De biens bons bouchons

« L’ambiance à mon arrivée est pourtant très festive et le sommelier Michel Charette se fait un plaisir de proposer à tout un chacun les crus... »

BIEN MANGER

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX 

LES TROIS PETITS BOUCHONS
CUISINE DU MARCHÉ
MONTRÉAL

****

1-3bouchons-lheureux-fig3J’aime les restaurants. Découvrir quel esprit créatif a décidé d’ouvrir les portes d’un nouveau local et de nourrir les bouches tatillonnes des fins palais montréalais, alors qu’il existe déjà tant de belles et bonnes tables, est un « sport » fort plaisant. Malheureusement, on oublie parfois les restaurants qui font leur petit bonhomme de chemin et qui survivent, soir après soir, depuis des années, et qui valent la peine d’être visités même s’ils ne sont pas nouveaux. Vient aussi un moment où on se lasse de l’éternelle nouveauté et du trop grand buffet des possibilités.

Je me suis donc rendue aux Trois Petits Bouchons un soir de semaine, en pleine canicule estivale, alors que je ne prévoyais pas du tout y entrer pour en faire la critique, mais plutôt pour y célébrer l’anniversaire d’une bonne copine. Je savais que le restaurant était une « valeur sûre » du Plateau, et que l’amie qu’on célébrait ce soir-là aimait particulièrement s’y attabler. Et quel coup de coeur ce fut! Il fallait donc absolument que je vous entretienne un peu sur cette charmante adresse.

Tout d’abord, le lieu, lové au creux d’un demi-sous-sol de la rue Saint-Denis, affiche un décor de bon goût, mais qui reste humble. Long bar en bois, murs en pierre, petite salle à manger : c’est une ambiance légèrement feutrée qui nous accueille. On comprend que les habitués de l’endroit s’y sentent aussi à l’aise. C’est le parfait petit restaurant de quartier, dans cette mer de prêt-à emporter, de restauration rapide et de denrées plus « bof » qu’est cette partie de la rue Saint-Denis, au nord de Mont-Royal.

L’ambiance à mon arrivée est pourtant très festive et le sommelier Michel Charette se fait un plaisir de proposer à tout un chacun les crus de la soirée pour accompagner leur repas. D’ailleurs, j’aurai tôt fait de découvrir que c’est là l’une des forces de ce restaurant : le sommelier connaît très bien son domaine et les accords mets-vins sont ingénieux. C’est un sans-faute et cela prouve qu’aussi bon soit le chef, il ne peut se suffire à lui-même sans son sommelier. On remarque ici d’ailleurs que l’inverse est tout aussi vrai.

La chef Audrey Dufresne présente une carte des plats variée et très intéressante, qui comporte des classiques et quelques belles trouvailles du marché. Les plats, comme ce magnifique morceau de homard décortiqué accompagné de pulled pork, cette pieuvre grillée, laquée au miel et parfumée au paprika fumé ou ce classique tartare de veau aux boutons de marguerite façon vitello tonnato sont très bien ficelés et donnent envie d’essayer tout le reste de la carte. C’est d’ailleurs ce qu’aura fait notre joyeuse tablée. Tomates ancestrales et burrata onctueuse, tartine de champignons sautés à l’huile de truffe blanche, délicates fleurs de courgette tempura à la sauce tomate épicée, plateau de « bouchonnailles » — de délicieuses charcuteries artisanales —, calmars frits tout croustillants : on goûte et on apprécie ce festin à sa juste valeur, c’est-à-dire avec beaucoup d’empressement et d’exclamations. On dit que le diable est dans les détails, et ici, on prête beaucoup d’attention à ces derniers. Les assiettes sont bien montées, bien balancées et joliment présentées. On aimerait peut-être simplement que les portions soient parfois un peu plus généreuses.

1-3bouchons-lheureux-fig2

Pour le dessert, que ce soit la bombe Alaska, un classique de l’endroit, ou les desserts du jour, ils sont frais, succulents, bien équilibrés entre l’acide et le sucré et bien montés. Le mien, sur le thème de la fraise, était un joli almagame déposé sur une assiette en pierre et rougeoyait de jolies fraisettes bien sucrées et était parsemé de touches de crème et de chocolat blanc ici et là. Pourquoi faire compliqué quand la simplicité juste un peu recherchée a si bon goût?

Très étonnants que ces trois petits bouchons. Lieu aussi propice au partage entre amis qu’à l’intériorité, en solo, avec son livre et un très bon verre de vin. C’est un endroit où, même si je ne suis pas du secteur, je retournerai assurément m’installer, seule, à deux ou à plusieurs.

Le service y est affable, les serveurs connaissent la carte sur le bout de leurs doigts et on sent que tous les artisans qui font de ce restaurant un succès sont de vrais passionnés de leur métier et non des restaurateurs « pour le style ». Ici, il n’y a que du vrai et on s’y sent comme chez soi. Et quand un restaurateur réussit ce tour de force, il a déjà tout conquis.

LE MIEL : la grâce des assiettes, la qualité des produits, la créativité indéniable, l’ambiance. Nouveau resto chouchou.

LE VINAIGRE : Si on doit trouver un point négatif, les portions pourraient être un brin plus généreuses sans trop l’être non plus.

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

Voir tous les articles par Marie-Sophie L'Heureux
Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

La parole est à vous!

« Nous avons besoin de ce temps avec notre médecin pour ces rencontres. C’est la vie du patient qui se joue. Qui répondra à nos…»

Docteur Novateur

«Michael Roskies travaille dans le respect de ceux qui sont passés avant lui et cherche avec ferveur à s’améliorer pour ceux qui…»

Briser les murs de l’inconnu

«Il n’y a aucun client, sauf moi, mais la grand-mère qui tient le phare me fait signe d’entrer quand même. Elle me fera à manger même…»

De la poutine chez Trump

«Les restaurateurs ont trouvé leur rythme de croisière. C’est qu’il n’est pas évident de concevoir une carte québécoise susceptible de…»

Chaudrée de fruits de mer

« Avec l’ouverture de Riviera, j’espère apporter quelque chose de nouveau à Ottawa, voire devenir la pierre angulaire de la scène…»

Réalités vigneronnes

«Au cours de mes dernières années dans le monde du vin, j’ai rencontré beaucoup de gens qui rêvent d’acheter un lopin de vignes…»