, on trouve différents cépages dont le riesling, le sylvaner (dont le retour se fait de plus en plus remarqué), le gewurztraminer (gué-vurtsse- traminère), le muscat, le pinot gris, le pinot blanc et le pinot noir. Par choix ou par tradition, on élabore des vins qui seront parfois secs, parfois sucrés. Cette dernière catégorie rebute encore certains consommateurs. C’est qu’il est tenace, ce préjugé du vin sucré ! Aussi bien dire qu’à Bordeaux, ils ne font que du vin rouge. Si l’expérience d’une flûte s’est avérée non concluante, de grâce, recommencez.

Le riesling est le cépage le plus planté en Alsace. Il se distingue par ses arômes de citron, de pamplemousse et de tilleul. Avec les années et selon le sol d’où il provient, on pourra retrouver des notes de silex et de pierre à fusil. En bouche, l’agréable fraîcheur donne relief et persistance. Souvent vinifié en sec, sa tension minérale rehausse les saveurs iodées des fruits de mer. Le riesling alsacien trouve aussi son bonheur avec un bon fromage de chèvre.alsace-ouellet-f3

En Alsace, la notion de cru est très ancienne. Les villages viticoles ont un ou plusieurs grands crus respectifs. Le grand cru Steinert sera donc issu de vignes situées à Pfafenheim, tandis que Kessler fera référence à Guebwiller. Dans tous les cas, les raisins proviennent d’une délimitation parcellaire précise présentant un terroir exceptionnel. Le terroir, c’est l’ensemble de critères géologiques et climatiques qui influencent le raisin. À cela s’ajoutent les facteurs humains, telles que les décisions de culture, qui jouent aussi sur la qualité finale. Et puis le vin se fait d’abord à la vigne, ces parcelles dites exceptionnelles devraient donc signer les plus prestigieux vins de la région. Aujourd’hui, 51 grands crus font la fierté des Alsaciens. Ces vins, toujours blancs, sont issus de riesling, de pinot gris, de gewurztraminer et de muscat. Concernant l’encépagement, quelques exceptions, que nous tairons ici, existent. Ces grands blancs se veulent authentiques et taillés pour la table. À des lieux de production strictement définis s’ajoutent aussi de rigoureuses contraintes reliées au rendement. Une fois le vin achevé, il doit enfin passer devant un comité d’agrément qui juge sa qualité. Est-il assez représentatif de son terroir pour recevoir la prestigieuse mention En ce qui concerne le pinot noir, la question d’éventuels grands crus rouges s’est déjà invitée aux discussions dans la profession. À suivre.

Malgré la renommée de certaines bouteilles, les grands crus ne représentent que 4 % de la production du vignoble alsacien. La majorité est issue de l’appellation d’origine contrôlée Alsace (AOC Alsace). Sur l’étiquette figure alors un cépage concerné parmi les sept reconnus dans la région. Parfois, certaines indications géographiques complémentaires, tel un nom de commune ou de lieu-dit, apparaissent aussi sur l’étiquette. Le vin présente donc une typicité particulière. On distingue ainsi onze appellations communales, dont le rouge (pinot noir) d’Ottrott. Ottrott est un petit village du Bas-Rhin où un terroir particulier donne naissance à des pinots noirs d’exception. Et les bulles ! Le crémant d’Alsace a connu un développement spectaculaire depuis les années 1980. La personnalité des cépages alsaciens apporte charme et originalité aux cuvées. Élaboré selon la méthode traditionnelle (même procédé de fabrication qu’en Champagne), le crémant d’Alsace constitue un excellent rapport qualité-prix pour vos moments festifs.

alsace-ouellet-f2La bouteille qui porte la mention vendanges tardives (VT) sera issue de raisins vendangés plus tard en automne. La concentration des sucres donne alors des arômes plutôt confits. À une récolte tardive s’ajoutent quelques contraintes de qualité, dont une richesse naturelle minimale. L’idée est simplement d’assurer un produit particulièrement noble dans le verre du consommateur ; des vins gourmands, taillés pour la garde. Il en va de même pour la mention sélection de grains nobles (SGN). Véritable chef-d’œuvre du vignoble alsacien, elle fait référence à un travail dur et long pour de petites quantités ; les raisins sur mûris (botrytisés) sont récoltés manuellement par sélections successives. Le phénomène de concentration des sucres apporte alors une puissance et des arômes exceptionnels.

La gastronomie alsacienne est variée. Dans tous les cas, c’est une nourriture qui se veut simple et réconfortante. Une foule d’associations mets et vins procurent plaisir aux papilles. Loin de ce paradis des cigognes, il est tout autant possible de créer de jolis accords ; pinot gris et tartare de bœuf, pinot blanc et quiche, sylvaner et coquille Saint- Jacques, gewurztraminer et boudin noir aux pommes, muscat et lasagne végétarienne, pinot noir et plateau de charcuteries, etc. Face aux tablettes de la SAQ, certains noms en « berg » ou en « heim » font peur aux consommateurs. Le passé mitigé entre l’Allemagne et la France a visiblement laissé des traces dans le parler des Alsaciens. En quête de vin sec, par exemple, il importe de connaître le style du vigneron. Certains proposent des échelles de sucrosité sur la contre-étiquette. Aux côtés d’un vin sec devrait d’ailleurs traîner la pastille « fruité et vif » pas trop loin. Dans tous les cas, les conseillers de la SAQ sont sur place pour vous aider.SUGGESTIONS

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