Collègue en détresse

« C’est classique. Il continue à travailler comme si de rien n’était, même si tout s’écroule autour et à l’intérieur de lui. Alors, quand ça paraît... »

PARCE QU’ON PEUT TOUJOURS FAIRE QUELQUE CHOSE

Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ)
pamq.org

Il a suffit qu’un collègue croisé dans le stationnement de l’hôpital lui dise : « T’as l’air fatigué, ça va? » pour que le médecin ainsi abordé appelle au Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) dès le lendemain.

Quand il a compris que l’armure que revêt tout médecin pour exercer s’était fissurée, assez pour laisser voir son épuisement, il a posé un premier geste salutaire, geste dont le collègue préoccupé n’a jamais rien su… (sauf peut-être de constater, quelque temps après, que son confrère était redevenu lui-même.)

aider-pamq-f2ÊTRE LE DÉCLENCHEUR

C’est la perspicacité d’un collègue qui a servi de déclencheur. Ce geste d’aller vers l’autre peut changer le cours des choses. Mais souvent, en pareille circonstance, les médecins ne savent pas quoi faire. Ils connaissent bien la relation médecin-patient, mais bien peu l’aide de collègue à collègue. Ils n’ont pas été formés en ce sens et c’est le genre de démarche qu’ils ont tendance à aborder « à reculons ».

Ils pensent « ce n’est pas de mes affaires », ou encore, « et si je me faisais rabrouer ? ». Pourtant, il y a de fortes chances que le médecin en difficulté sente que son confrère s’intéresse à l’humain derrière le collègue. Un simple : « Est-ce que ça va ? Je m’inquiète pour toi. Tu n’es plus comme avant… » est un petit geste pouvant avoir une grande portée.

QUAND LA CARAPACE CRAQUE AU TRAVAIL

« Nous sommes très bons, nous, les médecins, pour ne pas montrer nos souffrances, rappelle le DClaude Rajotte, médecin-conseil au PAMQ. La peur de la stigmatisation, du rejet ou de porter l’étiquette de “faible” explique en partie cette attitude. Ça fait, hélas, partie de la culture médicale. »

Le dernier endroit, donc, où un médecin laisse paraître qu’il va moins bien, c’est au travail. « Il veut rester adéquat pour ses patients, ajoute la Dre Suzanne Cummings, médecin- conseil au Programme. C’est classique. Il continue à travailler comme si de rien n’était, même si tout s’écroule autour et à l’intérieur de lui. Alors, quand ça paraît au travail, c’est vraiment qu’il ne va pas bien. »

Le tout premier indice, c’est un changement persistant dans le temps dans le comportement habituel du médecin. Les fissures laissent passer des petits signes dans les registres de l’irritabilité, de l’isolement, de la fatigue, avec des retards récurrents, parfois des erreurs. Voilà ce à quoi il faut être attentif.

« On sait ici par expérience que plus on agit vite, plus la personne retombera rapide- ment sur ses pattes, explique Claude Rajotte. C’est payant pour le médecin, pour son équipe de travail et pour ses patients. »

COMMENT LE DIRE À UN COLLÈGUE ?

Ce n’est pas quelque chose qu’on fait souvent, d’aller dire à un collègue qu’on s’inquiète pour lui. On doit donc s’y préparer plutôt qu’improviser. Se demander, par exemple : « Quel est mon lien avec cette personne ? » Si on éprouve un malaise, on peut en parler à un collègue plus proche du médecin en difficulté qui pourra faire la démarche avec plus d’aisance.

Le moment doit être bien choisi, par exemple à la fin d’un quart de travail plutôt qu’en pleine action ou juste avant que commence une journée bien remplie. S’isoler avec le médecin en train de compléter des dossiers dans son bureau, à l’abri des oreilles indiscrètes, constitue aussi un bon moment.

Les mots n’ont pas besoin d’être compliqués. L’attitude doit être empathique. Le « Je » est de mise. « Parlez de vous en premier », indique Sandra Roman, médecin- conseil au PAMQ. « Je suis inquiet. Je me demande si ça va bien ces temps-ci. » Il faut aussi pouvoir exposer trois ou quatre faits concrets pour illustrer notre propos.

Et si on ne se sent pas assez outillé, on peut appeler au Programme pour avoir de l’aide. Au bout du fl, un médecin-conseil posera des questions sur l’environnement de travail pour déterminer la meilleure façon de faire. Il tentera d’évaluer s’il y a urgence d’agir. Il donnera des exemples d’approches qui ont bien fonctionné avec d’autres clients.

ARRIVER LES MAINS PLEINESaider-pamq-f1

Si le médecin reconnaît qu’il éprouve certains problèmes (divorce, fatigue, épuisement, consommation, anxiété), il est bon qu’il sente qu’on est à l’écoute. On peut lui demander : « Es-tu bien entouré ? As-tu l’aide dont tu as besoin ? »

Pour un médecin, le nœud du problème est souvent justement là : où trouver la ressource de confiance ? Parfois, celle qu’il connaît est trop proche de lui.

Le PAMQ est l’une des ressources fables qu’on peut suggérer au médecin. Les médecins-conseils reçoivent leurs clients- médecins dans la plus stricte confidentialité. Ils aident à démêler l’écheveau des difficultés, à prioriser les actions à entreprendre ; en somme, à voir plus clair dans une situation parfois compliquée pour celui qui la vit. Ils ne montent pas de dossier médical, ne posent aucun diagnostic et personne ne peut savoir qu’un médecin y est allé. Au besoin, ils peuvent diriger vers d’autres intervenants puisés dans leur banque de professionnels.

ÊTRE AIDÉ PAR UN PAIR

Face à un collègue, un médecin n’a pas à changer de vocabulaire ni à expliquer comment fonctionne son environnement de travail. Son vis-à-vis a suivi la même formation, a pratiqué dans des conditions similaires et connaît les particularités de la communauté médicale. Il navigue en terrain connu et se sent compris.

Les médecins-conseils du PAMQ sont des médecins spécialisés dans l’accompagnement des collègues en difficulté. Jamais un mot de ce qu’ils entendent ne dépasse le seuil de la porte. Dans un premier temps, on nomme les problèmes, en toute franchise et empathie, avec respect, pour ensuite évaluer avec le médecin-client les meilleures façons de le soutenir dans les différentes étapes nécessaires à l’amélioration sinon au règlement des difficultés et situations problématiques.

« Il s’agit d’un pair qui aide un pair, résume Suzanne Cummings. Tout ce que l’on sait comme médecin et comme humain nous sert ici. On ne juge pas. On écoute et on aide. »

Ça mérite qu’on en parle, non ?

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