En parfait accord

Pendant dix ans, je me suis consacré uniquement à la médecine, et dans une certaine mesure, j’ai dépéri. Ma vie n’était pas équilibrée.

LE PSYCHIATRE MUSICIEN

PAR CHANTAL LEGAULT, JOURNALISTE 

La psychiatrie et la musique : des univers complètement différents qui s’harmonisent parfaitement pour le Dr Jean-François Bélanger, musicien, compositeur et psychiatre qui conjugue à merveille ses deux passions.

MUSIQUE ET MÉDECINE

1-belanger-legault-fig2_Guillaume MorinLa musique a toujours fait partie de la vie de Jean-François Bélanger. Enfant, il jouait du violon classique. Il a mis de côté son instrument pendant quelques années avant d’apprendre, vers la fin de l’adolescence, de façon autodidacte, la mandoline et la guitare. Au cours de ses études collégiales, il participe au concours Cégeps en spectacle où il remporte le grand prix national, et ses deux compositions instrumentales le mènent à une tournée musicale en Bretagne.

De retour au Québec, il est confronté à la prise d’une décision difficile, hésitant entre entreprendre de longues études en médecine à l’Université de Montréal ou poursuivre sa carrière en musique. Deux choix intéressants qu’il choisit de faire concorder : il entame ses études en médecine, tout en continuant à composer et à jouer de la musique. « Je voyais autour de moi plusieurs collègues musiciens qui peinaient à faire ce qui leur plaisait et qui devaient accepter des contrats plus commerciaux et moins créatifs pour payer leurs factures. Je considérais la médecine comme un meilleur choix et j’estimais qu’éventuellement, je réussirais à faire les deux », raconte-t-il.

Entre la fin du cégep et son année préparatoire à l’université, il enregistre son premier album de compositions instrumentales avec une équipe de 20 musiciens et réussit à mener de front ses études et la promotion de l’album. Il songe alors à faire sa résidence en médecine familiale, mais son deuxième stage en psychiatrie confirme son attirance pour ce domaine. « Tout le questionnement philosophique m’intéressait énormément : qu’est-ce qu’un être humain? Qu’est-ce qu’on fait ici? Pourquoi est-ce que ça dérape, au niveau de l’esprit? Je trouvais la clientèle en psychiatrie vulnérable dans une certaine mesure. Certains me disaient que ce n’était pas très valorisant, beaucoup moins que la chirurgie. En psychiatrie, le travail à faire est à plus long terme, et encore plus l’obtention de résultats, mais je suis quelqu’un de patient. Je trouvais important d’apporter une aide fraternelle, de voir l’autre dans ses vulnérabilités et d’essayer de faire la différence un petit peu. »

Il termine sa résidence avec trois albums à son actif, le troisième étant réalisé à la suite de l’octroi d’une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec avec le mandat de réaliser 14 nouvelles pièces. Aussi talentueux en musique qu’en médecine, il remporte, en 2005, le prix Yves Lamontagne, décerné pour l’excellence en communication et, en 2006, le prix d’écriture Louis Guérette offert par le département de psychiatrie du CHUM et de l’Université de Montréal pour la rédaction de son article sur l’accumulation pathologique. À la fin de sa résidence, il gagne le Prix d’excellence de la résidence en psychiatrie décerné par le département de psychiatrie de l’Université de Montréal, et son nom figure sur la liste d’honneur du doyen.

1-belanger-legault-fig1_Laurence CampbellMUSIQUES TRADITIONNELLES

À la fin de ses études, il occupe un PREM et travaille pendant sept ans dans différents hôpitaux de la région de Montréal. Toutefois, après la naissance de son fils, il décide de renoncer à son poste pour faire du dépannage en région à temps partiel et de l’enseignement afin de consacrer plus de temps à son fils qui présente des difficultés de développement. Ce changement lui permet de renouer avec la musique. Après trois ans et des centaines d’heures en studio, il accouche d’un diptyque instrumental dont le premier album, Les vents orfèvres, est sorti à l’automne 2014. Il y joue des instruments traditionnels scandinaves en compagnie d’un violoncelliste et d’un guitariste. Intéressé depuis plusieurs années par les musiques traditionnelles, le son de l’instrument emblématique de la musique traditionnelle scandinave, le nyckelharpa, lui est tombé dans l’oreille et est devenu une réelle fascination.

« Une portion de la musique traditionnelle scandinave est très près des musiques baroques, mais moins cérébrale et plus sentie, tandis qu’un autre volet est plus tribal, hypnotique et inquiétant. C’est très contrasté. Les instruments scandinaves peuvent être délicats et parfois rudes. Le mélange qu’ils réussissent à produire m’a beaucoup touché. Je sens quelque chose de complet et de complexe dans ce qu’ils transmettent. » Jean-François Bélanger fait toutes ses compositions avec un nyckelharpa, commandé en 2001 d’un luthier suédois. Au fil des années, il fait l’acquisition d’autres instruments de tradition scandinave, une version plus primitive du nykelharpa et une version plus moderne, l’équivalent du violoncelle. Sa collection d’instruments est impressionnante. Dans une chambre à température contrôlée, on peut admirer plusieurs instruments de musique qu’il a acquis au cours de ses voyages, notamment en Asie, en Irlande et en Scandinavie.

LANGAGE UNIVERSEL

Pour le Dr Bélanger, la musique et la psychiatrie partagent plusieurs points communs. « Dans la pratique de la psychiatrie, il y a une rencontre
humaine. Ce n’est pas purement de la pharmacologie ou de la biologie. Plus de 70 % des facteurs qui permettent de réussir une alliance thérapeutique ne sont pas des facteurs spécifiques techniques et ne relèvent pas des mots. Il faut de l’écoute et une présence pour créer un lien. Dans ce sens-là, la psychiatrie rejoint beaucoup la musique. La musique a un langage universel qu’on ne peut nommer, mais qui provoque des images, des sentiments et des sensations. Il y a quelque chose qui veut s’exprimer. On a affaire à l’inconscient tout comme en psychiatrie. C’est l’essentiel du langage musical et de la création. »

La musique lui permet également de se ressourcer pour mieux soigner. « Pendant dix ans, je me suis consacré uniquement à la médecine, et dans une certaine mesure, j’ai dépéri. Ma vie n’était pas équilibrée. C’est exigeant d’accueillir la souffrance en continu. Je crois que la musique représente pour moi une soupape pour me ressourcer et effectuer une introspection. » Son dernier disque est d’ailleurs fort introspectif et invite à la méditation et au recueillement. Son style est très personnel, pas tout à fait traditionnel, ni tout à fait classique. « Je suis toujours en périphérie, un peu entre
deux chaises. Il y a de la nuance partout. » Même chose en médecine, où son profil est différent de la norme. « La décision de lâcher mon PREM a été très difficile. On me disait que ça valait de l’or, que ces postes étaient très restreints. Je sentais cette pression de conformisme, de faire ce qu’on voulait que je fasse. Le temps partiel n’est pas la norme et tout ce qui n’est pas la norme détonne, confronte. D’un point de vue administratif, ce n’est pas valorisé, mais j’ai fait le choix et je ne le regrette pas. »

UN VRAI COUREUR DE FOND1-belanger-legault-fig3_Laurence Campbell

Et notre psy-musicien a continuellement de nouveaux projets qu’il veut réaliser à court terme, ou à plus long terme. « Ce qui m’aide, c’est de ne pas vouloir tout faire tout de suite et d’être patient. Je me fixe des échéanciers qui sont longs. Je suis plus un coureur de fond qu’un sprinter. »

La sortie du deuxième volet de son diptyque est prévue en septembre 2016. La formation pour les concerts de cet album sera un peu différente, puisqu’un nouveau musicien multi-instrumentiste se joindra à son groupe pour former un quatuor. Jean-François Bélanger a aussi mis sur pied sa propre maison de disques nommée « Les productions de l’homme renard », pour permettre à des producteurs de musique instrumentale qui n’ont pas audience auprès des grosses compagnies de sortir des disques sous cette étiquette.

Et médecine, il souhaite conserver la psychothérapie comme l’un des agents actifs de son travail et toujours garder cette priorité qu’il accorde aux patients, peu importe les contraintes imposées. « La psychothérapie n’est pas très valorisée à l’heure actuelle, mais c’est une façon de travailler qui est selon moi plus payante, à la fois pour le patient et pour la société. Dans l’approche par le débit, on n’approfondit pas les choses, on passe à côté. » Et quelle est son évaluation du système de santé à l’heure actuelle?

« De façon générale, il y a plein de gens qui se dévouent corps et âme pour aider les autres et les soigner correctement. Mais je sens que nous sommes de plus en plus dans le contrôle comptable et les soins aux humains, ça ne se compte pas. »

Pour écouter des extraits du dernier album de Jean-François Bélanger et connaître les dates de ses prochains spectacles, rendez-vous au jfbelanger.com.

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