Zanzibar, mon amour

Il y a de ces endroits que l’on affectionne d’une façon particulière, où s’installe chaque fois qu’on les visite le coup de foudre, comme un amour...

RÉCIT DE VOYAGE

PAR CATHERINE LEFEBVRE

Il y a de ces endroits que l’on affectionne d’une façon particulière, où s’installe chaque fois qu’on les visite le coup de foudre, comme un amour qui grandit doucement. C’est mon histoire avec Zanzibar. J’ai entendu pour la première fois parler de Zanzibar lors d’un voyage en Tanzanie en 2008. Une île paradisiaque au large de Dar es-Salaam, où poussent toutes sortes d’épices.

Je n’ai pas besoin d’en savoir plus pour sauter dans le premier avion à l’aéroport du Kilimandjaro et m’envoler vers Stone Town. Je me souviens très bien de mon premier séjour à Zanzibar. Je n’avais pas aimé mon expérience. L’insistance des chauffeurs de taxi et des vendeurs de souvenirs — classique de la plupart des destinations touristiques — m’avait laissé un arrière-goût. À la fin de la même année, je suis retournée en Tanzanie pour y passer l’année. Je suis aussi retournée à Zanzibar pour visiter des copines quelques semaines après mon arrivée en sol africain. J’ai donné à Zanzibar une seconde chance de me séduire. Et comme un amour que l’on apprivoise, j’en suis tombée un peu plus follement amoureuse chaque fois que j’y ai mis les pieds. Jusqu’à maintenant, j’y suis allée sept fois. Mon dernier voyage remonte à l’hiver dernier.

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L’ÉNIGME DU RETOUR

Alors que le froid est à son apogée au royaume du bonhomme hiver, c’est la canicule à Zanzibar. J’arrive à Stone Town sur les ailes de Qatar Airways qui, heureusement, offre désormais un vol direct depuis Doha (et trois vols directs par semaine entre Montréal et Doha). Je suis prête à tout pour éviter d’avoir à passer la nuit à Dar es Salaam, ville bruyante, polluée et en flagrant manque de tendresse.

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En sortant de l’avion, la chaleur de Zanzibar m’enveloppe de façon aussi réconfortante qu’un édredon douillet un matin de novembre. Je saute dans un taxi, direction House of Wonders, l’ancien palais du second sultan aujourd’hui transformé en musée. Je passe devant la mosquée Jami, alors que c’est la prière du vendredi. Je tourne à droite, puis tout de suite à gauche dans la petite rue étroite et j’arrive au Mashariki Palace. Jadis la maison du conseiller religieux dudit sultan, ce palais a été complètement restauré il y a quelques années pour être converti en un hôtel-boutique absolument sublime.En passant les portes imposantes — une signature architecturale bien connue de Stone Town —, chaque élément du décor rappelle l’histoire de l’occupation omanaise dans l’archipel de Zanzibar, qui était à l’époque un endroit important pour le trafic d’esclaves. C’était avant que l’Empire britannique prenne les commandes à la fin du 19e siècle, jusqu’à ce que Tanganyika se joigne à Zanzibar pour former la République unie de Tanzanie, en 1964. En fait, Zanzibar est aussi connue sous le nom d’Unguja, l’île principale de l’archipel. Notons aussi Pemba au nord et Mafia au sud, deux plus petites îles qui attirent chaque année de plus en plus de touristes.

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La porte de ma chambre, également minutieusement sculptée, semble aussi lourde que celle de l’entrée. Le lit à baldaquin, muni d’une moustiquaire installée à la façon d’un voile gracieux, les murs et le plancher immaculés ainsi que l’odeur d’ylang-ylang qui parfume la pièce à merveille me transportent dans un conte des mille et une nuits. Je donne rendez-vous à des amis sur la terrasse de l’hôtel au dernier étage. La vue sur la mer est magnifique. Le soleil est sur le point de se coucher devant nous et, comme d’habitude, nous offre son plus beau spectacle. Les voiliers des pêcheurs se joignent au bal. Ils défilent lentement devant nous, si bien que la scène est digne d’une carte postale.

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Une fois la nuit tombée, ça s’agite tout juste en bas de l’hôtel. C’est le Forodhani, le marché aux poissons et fruits de mer, qui se met en branle. Chaque soir, des marchands de brochettes et de Zanzibar pizza — une pochette quasi frite garnie de viande hachée, d’un oeuf, d’oignons, de poivrons et de carottes — s’installent devant la House of Wonders pour vendre leurs mets et leur jus de canne à sucre fraîchement pressée. Inévitablement, c’est l’endroit préféré des touristes pour manger de la bouffe de rue. Plusieurs Zanzibaris y vont aussi. Même Anthony Bourdain est allé y faire un tour pour le tournage de son émission, Parts Unknown. S’il m’avait toutefois appelée, je lui aurais recommandé un tas d’autres adresses à découvrir dans la ville pour goûter à la vraie cuisine locale, encore plus typique qu’au Forodhani. Quoi qu’il en soit, ce marché demeure un arrêt obligé. Ça grouille de monde, de la bonne musique retentit du café en permanence, les gens dégustent, discutent. Même les chats errants tentent tant que bien que mal de mettre la main sur un morceau de poisson maladroitement égaré. Je mange ma pizza pochette. Je regarde les gens passer. Ça fait du bien d’être ici, d’entendre parler swahili, de reconnaître des gens dans la rue qui, au fil du temps, me reconnaissent aussi.

Je laisse les copains et je vais prendre un chai masala — un thé aux épices. Comme d’habitude, je vais voir babu chai (papa thé). Je prends la rue à droite de la House of Wonders, droit devant moi. Je n’ai qu’à suivre sa courbe pendant quelques minutes et je le découvre, installé dans la rue avec son kiosque de thé ambulant. Babu chai est toujours là, tous les soirs, exactement au même endroit. Je le salue, prends de ses nouvelles, m’informe de sa vie, de sa famille, de Zanzibar. C’est long les salutations en swahili, mais ça incite facilement à discuter et à s’intéresser plus à l’autre qu’avec un simple « Bonjour! Ça va? » Babu chai fait le meilleur thé au gingembre et aux épices de l’île. À noter qu’il faut toutefois lui préciser la quantité de sucre à ajouter ou non, puisque ça peut rapidement virer au sirop.

RETROUVER SA ROUTINE

Le premier appel à la prière à cinq heures du matin nous déstabilise toujours un peu, mon décalage horaire et moi, puis me fait sourire béatement. C’est signe que je suis de retour, à mon grand bonheur. Je me rendors paisiblement jusqu’à ce que la chaleur m’accable au point de me pousser hors du lit. Cette idée de renoncer complètement à l’air conditionné aussi… Puis, je me rappelle rapidement qu’une douche froide peut tout de même avoir certains avantages. Je monte prendre mon petit-déjeuner sur la terrasse. Ah! le jus d’ananas au gingembre frais et à la muscade! Viennent ensuite le plateau de fruits frais parfaitement à point, le pain plat au sésame, le yogourt nature et le café à la turque. La plus grande qualité de la cuisine, à Zanzibar, est qu’elle s’inspire de plusieurs cultures. L’influence du monde arabe est imposante dans l’histoire de Zanzibar et est encore présente partout. Plus récemment, de nombreux Indiens ont été envoyés en Afrique de l’Est pour construire les chemins de fer, alors qu’ils étaient tous encore issus de colonies britanniques. D’ailleurs, l’influence indienne est visible dans toute l’Afrique de l’Est, si bien que même le chapati — le fameux pain plat — compte parmi les aliments de base dans la cuisine, autant sur l’île et à la capitale que dans n’importe quel village sur les flancs du Kilimandjaro.

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Généralement, je m’abstiens de boire du café au petit-déjeuner, puisque je préfère aller le prendre au Jaw’s Corner. Cet endroit est le point de rencontre de quatre rues et il existe autant de façons de s’y rendre que de s’y perdre. Il ne faut pas hésiter à demander à qui que ce soit de vous y emmener, car tout le monde connaît l’endroit.

C’est avec joie que je vais m’asseoir aux côtés de babu kahawa (papa café). Contrairement à babu chai, babu kahawa est là toute la journée, tous les jours de l’année. Maigrichon, kofia sur la tête, sandales de plastique aux pieds et quelques dents en moins en bouche, il demeure charmant comme tout. Ce qu’il est bon de le revoir, lui aussi. Le Jaw’s Corner est comme un café à aire ouverte, où les gens, surtout des hommes, vont et viennent pour discuter de
tout et de rien, débattre des sujets politiques les plus chauds, jouer aux échecs ou voir les résultats du dernier match de foot. Le café est préparé dans ce qui ressemble à une immense théière posée au-dessus de charbons ardents. Il est ensuite servi dans de toutes petites tasses — on dirait des petits bols, de la taille d’un espresso — et il coûte l’équivalent de 5 cents chacun (50 shillings).

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À gauche de la murale à l’effigie du monstre marin, en s’avançant un peu dans la rue, il y a une dame assise sur les marches d’une maison qui vend des beignes à 10 cents. Il ne faut pas chercher d’enseigne, les beignes sont cachés sous un bol de plastique. Je peux rester là pendant des heures. Babu kahawa remplit ma tasse, jusqu’à ce que je sois sur le point de souffrir de tachycardie. C’est l’heure d’aller rejoindre mon guide, près du marché Darajani, pour aller une fois de plus visiter les plantations d’épices, un incontournable de Zanzibar, l’un des plus importants producteurs d’épices au monde. Même si nous avons l’habitude d’utiliser de plus en plus d’épices en cuisine, c’est absolument fascinant de découvrir comment elles poussent. Certaines d’entre elles sont particulièrement surprenantes, comme le clou de girofle ou la noix de muscade. Pour s’y rendre, nul besoin de se casser la tête. Il suffit de demander à la réception de l’hôtel de trouver un guide et le tout sera réglé en moins de deux. Les plantations ne sont pas très loin de Stone Town. Il est donc possible de les visiter en une demi-journée.

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De retour en ville, je vais me chercher une soupe. Il fait 35 degrés à l’ombre, mais j’ai envie de celle du monsieur derrière le fort. Certes, ce ne sont pas les bonnes tables qui manquent à Stone Town. Sur le bord de l’eau et dans les grands hôtels, il est impossible de passer à côté de ces restaurants. Pour faire changement, il y a ce kiosque ambulant d’urojo, une soupe aux falafels, pommes de terre, chèvre grillée, croustilles de manioc, salade de tomates et d’oignons rouges. Le mélange sort complètement de l’ordinaire, mais c’est délicieux. Et c’est 2 000 shillings 1,50 $) le bol! Les plus craintifs pourront profiter pleinement de la table, de la carte des vins et de la vue du Livingstone, à deux secondes de là, où DJ ou groupes invités sont présents les vendredis et samedis soir. L’ambiance y est fort agréable.

Après avoir avalé ma soupe et avoir senti de la sueur couler sur mes lobes d’oreilles, je retourne à l’hôtel pour prendre ma valise et filer vers Kendwa, au nord-ouest de l’île. Si la ville grouille, ce ne sont néanmoins pas les options qui manquent pour décrocher à Zanzibar. Du côté ouest, l’eau est calme et turquoise, le sable est fin et presque blanc. C’est l’idéal pour prendre du soleil (avec plein de crème solaire et à l’ombre!) et se baigner. Du côté de l’océan Indien, lorsque la marée est basse, il faut marcher des centaines de mètres vers le large pour atteindre une profondeur souhaitable pour la baignade et vous risquez de rencontrer en chemin des oursins. Cela dit, les plages demeurent magnifiques pour s’y reposer. Envie de faire la fête? L’hôtel Kendwa Rocks organise un party sur la plage chaque samedi soir précédant la pleine lune. Après une bonne semaine de repos, les vacances tirent à leur fin. Je rentre à Stone Town en taxi.

Je vais rejoindre mes amis au Lukeman près du marché Darajani pour un dernier lunch avant de partir. Ces restaurateurs préparent un ragoût de pieuvre, un curry de légumes et un pilau — un riz parfumé aux épices — à se rouler par terre. Je peux maintenant rentrer le coeur et la panse en paix. Ce n’est qu’un au revoir, Zanzibar.

Ce voyage a été rendu possible grâce à Qatar Airways.

Nutritionniste, Catherine Lefebvre vous conseille chaque fois une nouvelle recette gastronomique, version santé.

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