Vinaigre au miel

Chaque année, il y a de plus en plus de désaffiliations de la RAMQ. Le PL20 a angoissé de nombreux médecins déjà à bout de souffle...

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

O1-MarieSophie_Cre╠üditRogerProulx_Couln peut se réjouir réjouir de voir que l’épée de Damoclès qui pendait au-dessus de la tête des médecins de famille vient de disparaître… Pour deux ans, du moins. Les médecins peuvent cesser de craindre que les projecteurs soient braqués sur eux individuellement, en permanence. Pour un temps, chacun peut reprendre sa place d’arbre dans la forêt, parmi la «masse» médicale. Mais tout n’est pas réglé pour autant. Ça ne fait que commencer.

Saviez-vous qu’en 2005, la Colombie-Britannique, qui était parvenue à s’entendre avec ses médecins et dont le système de santé fonctionne mieux que jamais, avait promis un médecin de famille à chacun d’ici 2015, et que cet objectif n’est toujours pas atteint à l’heure actuelle? Et on voudrait réaliser la même chose en seulement deux ans chez nous? Déménager au Pays des Merveilles, tant qu’à y être?

De plus en plus, la profession se féminise au Québec, et les jeunes femmes médecins arrivant sur le marché du travail veulent s’occuper de leur vie de famille autant que de leurs patients, même dès leur entrée sur le marché du travail. Le départ prochain des médecins qui approchent aujourd’hui la retraite, lesquels travaillent en plus grand nombre à temps plein, créera quant à lui une diminution de l’offre de soins médicaux. Deux ans qu’on disait, donc?

J’ai l’impression qu’on ne va, encore une fois, que s’amuser à jouer avec les mécanismes incitatifs de l’enveloppe budgétaire dévolue à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), comme on le fait depuis les 20 dernières années. Parce qu’il faut bien être aveugle, sourd ou de mauvaise foi pour ne pas considérer un seul instant, dans cette «entente» pleine d’optimisme, que le mode de rémunération des médecins est lui-même problématique. C’est une question incontournable sur laquelle il faudra trancher un jour ou l’autre si on ne veut pas basculer dans un système de santé «à l’américaine». On n’aura pas le choix.

D’ici les prochaines années, si les médecins ne s’impliquent pas, n’exigent pas eux-mêmes un changement dans leur propre mode de rémunération et ne prennent pas les moyens concrets pour mieux partager leur pouvoir clinique avec les autres professionnels, c’est une perte de leur propre liberté clinique qui leur pendra au bout du nez, car ils sont, encore aujourd’hui et pour les années à venir, les principaux détenteurs de ce pouvoir. Et là, ils ne la trouveront pas drôle, parce que lorsque notre système de santé se sera involontairement et en grande partie privatisé, ce ne sera plus la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) qui rémunérera les médecins, mais les assureurs privés. Et les assureurs privés seront beaucoup plus intransigeants sur ce qui est remboursable ou non, soucieux de tirer des profits avant tout. Pour ceux qui aiment la médecine d’amour et qui chérissent leur liberté clinique, ce n’est pas là le pronostic le plus encourageant. Tout dépend bien sûr de ce qu’on chérit le plus.

Malgré tout, au 31 décembre 2017, on sera à la veille des prochaines élections. Si les cibles d’inscription auprès d’un médecin de famille sont atteintes comme stipulé par l’entente, le gouvernement pourra crier victoire et prétendre à la légitimité politique en vue des élections de 2018. Si les cibles ne sont pas atteintes, eh bien, il pourra toujours traiter les médecins de la FMOQ de paresseux et leur imposer à nouveau les quotas du PL20. Le gouvernement a beau demander aux médecins de famille d’atteindre des cibles par l’entremise de la FMOQ, il devra aussi réaliser sa part du contrat. Et jusqu’à maintenant, cette part demeure dans le proverbial flou de la «négociation». Pendant ce temps-là, ma médecin de famille, elle, a deux écrans et trois programmes informatiques cliniques pas toujours très optimaux pour essayer de faire son travail comme il se doit d’être fait…

Chaque année, il y a de plus en plus de désaffiliations de la RAMQ. Le PL20 a angoissé de nombreux médecins déjà à bout de souffle ou les a démobilisés. Certains se sont désaffiliés du système public ou ont carrément prévu et prévoient toujours quitter le Québec. Le gouvernement peut bien arguer qu’il s’agit là d’un nombre «négligeable» de médecins, mais des médecins en moins sur notre territoire ou dans notre propre système public, ce sont des médecins en moins pour atteindre ce fameux 85% de patients inscrits d’ici deux ans. Je ne trouve pas ça négligeable, moi, dans ce contexte. Et ça, c’est sans compter les traces d’amertume laissées au passage entre les médecins et le gouvernement. Devait-on vraiment se rendre «là» pour négocier «ça»?

Cette entente est peut-être historique pour le ministre de la Santé. Il en est le grand gagnant, toutes catégories d’acteurs confondues. On doit lui donner le mérite d’être un bon stratège, et non un grand homme politique. Pour ma part, à titre de citoyenne, j’ai l’impression que notre société se fait narguer. Parce que ce n’est pas cette entente-là qui est véritablement historique. Ce sont les résultats de cette entente qui devront l’être. Et pour le moment, à ce qu’on sache, « l’Histoire » se fait encore attendre depuis au moins 15 ans…

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

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