Vivre à l’imparfait

« ... il est difficile de concilier cette recherche de normalité avec la pression qui nous pousse à passer sous silence nos bobos. »

PAR DENISE DROLET, MD
Omnipraticienne en Montérégie
Personne-ressource au sein du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ)

 

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Chers lecteurs et collègues qui êtes ma source d’inspiration au quotidien, j’ai besoin de vous! Ceux qui me connaissent savent qu’il m’arrive de cogiter sans trouver de réponses. J’ai beau tourner le sujet dans tous les sens, écouter, lire, chercher, méditer, la question reste dans ma tête : aurions-nous intérêt à parler davantage de nos parcours difficiles? Le faire pourrait-il être une source d’apaisement pour les autres? En posant la question, je réalise qu’il s’agit peut être du même sujet qui m’allumait en 2007, quand j’ai commencé à écrire. Mes anciens lecteurs se souviennent peut-être du Dr CN, dont la première chronique débutait ainsi :

« Je me présente: je suis Dr CN. Avant, j’étais Dr BN; B pour: « répond aux exigences » et N pour: « normal ». Depuis quelques années, je suis Dr CN; C pour: « répond aux exigences, mais nécessite de l’aide occasionnelle », et N pour: « normal »…1 »

En relisant cette chronique, j’ai réalisé que je parlais pratiquement de la même chose. En voulant parler du docteur ordinaire, n’est-ce pas ce que je cherchais? Je voulais vous dire, je voulais nous dire, je voulais dire à chacun, à chacune, que tout le monde vit des moments difficiles, et que, non, les médecins ne sont pas des êtres parfaits qui ne font jamais d’erreur, qui n’ont jamais mal, qui ne souffrent pas ou qui sont invincibles. Mais il semble que je me retrouve aujourd’hui devant le même sujet. Huit ans plus tard, je ressens encore la même souffrance des médecins craignant d’être l’exception quand on leur diagnostique une dépression, un trouble anxieux ou toute autre pathologie similaire. La majorité des médecins se sentent anéantis, honteux et seuls au monde quand ils se font conseiller de prendre un congé de maladie ou simplement de diminuer un peu la cadence. La peur d’être mal jugés par leurs collègues est une cause fréquemment évoquée. Tout le monde a besoin de se sentir « normal ». Nos patients nous en fournissent la preuve chaque jour. « Docteur, je suis tellement fatigué, ça ne peut pas être normal! » « Docteur, combien d’heures devrais-je dormir chaque nuit? Mon voisin dit qu’avec cinq heures, il se sent bien. Moi, si je ne dors pas mes huit heures, je tire de la patte, suis-je anormal? », «Docteur, est-ce normal d’aller à la selle seulement une fois tous les deux jours? Ma mère s’inquiète de cette anomalie que je traîne depuis mon enfance. », « Docteur, est-ce que je suis normal si je fais l’amour juste une fois par semaine alors que dans les sondages, on parle de trois fois? », « Docteur, suis-je normal? »

Comme tout le monde, les médecins se préoccupent de leur normalité. On a récemment pu lire la description des semaines de travail de plusieurs d’entre eux quand il a été question de l’imposition d’un quota de patients. Combien faut-il voir de patients par jour pour être efficace? Combien par semaine? Combien par année? Reconnaissons que nous visons tous de ne pas nous éloigner d’un certain standard de pratique, de ne pas différer trop de la moyenne. Alors, comment fait-on pour aider les médecins à cesser de vouloir incarner la perfection? Ma chronique de 2007 voulait justement faire valoir que nos objectifs, en général, sont trop élevés et qu’il nous faut apprendre à respecter nos limites personnelles.

Alors, je me dis que si ce sujet me revient en tête, c’est que nous avons encore du travail à faire à ce propos. Ma réflexion m’amène à penser qu’il est difficile de concilier cette recherche de normalité avec la pression qui nous pousse à passer sous silence nos bobos. La plupart d’entre nous tient à garder secret tout indice de fonctionnement perturbé, de performance minimale, de résultat mitigé. Un exemple? Une ou deux fois par année, je cours un 10 km, histoire de me motiver à garder la forme… mais si j’en parle allègrement à mes collègues, je m’abstiens de leur dire que je passe la ligne d’arrivée dans le dernier quart des coureurs! Au lieu d’être fière de l’avoir fait, j’ai des réticences à admettre mon pas de tortue.

Est-ce que le fait d’entendre parler de la performance moins bonne qu’espérée d’un collègue pourrait vous aider à vous sentir mieux dans ce que vous estimez être une « faiblesse » ou une « anormalité »?

Qu’en pensez-vous? Comment pourrions-nous faire pour que chacun d’entre nous comprenne que c’est normal d’avoir des périodes difficiles, normal de ne pas toujours être chef de file, normal de ne pas être parfait? Avez-vous des idées? Des suggestions?

Vous qui ne vous sentez pas très bien, qu’est-ce qui vous aiderait à l’accepter? Est-ce que cela vous aiderait si un collègue vous parlait de difficultés qu’il aurait vécues dans le passé? Trouveriez- vous un certain apaisement si des médecins témoignaient de leurs parcours imparfaits dans des colloques?

Vous qui avez vécu des moments difficiles, seriez-vous prêts à en parler, à partager votre expérience avec un groupe de médecins ou seul à seul avec un collègue? Témoigneriez-vous de ce qui vous a permis de passer à travers une telle période?

Bien sûr, tous vos commentaires resteront confidentiels, mais ils pourront alimenter la réflexion que je partagerai avec les lecteurs.

J’attends de vos nouvelles.

RÉFÉRENCE

  1.  http://www.santeinc.com/file/sept07-3.pdf
Omnipraticienne en Montérégie. Personne-ressource au sein du Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ). Pour lui écrire : telordd@hotmail.com

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