Pour un renouveau professionnel

« Le modèle dont s'est doté la profession médicale au Québec a ceci de particulier qu'il draine du côté syndical une partie importante...»

RÉPLIQUE AUX PARTISANS DU RENOUVEAU SYNDICAL

PAR YUN JEN, MD, FRCPC
Présidente, Association médicale du Québec

renouveau-amq-f3À la suite de la chronique pamphlétaire du Dr Simon-Pierre Landry, publiée dans l’édition de janvier/février 2016 de Santé inc., l’Association médicale du Québec (AMQ) désire préciser de nombreux éléments soulevés et rectifier certains faits. Le Dr Landry a bien sûr droit à son opinion. Cela dit, cette opinion n’est ni partagée ni cautionnée par l’AMQ. La position de l’AMQ est limpide : il n’est pas dans son intention de fusionner avec les deux fédérations médicales. Cette possibilité, évoquée par le Dr Landry, vient occulter tout un pan d’histoire qu’il convient de rappeler aux membres de la profession médicale.

LE REFUS DU MANDAT DE NÉGOCIER

Dans la foulée de l’implantation du régime d’assurance-maladie en 1970, des contacts discrets ont été engagés entre les autorités gouvernementales et l’AMQ. Malgré que ces échanges ne soient pas bien documentés, nous savons que le conseil d’administration de l’AMQ a été appelé à l’époque à signifier son intérêt à devenir l’agent négociateur de l’ensemble des médecins auprès du gouvernement. Le conseil d’administration de l’AMQ a refusé de jouer ce rôle. Il a jugé à l’époque que son rôle de défenseur et de promoteur du professionnalisme médical n’était pas compatible avec une vision du syndicalisme médical centré sur la défense des intérêts individuels et pécuniaires des médecins. Comme on le sait, dans les autres provinces canadiennes, la situation est tout autre.

AILLEURS AU CANADA

Dans toutes les autres provinces, c’est la même association médicale qui couvre l’aspect professionnel de la médecine, tout en agissant comme agent négociateur des conditions de travail des médecins auprès du gouvernement. Certaines personnes, sans doute désabusées par le régime syndical incarné au Québec par les fédérations médicales, peuvent être tentées de tenir des propos panégyriques à l’égard du modèle hybride canadien. Or, on aurait tort de croire que le mode d’organisation professionnelle des autres provinces canadiennes constitue  la solution miracle à tous les problèmes auxquels sont confrontés les systèmes de soins en général et la profession médicale en particulier. En effet, la coexistence professionnalisme syndicalisme n’est pas toujours de tout repos et entraîne parfois des heurts au sein même des associations médicales. Le niveau d’engagement syndical (ou de « militantisme ») est extrêmement variable d’une association provinciale à l’autre. Cette variabilité est fonction d’une série de facteurs qui découlent des particularités culturelles et politiques des différentes juridictions. Ainsi, certaines associations médicales ont développé, au fil des ans, des liens de collaboration professionnelle assez étroits avec leur gouvernement, afin de trouver des solutions à des problèmes ponctuels. Pour d’autres, c’est plutôt un climat d’affrontement syndical qui a prévalu. Ces niveaux de collaboration ou d’affrontement ont parfois fluctué au sein d’une même association, au gré des changements de gouvernance et de style de leadership.

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Des associations médicales provinciales ont même dû faire face à des « soulèvements » de la part de groupes de membres insatisfaits. Certains groupes de spécialistes (c’était le cas en Colombie-Britannique et en Ontario) ont menacé de se retirer de l’association pour faire cavaliers seuls dans leurs discussions avec le gouvernement provincial. Plusieurs observent avec intérêt le modèle québécois en médecine et se demandent si ce n’est pas là la voie à suivre. Comme on peut le voir, vouloir porter un jugement sur le modèle québécois de syndicalisme médical en le comparant aux modèles ayant cours dans les autres provinces est un exercice périlleux. Des variables professionnelles, sociales, culturelles, politiques et historiques doivent être analysées afin d’éviter de tirer des conclusions simplistes et réductrices.

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RÉPONDRE AUX ATTENTES DE LA SOCIÉTÉ… ET DES MÉDECINS !

De tout temps, la profession médicale a bénéficié d’un capital de sympathie et de respect très important de la part de la population en général et d’autres professions. Cependant, des changements importants survenus dans l’environnement au cours des dernières années ont provoqué des modifications en profondeur du rôle des professionnels de la santé, incluant les médecins. Certains événements controversés ont également fait l’objet d’une couverture médiatique qui a contribué à détériorer l’image de la profession médicale auprès du grand public. La responsabilité sociale du médecin se retrouve plus que jamais au coeur des débats entourant l’avenir de la profession médicale. Les médecins bénéficient d’un statut social élevé et contrôlent les normes et les compétences donnant accès à la profession. En contrepartie, et c’est là l’autre facette du contrat social, les médecins ont la responsabilité de bien servir leurs patients et la société en général.

L’Association médicale du Québec assume actuellement le leadership d’une réflexion profonde et fondamentale sur l’avenir de la profession médicale et sur son rapport avec l’ensemble de la société. Avec cette mission, il est hors de question que l’AMQ s’immisce dans le processus de négociation entre les fédérations et le gouvernement, même si elle est tout à fait légitimée de poursuivre ses réflexions sur l’impact des modes de rémunération sur la qualité et l’efficacité de notre système de santé. En somme, laissons aux fédérations le soin de décider de l’occasion de procéder ou non à un renouveau syndical. L’AMQ, quant à elle, continuera de militer en faveur d’un renouveau professionnel.

Précision : les opinions des auteurs de la section Perspectives ne sont pas des positions officielles du magazine
Santé inc.
, de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales. Les propos de cette section n’engagent donc que leurs auteurs respectifs.

Yun Jen est médecin et présidente de l'Association médicale du Québec.

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