Un régime mal en point

Les nouvelles du domaine de la santé font vendre des journaux dans notre société narcissique. Trop souvent, toutefois, les médias...

DIAGNOSTIC D’UN MÉDECIN SUR LES MAUX DE NOTRE RÉGIME PUBLIC D’ASSURANCE MALADIE*

PAR TOM VANDOR, MD
Je tiens à soutenir l’opinion du Dr Augustin Roy évoquée dans l’édition de mai-juin de Santé inc. Ci-joint un article écrit en 2011, mais qui n’a jamais été publié et qui présente une position similaire à la sienne.

 

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Pour préserver le régime d’assurance maladie, tous les secteurs de la société doivent s’impliquer.

Commençons par le public. Sa préoccupation à l’égard de la santé doit être tempérée. On dit souvent en plaisantant que le secret d’une bonne santé, c’est de bien choisir ses parents. C’est parce que la santé, en fin de compte, est en grande partie prédéterminée par des facteurs génétiques. La plupart des problèmes de santé ne sont pas une question de vie ou de mort, mais une question de qualité de vie. C’est le changement des habitudes de vie qui a le plus grand impact sur la santé, et non la médecine qui, tout au mieux, ne peut que retarder les problèmes. La société doit accepter qu’il est parfois plus approprié de prendre soin du bobo que de chercher le remède miracle.

Le comportement de consommation du public, incluant ses attentes irréalistes, est coûteux. La médecine défensive, qui consiste à faire des examens complémentaires visant davantage à se prémunir contre le risque judiciaire qu’à dispenser des soins appropriés aux patients, est une tendance de plus en plus présente au Canada. Aux États-Unis, on estime qu’elle ajoute entre 50 à 100 milliards de dollars aux coûts de santé.

En faisant des promesses irréalistes, la classe politique est également coupable. L’idée d’un régime de santé universel et gratuit est frauduleuse. La médecine moderne est un trou noir qu’on ne pourra jamais combler parce qu’on a médicalisé chaque aspect de la vie.

Les soins à domicile sont présentés comme une panacée. En réalité, c’est une façon pour le gouvernement de refiler sa responsabilité. Si nous avons besoin de plus de garderies parce que les parents travaillent, comment peut-on envisager qu’ils seront disponibles pour soigner à domicile leurs propres parents souffrant de mémoire courte et d’incontinence?

Le régime public d’assurance maladie est devenu symbole d’identité nationale au Canada. Notre proximité avec les États-Unis, même si leur système est différent, nous empêche de développer de nouvelles façons de penser. Nous devrions chercher ailleurs. Nous savons tous que nos primes d’assurance automobile seraient faramineuses si ce n’était de la franchise. Pourquoi ne pas envisager une approche similaire pour les soins de santé?

Les gouvernements doivent cesser de tout promettre à la population pour ensuite demander aux administrateurs de réduire et de couper. Les administrateurs doivent être libres de prendre des initiatives.

On commence enfin à parler dans l’actualité des récents rapports sur les campagnes de marketing séduisantes des complexes médicoindustriels. On devrait tous prendre des médicaments, d’après les compagnies. On a transformé la prévention en traitement.

Combien de patients savent-ils que pour faire bénéficier une personne d’un traitement, plusieurs prennent des médicaments pour rien? C’est le concept du nombre de sujets à traiter. Le coût des médicaments d’ordonnance est hors de contrôle, parce que les anciennes pratiques prudentes de prescription ne sont plus à la mode. Les politiciens qui promettent l’assurance médicaments ne réalisent pas le bourbier dans lequel ils risquent de nous enfoncer.

Seuls les gouvernements et l’industrie se font entendre. Si la prise d’un médicament réduit le taux d’hospitalisation de 2 %, par exemple, mais que 49 personnes sur 50 doivent prendre le médicament en question sans en tirer d’avantages, les gouvernements économisent et les compagnies font plus de profits. Est-ce qu’on pense parfois à demander aux patients s’ils veulent payer une somme astronomique pour un médicament afin d’augmenter leurs chances de ne pas être hospitalisés de 2 %?

D’AUTRES MENACES AU RÉGIME ACTUEL

De leur côté, les écoles de médecine ne choisissent et ne forment pas les médecins dont nous avons besoin. On ne tient pas compte de l’engagement, de l’expérience, du dévouement et de l’empathie. Dans un récent sondage auprès des étudiants de médecine de 4année, on apprenait leur réticence à devenir médecins généralistes « parce que ce n’est pas assez prestigieux, ça ne paye pas assez et ça Exige trop de travail »!

Lorsqu’on refuse l’admission aux personnes titulaires d’un doctorat « parce qu’on ne peut pas retenir tous les bons candidats » et que, pourtant, des jeunes des programmes préuniversitaires sont admis, les universités sont malhonnêtes. Nous devons d’abord décider du nombre de chercheurs, de spécialistes et de médecins généralistes dont nous avons besoin. Les critères de sélection pour chacun sont différents.

L’offre future de médecins qui traitent réellement les patients est menacée. Le nombre de postes administratifs et de recherche est plus élevé que jamais. En ayant un plus grand nombre de spécialités, la médecine moderne utilise aujourd’hui plus de main-d’oeuvre que dans le passé pour traiter le même problème. Il y a aussi l’enjeu des réalités démographiques liées au nombre croissant de femmes médecins et de ménages composés de deux professionnels. Pour des raisons familiales, plusieurs choisissent de travailler à temps partiel sans que cela nuise à leur revenu. Si l’on prend en considération le temps consacré au soin des enfants, le temps de travail professionnel diminue encore plus.

À moins que nous ne tenions éventuellement compte de ces réalités, les problèmes actuels de main-d’oeuvre d’aujourd’hui paraîtront bien mineurs comparativement à ceux de demain.

De par leur nature, les centres universitaires sont axés sur la spécialisation et ils se vantent de leur approche « d’équipe ». Mais toute équipe a besoin d’un capitaine, et la médecine n’en a pas. Les médecins généralistes qui pourraient remplir ce rôle hésitent ou ne sont pas les bienvenus. La médecine est le seul domaine dont les activités sont contrôlées par les personnes ayant la perspective la plus étroite. Comment peut-on s’attendre à former les généralistes dont nous avons besoin pour les soins primaires, si les mentors sont des spécialistes?

Une bonne partie de l’engorgement des urgences est liée à une mauvaise gestion. Le problème se situe autour des médecins qui travaillent à temps partiel, qui ne prennent pas de décisions, qui se préoccupent des conséquences désastreuses d’un diagnostic rare qu’ils pourraient manquer et qui sont réticents à faire le suivi des patients.

Nous sommes en train de produire toute une génération de médecins qui se comportent en bureaucrates. La population a besoin de médecins qui sont disponibles, affables et qui prennent des décisions en fonction des besoins des patients, non en fonction de protocoles.

Auparavant, le travail du chercheur entrait dans la sphère publique après un important processus d’évaluation par les pairs. De nos jours, c’est une affaire de marketing. Le premier à passer à la télévision, à exagérer le problème et à prétendre avoir le remède idéal, détermine qui obtient les fonds. Les divers organismes de bienfaisance du secteur médical sont également responsables. Ils exagèrent constamment les risques de tel ou tel autre problème de santé, nous demandent de changer notre comportement et nous font craindre la mort si nous n’obéissons pas. La propagande liée à cette « évangélisation médicale » fait augmenter indûment les coûts de santé.

Les nouvelles du domaine de la santé font vendre des journaux dans notre société narcissique. Trop souvent, toutefois, les médias ne font que régurgiter ce qu’on leur envoie. Nous n’assistons pas à une explosion de nouveaux renseignements, mais plutôt à une surabondance des mêmes idées qui reviennent. Les médias pourraient améliorer leur communication des informations en ayant un meilleur esprit critique.

Si nous refusons de reconnaître honnêtement tous ces maux, l’assurance maladie que nous chérissons tant disparaîtra.

* Traduction du texte original « What ails medicare: a doctor’s diagnosis », transmis initialement en anglais à la rédaction.

Précision : Les opinions des auteurs de la section Perspectives ne sont pas des positions officielles du magazine Santé inc., de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales.

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