Les masques

« Elle débute souvent au cours des études précliniques, mais c’est derrière les masques qu’il faut regarder et chercher à aider nos collègues. »

PAROLE DE RÉSIDENT

PrintPAR DRE ANNIE TRÉPANIER
Présidente, Comité du bien-être des médecins résidents (FMRQ)

La série télévisée Breaking Bad, que vous connaissez probablement, raconte l’histoire de Walter White, un professeur de chimie au secondaire, un homme sans histoire, dévoué, brillant et aimé de tous. Sa vie prend un nouveau tournant lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon et que son assurance ne couvre pas ses traitements médicaux.

resilience-trepanier-f2Pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille lorsqu’il ne sera plus de ce monde, il trouve sa solution en devenant fabricant de métamphétamine, le crystal meth. Se rencontre alors une série de personnages vivant ou tout du moins survivant dans un univers glauque de consommation et de trafic de drogue. Toutes les couches de la société sont concernées, allant du sans-abri à l’homme d’affaires en costume coupé sur mesure.

Ce qui nous surprend, surtout, ce sont les masques et leurs apparences souvent trompeuses. Walter White et son alter ego, Heisenberg, en sont l’exemple le plus frappant. Breaking Bad est bien évidemment une version romancée du combat contre ces démons faits de cristaux et de fumée. Ce qui pousse ces personnages à se tourner vers la drogue, l’histoire ne le dit pas toujours Durant notre formation, on nous fournit une pléthore d’informations et de raisons pour lesquelles certaines personnes finissent par craquer : les facteurs de risque, les neurotransmetteurs, les circuits neuronaux affectés par la consommation de substances, la dépendance, les traitements et j’en passe.

Parfois, quand on travaille, cette réalité peut nous sembler bien lointaine. On parle du patient à la troisième personne. Pourtant,
lorsqu’un médecin résident se retrouve sur la chaise du patient, cela peut s’avérer être un tout autre défi, voire davantage s’il s’agit d’un trouble d’utilisation de substance. Pourtant, ce type de situation n’est pas rarissime, mais ces médecins se cachent souvent derrière un masque acceptable et honorable de personne sans problème.

Plusieurs études ont permis de dévoiler qu’en réalité, la prévalence d’un trouble lié aux substances est sensiblement la même dans la population générale que dans les populations dites à risque. Dans le groupe spécifique des médecins, c’est le type de substance utilisé qui diffère, avec une surreprésentation des opioïdes, de l’alcool et des benzodiazépines.

La progression vers ce type de trouble est subtile. Elle débute souvent au cours des études précliniques, mais c’est derrière les masques qu’il faut regarder et chercher à aider nos collègues. Au moindre signe, il faut leur tendre la main pour éviter que leur chute vers la dépendance ne s’accélère. En regardant en arrière, on peut se souvenir de ces personnes qui en faisaient toujours un peu trop lors des soirées. Les statistiques le prouvent : 50 % des médecins qui souffrent d’un trouble d’abus de substances ont commencé à consommer alors qu’ils étaient étudiants. Au-delà des séquelles physiques et psychologiques causées par l’utilisation d’une substance de manière abusive, un médecin qui se retrouve avec ses facultés affaiblies est un réel danger pour la population qu’il traite. Prenons conscience du problème existant pour progressivement sortir du tunnel.

Une minorité de médecins aura spontanément recours aux services de soutien et de traitements d’un trouble lié aux substances. Les autres choisissent de participer aux traitements à la suite de difficultés professionnelles ou personnelles. Et le pronostic chez les médecins résidents et les médecins en exercice est le plus souvent très bon. N’hésitez pas à communiquer avec les ressources de votre communauté médicale pour trouver une issue durable.

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La Dre Annie Trépanier est présidente du comité du bien-être des médecins résidents Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ)

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