Chronique d’une goûteuse

Dans l’assiette, les couleurs contrastent vivement avec la blancheur des lieux et le contenu n’en est que plus éclatant. C’est un éventail de couleurs...

BIEN MANGER

PAR MARIE-SOPHIE L’HEUREUX

LA CHRONIQUE
AMÉRIQUE DU NORD
MONTRÉAL
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Écrire des chroniques gastronomiques est un art. Il faut éviter de noyer le lecteur dans une description clinique ou trop ampoulée de plats, tout en décrivant néanmoins la qualité et la teneur de ces mêmes plats avec une précision et un amour évident pour les bonnes choses. Le chroniqueur doit aussi penser à ne pas simplement parler de repas, mais à rapporter les détails de l’ambiance, et même à décrire l’émotion que suscitent les lieux. Son but : que le lecteur gourmand s’imagine attablé à la même table que lui. Les « chroniqueurs » Marc de Canck et Olivier de Montigny, chefs copropriétaires du restaurant La Chronique, eux, n’ont assurément aucune difficulté à imaginer les gastronomes à leur table.

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Le restaurant roule sa bosse – et avec panache en plus – depuis 1995, dans un Montréal où les restaurants ouvrent et ferment à un rythme effarant et imprévisible. Comme il est heureux de constater que certaines choses ne changent pas — ou ne changent pas trop, du moins — dans la vie! La Chronique demeure en quelque sorte le nid douillet des restaurants haut de gamme, à Montréal. Adolescente, je rêvais de visiter cet endroit parce que je savais que s’y réunissait le groupe Les Gourmets d’Esculape, des médecins gastronomes partageant leur passion commune pour la bonne chère… et dont faisait partie mon humble père. C’est maintenant chose faite. Santé inc. est allé voir à quoi ressemblait ce repaire, ce havre de douceurs et de saveurs.

Le restaurant, maintenant situé en face de son local d’origine, s’est refait une beauté il y a deux ans. N’ayant pu voir à quoi il ressemblait au départ, j’ai néanmoins pu m’imprégner du grand calme et de l’indéniable chic des nouveaux lieux. Au premier coup d’oeil, c’est d’abord la lumière qui frappe le regard. Abondante. Apaisante. Du blanc, partout. Une longue banquette capitonnée en cuir brun. Quelques photos en noir et blanc encadrées simplement, des nappes immaculées avec quelques touches de bois pour les ustensiles ici et là. Une salle tout en hauteur, avec son haut plafond et sa rampe d’escalier. Un épurement savamment agencé. Très zen. Parfaitement conçu pour les soirées en amoureux ou les rendez-vous d’affaires de la plus haute importance.

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Dans l’assiette, les couleurs contrastent vivement avec la blancheur des lieux et le contenu n’en est que plus éclatant. C’est un éventail de couleurs toutes plus appétissantes les unes que les autres auquel nous avons droit, notamment avec le vert bien pimpant de la purée d’avocat du tataki de thon ou le rouge sucré des cerises accompagnant les amandes rôties et le foie gras de canard poêlé — au demeurant parfaitement cuit et assaisonné — posé sur un moelleux pain brioché. Les assiettes sont montées tels de délicats bijoux, si bien qu’on ose à peine les déranger du bout de la fourchette tant elles sont jolies. Mais il faut bien se lancer et interrompre cette éphémérité visuelle pour bien sentir et bien goûter ce spectacle immobile appelant tous les sens. Les saveurs sont franches, mais néanmoins dosées avec un tact et une maîtrise irréprochables. Nul doute : on sait très bien ce qu’on fait ici… parce qu’on le fait depuis longtemps, et malgré tout, sans prétention.

chronique-lheureux-fig6En guise de plats principaux, mon invité et moi nous lançons dans la grande aventure du Surf and Turf au veau, avec une polenta crémeuse, quelques arborescences de choux-fleurs d’un joli vert tendre, de la truffe d’Australie bien parfumée et une pince de homard charnue, ainsi qu’avec des pétoncles des Îles-de-la-Madeleine et leur risotto façon paëlla, du chorizo en petits morceaux et une émulsion de crustacés pour bien parfumer le tout. Les portions ne sont ni trop copieuses, ni trop petites et encore là, comme on le dirait au bowling, c’est un abat! Presque brutal. Tout y est tout simplement parfait. Pas une seule fausse note. J’ai bien mangé, et souvent, mais ce restaurant fait désormais partie de mes favoris; très grands, même. Mon invité n’ayant pratiquement plus d’appétit après ce repas, nous avons — ô sacrilège pour une critique et un tel endroit — laissé tomber les desserts pour ce soir-là, nous promettant de revenir y faire un tour rapidement.

Enfin, il vous faut savoir que La Chronique offre chaque mois un menu dégustation qui évolue tous les jours selon les arrivages. Une belle façon de se laisser surprendre! Un menu cinq services vous est offert pour 85 $, 145 $ avec les vins, et un menu sept services est aussi proposé pour 115 $, 195 $ avec vins. Ces deux expériences repousseront assurément les limites des possibilités… et vous pourrez goûter aux desserts qui, semble-t-il, sont hors de ce monde tant ils sont bons. Il n’est pas si facile de « chroniquer » sur la gastronomie. Par contre, quand on tombe sur des perles d’endroits comme La Chronique, il est bien malaisé de ne pas laisser ses doigts courir sur le clavier pour en parler, décrire son expérience et en parler encore, comme on boirait un grand cru sans jamais s’en lasser ou comme on déclamerait son amour à un autre coeur battant… Oui, ça fait ça, l’amour. À table comme dans la vie. On n’en a jamais assez quand c’est bon…

LE MIEL : on n’a certainement pas donné cinq étoiles pour rien!

LE VINAIGRE : on n’a pas pu goûter aux desserts, faute d’appétit…

Lachronique

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

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