Plaza nouveau genre

«Quelle belle idée d’avoir osé ouvrir une aussi belle adresse gastronomique dans ce secteur de la ville, et pour une fois, pas dans le Plateau...»

MARIE-SOPHIE L’HEUREUX, JOURNALISTE

Rating plazaQuand j’ai su que Charles-Antoine Crête allait ouvrir un restaurant sur la Plaza Saint-Hubert, je me suis dit « Ça y est,la Plaza a repris son souffle d’antan ! » Car, il faut bien le dire, entre les innombrables boutiques de robes de mariées et de souliers bon marché, elles ne sont pas très nombreuses, les adresses qui valent le détour sur la Plaza.

Sur ce tronçon de la rue Saint-Hubert, qui s’étend de la rue Bellechasse à la rue Jean-Talon, à peine une vingtaine de commerçants semblent tirer leur épingle du jeu et réussissent à obtenir l’affection des citoyens : le restaurant l’Artizan, le Petit Medley, la Queue de Cochon, la fruiterie Pousse l’ananas, le bistro Fixe, la pâtisserie Les P’tits Plaisirs, le bar Le Vestiaire… et, maintenant, le Montréal Plaza.

PlazaQuelle belle idée d’avoir osé ouvrir une aussi belle adresse gastronomique dans ce secteur de la ville, et pour une fois, pas dans le Plateau, le Sud-Ouest ou le centre-ville, qui n’en manquent pas. Est-ce que ce sera suffisant pour en encourager d’autres à venir s’établir dans le secteur ? On l’espère, car ce qu’on a vécu au Montréal Plaza donne assurément le ton à une nouvelle ère dans le secteur.

Qu’est-ce qu’on y a vécu au juste? Tout d’abord, un excellent moment dans une excellente ambiance. Encore fallait-il que les assiettes soient à la hauteur… et elles le furent, mais on admet d’emblée qu’on n’était pas trop inquiets. On en avait déjà entendu beaucoup de bien et la réputation de Crête à la Brasserie T! et au Toqué! — premier restaurant canadien selon le guide gastronomique Canada’s 100 Best Restaurants 2016 — le suivait, non loin derrière…

Quelques mots sur la décoration, avant de passer aux victuailles et à la boustifaille. Le restaurant est d’abord très grand, vraiment très grand. Élément qu’on apprécie beaucoup : il y a de l’espace, ça respire, on n’y est donc pas entassés comme des sardines et on s’entend parler malgré cette musique en sourdine qui arrive à attirer l’attention de temps à autre en raison des impressions nostalgiques qu’elle suscite. Les teintes du restaurant sont assez épurées et les matériaux, rustiques, solides. Dès qu’on y met les pieds, c’est l’aspect à la fois chic et chaleureux qui prend d’assaut le regard. Du bois partout, une belle horloge grand-père qui sonne chaque heure discrètement sur un mur de la salle à manger, des lambrissages de bois blanc sur certains murs, une belle lumière douce, des nappes blanches, des plantes, de grandioses bouquets de fleurs, de belles et sobres colonnes blanches ainsi qu’un long bar. C’est immense, c’est à la fois chic et chaleureux.

Nous avons entamé cette symphonie festive avec deux cocktails originaux, l’un à base de vodka, de jus de clémentine et de mousse de sapin, l’autre au bourbon et… au vinaigre balsamique ! Quand j’aperçois ce genre de choses au menu, j’hésite souvent entre qualifier ces idées de « trip de chef » ou de « probable 8e merveille du monde ». Dans ce cas-ci, même si c’était bel et bien une folie de barman, ce n’est pas seulement inventif : c’est aussi délicieux que surprenant. Et, quand c’est délicieux, cela prend le pas sur tout le reste. Alors on se tait et on laisse les chefs et barmen s’amuser à leur guise, pour notre plus grand bonheur…
Présentées sous forme de portions à mi-chemin entre les tapas et le plat principal, les assiettes, elles, se succèdent et ne se ressemblent nullement. Certaines demeurent plus roboratives que d’autres, comme la tendre crépinette d’agneau ou les étonnants cavatelli à la bolognaise.
PlazaNous avons commencé le repas avec un agréable tartare asiatique de saumon crispy accompagné d’une délicate salade de concombre frais à l’huile de sésame. Le saumon, parsemé de petites miettes de riz déshydraté puis frit (style Rice Krispies), est délectable et on n’arrive pas à en laisser un seul morceau dans l’assiette. Nous choisissons également les légumes d’automne, un savant mélange cru de céleri-rave et de navet tranchés très finement. C’est bon, mais ce n’est pas à mon avis le plat le plus épatant de la soirée. Le plat manque de couleur, de vivacité et de ce petit je-ne-sais-quoi qui donnerait envie d’y replonger. Peut-être parce que c’était l’hiver et que des légumes crus et plutôt blancs nous laissaient sur notre faim de couleurs plus vives ? Pourtant, le plat en question semblait sortir fréquemment des cuisines…

Nous poursuivons ce brillant opus gustatif avec de la mousse de foie de volaille servie avec une pâte de bleuets bien dense et quelques croûtons, ainsi que de délicieux cavatelli sauce bolognaise parfaitement al dente. La sauce est riche et parfaite pour ce soir très froid où nous avons décidé de nous attabler ici. Ce plat réconfort aura été la vedette de la soirée. Comme quoi avec les plats les plus simples, on peut vraiment faire des miracles. Nous terminons les plats principaux avec une crépinette d’agneau bien tendre accompagnée de succulents légumes grillés et d’un morceau de saumon qui se défait à la fourchette nappé d’une onctueuse crème fumée. Enfin, pour dessert, malgré le délice renversant qu’est le dessert au chocolat blanc, c’est encore une fois les arômes de sapin qui volent la vedette avec un rafraîchissant granité aux arômes de ce conifère bien de chez nous.

Plaza

Je suis heureuse de voir la Plaza Saint-Hubert renaître de la sorte. Le restaurant de Charles-Antoine Crête lui confère un nouvel esprit, plus jeune et dynamique, mais qui reste élégant. Elle en avait bien besoin, cette pauvre Plaza. Nous reviendrons sans hésiter nous y attabler ou simplement siroter un verre, quel que soit le temps de l’année. Comme le chantait le refrain publicitaire quand j’étais petite : « La Plaza Saint-Hubert, venez la découvrir ! » Je renchérirai en vous disant de venir la découvrir, et de commencer d’abord par le Montréal Plaza pour vous mettre en appétit.

LE MIEL : tout ce qui nous a été présenté à base de sapin. Un vrai régal tant pour le nez que pour les papilles. Le tartare de saumon et son crispy de riz. La crépinette d’agneau.

LE VINAIGRE : la salade de légumes d’automne est bien croquante et délicate, mais elle gagnerait un peu à se complexifier au chapitre des couleurs et de la pluralité des saveurs.

 

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L’Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également collaboratrice santé à Radio-Canada et pigiste pour d’autres médias.

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