L’heure du bilan

Peu importe la raison qui motive les patients à prendre le rendez-vous au départ, qu’elle soit médicalement indiquée ou non, chaque...

QUELS IMPACTS LA DISPARITION DE L’EXAMEN ANNUEL AURA-T-ELLE SUR LES MÉDECINS, LES PATIENTS ET LE SYSTÈME?

PAR DOMINIQUE HOTTE, MD
Médecin de famille au Groupe de médecine familiale (GMF) Reine Élizabeth

Le Collège des médecins du Québec (CMQ) a publié une nouvelle ce printemps, titré « Non à l’examen clinique annuel, oui à la prévention clinique »1. L’examen médical périodique (EMP), qui jadis comportait toute une série de recommandations en fonction du groupe d’âge du patient et des types de maladies à dépister 2, se résume dorénavant à une fiche de prévention clinique qui tient sur une seule page 3. Le CMQ clarifie sa position en expliquant ceci : « En effet, il apparaissait préférable de miser désormais sur les recommandations résumées dans la Fiche de prévention clinique quant aux 11 domaines où les interventions ont un effet réel et mesuré (…) »4.

Le Dr Yves Robert, secrétaire du CMD, nous parle ensuite de l’examen annuel. Cette visite ne serait pas médicalement requise, car les patients consulteraient sans avoir de problème de santé. Cette recommandation a été faite au Canada pour la première fois en 1979 5. Il est intéressant de voir que le CMQ juge opportun d’en faire le rappel 35 ans plus tard.

Physical therapist examining patient, testing reflexes with reflex hammer.

Peu importe la raison qui motive les patients à prendre le rendez-vous au départ, qu’elle soit médicalement indiquée ou non, chaque rencontre avec eux est une opportunité à saisir pour atteindre d’autres objectifs; inutile de faussement les rassurer sur leur état de santé actuel. D’ailleurs, une étude parue en 2002 démontre que les attentes des patients en termes d’examens médicaux et paracliniques lors de leurs visites médicales diminuent lorsqu’ils connaissent les coûts qui y sont associés6. Il y a certainement encore place à beaucoup d’éducation auprès du public 7! Ceci ne pourra se faire, toutefois, sans que le corps médical et l’ensemble des professionnels de la santé prennent les devants, ce qui s’avère plus facile à dire qu’à faire. Déjà, en 1999, une étude soulignait que la pratique de l’examen annuel était encore bien ancrée dans nos valeurs 8. Il semble que nous accordions plus d’importance au diagnostic précoce d’une condition médicale chez un patient, aussi futiles soient nos interventions, qu’à l’utilisation rationnelle des ressources à notre disposition.

D’autre part, toujours selon Dr Robert, un rendez-vous donné à un patient sans problème de santé empêcherait un patient malade de voir son médecin. Je vois ici une corrélation avec l’accès adapté, mode d’organisation de la pratique médicale en cabinet préconisé à la fois par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) depuis déjà quelques années. Selon un article paru dans La Presse en 2012 9, le MSSS et la FMOQ entrevoyaient déjà l’accès adapté comme une avenue prometteuse pour améliorer l’accès des patients aux soins médicaux de première ligne. Mais comme le disait une porte-parole du MSSS à l’époque : « Ce n’est pas une panacée pouvant régler tous les problèmes vécus en première ligne ». En effet, bien que le modèle soit déjà monnaie courante dans d’autres provinces canadiennes, le Québec sera la première à le mettre à l’épreuve dans le contexte où ses effectifs médicaux passent 40 % de leur temps à l’hôpital, par rapport à 20 % dans les autres provinces 10.

Patient having injection

Que feront les médecins? Entre les recommandations du CMQ, la pression mise sur les omnipraticiens pour voir plus de patients à la suite de l’entente de principe signée entre le MSSS et la FMOQ en mai dernier et les demandes des patients qui souhaitent avoir accès à un médecin de famille et à des soins en temps opportun, la recherche de l’équilibre risque de s’avérer tout un défi.

Le manuel de facturation actuel des médecins n’encouragera certainement pas un changement de culture. Lorsqu’un omnipraticien rencontre un nouveau patient en cabinet, s’il souhaite évaluer les facteurs de risque du patient pour un ensemble de conditions, il est médicalement indiqué de vérifier les antécédents médicaux personnels et familiaux, la liste de médicaments, les habitudes de vie, etc. Or, le seul acte qui regroupe cette évaluation et qui est approprié à ce contexte est l’examen complet majeur. Mais pour que le médecin puisse facturer cet acte, il doit durer 45 minutes et inclure une revue des systèmes et un examen physique extensif 11, sans tenir compte du fait que ce soit médicalement requis ou non. Ces 45 minutes seraient sans doute mieux mises à contribution si le médecin pouvait réellement prendre le temps d’éduquer le patient et de lui expliquer ce qui est recommandé ou non en terme d’EMP, tout en répondant à ses questions par une stratégie basée sur la communication et l’empathie.

Nous sommes dans une période où la pérennité du financement du système public de santé est menacée comme jamais depuis la création de l’assurance maladie universelle du Québec. Un rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé 12 nous donne une perspective d’ensemble sur les facteurs qui contribuent à l’accroissement des dépenses en santé au pays. On y apprend entre autres que la croissance démographique et le vieillissement de la population sont des enjeux mineurs pour expliquer l’augmentation des dépenses. C’est plutôt du côté des dépenses liées aux médecins qu’il faut regarder. Voici d’ailleurs un extrait tiré du rapport, qui devrait nous interpeller tout un chacun : « Les médecins au Canada prennent des décisions qui ont des conséquences directes sur l’utilisation des soins de santé. Ils ont le pouvoir de prescrire des médicaments, ce qui influence grandement le volume et le type de produits pharmaceutiques consommés par les Canadiens. En outre, il incombe principalement aux médecins de déterminer le nombre de patients nécessitant des soins hospitaliers et des tests diagnostics plus poussés ».

Il est plus que temps que toutes les parties concernées mettent leurs différends de côté et travaillent main dans la main avec la population du Québec afin que les principes de la Loi canadienne sur la santé puissent continuer d’être appliqués à notre système de santé. Si, déjà, nous acceptions de remettre en question la pertinence de nos pratiques et de nos choix de notre propre gré, cela éviterait peut-être que la profession médicale soit dépeinte comme un important facteur d’accroissement des dépenses publiques, avec toutes les conséquences que ce constat peut engendrer. Notre belle profession mérite beaucoup mieux que cela. Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le démontrer.

SUR LE MÊME SUJET : L’OPINION D’UNE AVOCATE EN DROIT MÉDICAL SUR L’ABOLITION DES EMP.

Précision : Les opinions des auteurs de la section Perspectives ne sont pas des positions officielles du magazine Santé inc., de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales.

RÉFÉRENCES :

  1. http://blog.cmq.org/2015/04/08/non-a-lexamen-annuel-oui-ala-prevention-clinique.
  2. http://publications.santemontreal.qc.ca/uploads/tx_asssmpublications/978-2-89673-322-4.pdf.
  3. http://www.cmq.org/fr/MedecinsMembres/Profil/Commun/AProposOrdre/Publications/~/media/Files/Lignes/Fiche deprevention-clinique.pdf?31525.
  4. http://blog.cmq.org/2015/04/08/non-a-lexamen-annuel-oui-ala-prevention-clinique.
  5. Canadian Task Force on the Periodic Health Examination. The periodic health examination. CMAJ 1979;121(9):1193-254.
  6. Oboler SK, Prochazka AV, Gonzales R, Xu S, Anderson RJ. Public expectations and attitudes for annual physical examinations and testing. Ann Intern Med 2002;136:652-9.
  7. Hoey, J. What does the public want in an annual check-up? CMAJ 2002; 167(2), p.171.
  8. Beaulieu et al. Practice guidelines for clinical prevention: Do patients, physicians and experts share common ground? CMAJ 1999; 161(5), p. 519-523.
  9. http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201204/19/01-4517172-un-nouveau-mode-de-gestion-ameliorera-lacces-aux medecins-defamille.php.
  10. Gladu, FP. Le courage d’abolir les AMP. Santé inc. Juillet/août2011, p. 14-16.
  11. Le guide de facturation des omnipraticiens en cabinet privé. Santé inc. Septembre/octobre 2010: 31-58.
  12. Institut canadien d’information sur la santé. Facteurs d’accroissementdes dépenses de santé : les faits. Ottawa (Ont.), ICIS, 2011.

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