L’argent c’est du temps

« J’ai connu des médecins résidents qui ont dû abandonner l’idée d’effectuer un stage postdoctoral en raison d’un manque de fonds... »

ACCORDER DU TEMPS À SES FINANCES POUR MIEUX LES COMPRENDRE

PAR DANIEL LABONTÉ
Vice-président, Expérience des membres, Gestion financière MD

Selon l’Enquête canadienne sur les capacités financières, un Canadien sur trois (33,8 %) n’a entamé aucune démarche de planification financière en vue de son départ à la retraite, que ce soit par initiative personnelle ou par l’entremise du régime de retraite d’un employeur1. En outre, près de six Canadiens sur dix (59,6 %) ne savent pas quel montant d’argent ils doivent épargner pour maintenir le niveau de vie qu’ils souhaitent avoir à la retraite. Il est souvent difficile de trouver le temps et l’énergie pour bien gérer ses finances. Ajoutons-y l’horaire surchargé des médecins et leur manque fréquent d’expérience et d’expertise en matière de finances, et la tâche peut sembler insurmontable. Pour mieux comprendre la gestion financière et y accorder le temps nécessaire, on peut choisir de se concentrer sur les éléments importants d’une telle gestion à chaque étape de sa carrière : études, résidence et exercice de la médecine.

Le présent article propose un survol des aspects importants de la planification financière à chacune de ces étapes de la vie. Les renseignements fournis visent à susciter soit une réflexion sur les questions de base portant sur l’argent et les finances, soit une réorganisation de son approche vis-à-vis de ces questions. Bien sûr, il est également conseillé d’avoir recours à un professionnel (idéalement, dès le début de vos études) en vue d’optimiser son bien-être financier à long terme. Toute stratégie financière efficace commence par la préparation. On devra faire preuve de franchise, autant avec soi-même qu’avec son conseiller financier en ce qui concerne ses finances : objectifs, habitudes de consommation, actif, dettes et situation générale.

ÉTUDIANTS EN MÉDECINE : BUDGET ET REMBOURSEMENT DES DETTES

labonte1La majorité des étudiants en médecine gagnent un revenu insuffisant pour économiser ou investir, et l’endettement fait partie intégrante de cette étape de la vie d’un futur médecin. D’abord et avant tout, on conseille aux étudiants en médecine de se doter d’un plan de gestion de leur dette globale ; le fait d’emprunter à même une marge de crédit, par exemple, peut avoir des répercussions sur leur dette globale et leurs choix futurs.

Il est recommandé d’établir un budget sommaire avant le début de chaque année universitaire, en estimant ses dépenses et son revenu possible. Un budget aidera aussi à calculer combien on doit emprunter et à mieux gérer son argent. Les étudiants en médecine du Québec devraient aussi envisager de faire appel aux programmes à leur disposition qui leur permettent d’obtenir du financement à un coût relativement faible, comme les bourses d’entretien accordées par les universités (il faut alors communiquer avec leur bureau d’aide financière), l’Association médicale du Québec ou encore le programme de prêts et bourses du gouvernement provincial.

MÉDECINS RÉSIDENTS : VALEUR NETTE ET ÉTABLISSEMENT D’OBJECTIFS

Les médecins résidents disposent maintenant d’un revenu. Ils se trouvent aussi vraisemblablement devant des décisions importantes sur le plan financier : rembourser leurs dettes ou se lancer dans les placements ? Consolider leurs dettes ? Louer ou acheter une maison ?

Tout d’abord, pour connaître l’incidence de ses dettes sur ses finances, il faut déterminer sa valeur nette, c’est-à-dire ce qu’on possède par rapport à ce que l’on doit. Cette information permettra d’établir des objectifs réalistes et de cesser de cumuler des dettes. La valeur nette aidera aussi à distinguer les « bonnes » et les « mauvaises » créances. Par exemple, les emprunts servant à payer les études en médecine et l’hypothèque constituent de bonnes créances, car le diplôme et la maison sont des actifs qui peuvent à terme faire augmenter votre valeur nette. Les achats effectués par carte de crédit constituent quant à eux de mauvaises créances.

En général, un médecin résident gagne suffisamment d’argent pour ne pas avoir à s’endetter davantage. S’il reste de l’argent à la fin du mois, on a la possibilité de le placer ou de rembourser ses dettes. Dans la plupart des cas, on devrait toujours commencer par rembourser les « mauvaises » dettes à taux d’intérêt élevé, notamment les soldes de cartes de crédit. Une fois ces dettes remboursées, plusieurs stratégies sont possibles, comme celle de cotiser à un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou à un compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Une cotisation à un REER pourrait valoir un remboursement d’impôt, qu’on peut ensuite utiliser pour rembourser ses dettes. « L’important, c’est de prendre des décisions de placement en fonction de vos objectifs et de votre plan financier personnel », explique Marie-Josée Hamel, conseillère MD au Québec, spécialisée dans les services aux médecins en début de carrière.

Comme le soulignent certains collègues, les médecins résidents ont tendance à vouloir acheter une maison ou une copropriété trop tôt dans leur carrière. Selon madame Hamel, les résidents devraient prendre le temps de bien planifier avant de devenir propriétaires. Il peut être judicieux de consulter un conseiller en placements, et pas seulement le spécialiste des prêts hypothécaires de la banque, et d’établir un budget détaillé. Les résidents verraient alors les répercussions de leurs décisions sur leur situation financière future. « J’ai connu des médecins résidents qui ont dû abandonner l’idée d’effectuer un stage postdoctoral en raison d’un manque de fonds causé par des décisions prises durant leurs études ou plus tôt dans leur carrière », met en garde madame Hamel.

MÉDECINS EN EXERCICE : METTRE À PROFIT LA CONSTITUTION EN SOCIÉTÉ

labonte3Bien sûr, le présent article ne peut couvrir toute l’étendue des options qui s’offrent aux médecins en exercice. En voici toutefois quelques-unes qui sont communément évoquées par les clients à cette étape-ci de leur carrière. La planification de la retraite pourrait faire l’objet d’un article à part entière, mais rappelons du moins que, malgré leur emploi du temps chargé, les médecins devraient étudier soigneusement la question. En fait, dans un monde idéal, l’établissement d’objectifs de retraite et la planification des revenus de retraite devraient commencer en début de carrière. De nombreux médecins ne profitent pas pleinement des avantages de la constitution en société, qui peut les aider à optimiser leurs économies d’impôt et à atteindre plus rapidement leurs objectifs financiers.

Un certain nombre de conseillers MD ont remarqué que beaucoup de médecins constitués société ne tiraient pas pleinement profit du fractionnement du revenu. Pour éviter une telle situation, mieux vaut rencontrer un conseiller en placement et un fiscaliste. Ensemble, ils maximiseront les retombées des décisions concernant la société du médecin.

Pour une gestion optimale de l’argent dans un compte bancaire de société, on recommande de traiter séparément l’argent de la société et l’argent personnel. De plus, il est déconseillé de laisser « dormir » de l’argent pendant une longue période dans son compte de société. Mieux vaut prévoir plutôt des versements à intervalles réguliers dans un compte de placement de sa société dont les fonds sont bien répartis. Un conseiller sera capable de vous renseigner sur les répercussions fiscales de vos décisions de placement.

Par ailleurs, on devrait tenir à jour la planification successorale de sa société, faute de quoi celle-ci pourrait imposer un fardeau fiscal important à sa succession. Il faut se rappeler que la liquidation mal planifiée de la succession d’une société est beaucoup plus complexe que la gestion de la succession de sa grand-mère, qui n’avait probablement qu’un compte bancaire et des certificats de placement garanti (CPG). On devrait également envisager de confier certains aspects de sa planification successorale à des spécialistes. Une fois de plus, la collaboration entre un conseiller en placement et un notaire ou un avocat est essentielle à la réussite de sa planification.

Enfin, les médecins devraient prendre le temps d’explorer d’autres options de placement associées à la constitution en société, comme l’assurance vie. En effet, cette solution peut être avantageuse sur le plan fiscal. Il s’agit également d’une option de placement intéressante, car les titres à revenu fixe de son portefeuille de placement et ceux détenus à l’intérieur de sa police d’assurance vie ne sont pas imposables durant la phase d’accumulation, et pourraient même être libres d’impôt lors du versement à la succession.

En conclusion, sans constituer une liste exhaustive des solutions et des moyens pour mieux gérer ses finances, on ne saurait trop insister sur l’importance de les comprendre et d’y consacrer le temps nécessaire. L’esprit n’en sera que toujours plus tranquille.

Précision : L’information contenue dans le présent article ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels d’ordre fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire, applicable en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant. Gestion financière MD offre des produits et services financiers, la famille de fonds MD et des services-conseils en placement par l’entremise du groupe de sociétés MD. Pour obtenir une liste détaillée de ces sociétés, veuillez consulter notre site à l’adresse md.amc.ca. Gestion financière MD inc. est une propriété de l’Association médicale canadienne.

RÉFÉRENCE

  1. Statistique Canada, Enquête canadienne sur les capacités financières, 2014.

Vice-président, Leadership de la pratique
Gestion financière MD

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