Une autre voix s’est tue

«Pour les médecins qui travaillent quotidiennement auprès de leurs patients, le rôle et les actions du Commissaire à la santé et au...»

L’ABOLITION DU COMMISSAIRE À LA SANTÉ ET AU BIEN-ÊTRE : UNE COUPE DE PLUS QUI FAIT MAL AU SYSTÈME DE SANTÉ

MICHEL WELT, M.D. OBSTÉTRICIEN-GYNÉCOLOGUE,  CIUSSS DU NORD-DE-L’ÎLE-DE-MONTRÉAL 

Une autre voixPromis pendant la campagne électorale de 2003, nommé en 2006, le commissaire avait pour tâche d’évaluer de façon indépendante et objective la performance de notre système de santé. Ce n’était pas rien ! C’était un allié pour tous les soignants et soignés qui, malgré les problèmes d’organisation et les coupes récurrentes, avait toujours à cœur d’améliorer les choses.

L’abolition de ce poste et de son équipe par le gouvernement de Philippe Couillard est particulièrement surprenante. En effet, c’est Philippe Couillard lui-même, ministre de la  Santé, en 2004 qui l’avait créé et annoncé à l’Assemblée nationale avec beaucoup d’enthousiasme.

Qu’on en juge…

« La population (…) disposera d’un rapport provenant d’une institution crédible qui lui donnera l’état de la situation pour le système de santé et des services sociaux. Il est très important pour l’État du Québec de disposer d’un tel mécanisme de reddition des comptes et d’imputabilité. À mon avis, c’est la transparence, l’imputabilité, la mise à nu, la mise en lumière des problèmes qui fait en sorte que les solutions peuvent être apportées…(1) »

À l’époque, la création de ce commissariat nommé par le gouvernement et dépendant directement de lui fut cependant très critiquée, en particulier par les fédérations médicales, les associations d’usagers et certains éditorialistes de la presse. Ils attendaient beaucoup de ce nouveau Commissaire à la santé et au bien-être et étaient déçus, disaient-ils, de son manque d’indépendance. Ils pensaient que le Parti libéral avait renié sa promesse électorale de créer un commissaire à la santé véritablement indépendant relevant de l’Assemblée nationale et non du ministère de la Santé.

M. André Pratte, de La Presse, écrivait d’ailleurs à ce sujet : « Le projet de loi fait plutôt du Commissaire à la santé et au bien-être un serviteur du ministère de la Santé. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est quelqu’un qui diffuse des informations fouillées, pertinentes et claires sur la performance du système de santé. Les Québécois en ont marre des informations partisanes et de la langue de bois des bureaucrates ; ils veulent des faits. » C’était également l’avis de l’Association médicale du Québec (AMQ), de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Malgré ces débuts controversés et les ambiguïtés de son mandat, le Commissaire s’est mis au travail. Et il a beaucoup travaillé, en dix ans.

Quarante-cinq titres figurent désormais au catalogue des publications du commissaire ; des rapports thématiques couvrant les grands ensembles du système de santé publiés de 2009 à 2016 (première ligne, maladies chroniques, santé mentale, périnatalité et petite enfance, etc.), des études sur la performance, des études comparatives avec les autres provinces et d’autres pays, des rapports concernant de nouvelles lois et des sujets d’actualité (procréation médicale assistée, soins de fin de vie, etc.). Ses rapports ont eu un écho variable, mais il s’est efforcé de travailler selon la mission qu’on lui avait donnée avec indépendance, objectivité, rigueur et transparence. Malgré les limites de son indépendance, il a pu tenir des audiences publiques et bénéficier d’un forum de consultation composé de citoyens de toutes les régions et de divers experts.

IllustrationSon rôle d’analyste et de critique, sa relative indépendance et sa capacité de consultation semblaient essentiels au bon fonctionnement du système de santé. La qualité de son travail et sa productivité n’étaient pas remises en cause. Ses analyses et ses rapports étaient très utiles tant aux gestionnaires qu’aux praticiens. Pourquoi alors supprimer ce rouage important de notre système, mis en place avec beaucoup de conviction par l’actuel premier ministre lui-même, instigateur de cette institution ? La raison financière semble peu crédible. Le budget de fonctionnement de 2,5 millions est une minuscule goutte dans le budget de la santé et des services sociaux. Pire encore, son rôle et sa fonction spécifique ne seront pas repris par un autre service.

La raison de cette décision semble plutôt se trouver dans la nature même de l’activité du commissaire. Les sujets que ce dernier comptait aborder prochainement étaient beaucoup plus politiques que ceux des autres rapports thématiques : panier des services assurés, accessibilité, qualité des soins, rémunération des médecins… Dans le contexte politique actuel, une opinion indépendante et des consultations non contrôlées sur ces sujets n’étaient probablement pas souhaitées.

Plus encore, dans l’énoncé de sa vision, le commissaire mettait l’accent sur le point de vue du citoyen, sur les enjeux éthiques et sur la démocratisation du débat.

Disons-le clairement : ce ne sont pas des approches très à la mode dans le réseau ces temps-ci. Comme dans toute chose, les actions récentes du ministre de la Santé ont de bons et de mauvais côtés. Il faut cependant déplorer la destruction systématique de la plupart des structures locales et intermédiaires, la fin de toute participation citoyenne et la suppression des voix indépendantes dans le réseau. Il faut aussi déplorer des administrations de plus en plus lointaines et des organigrammes de plus en plus illisibles. Un réseau aussi vaste et complexe a besoin de respirer ; les médecins, mais aussi tous les professionnels et travailleurs de la santé, les usagers et les citoyens doivent pouvoir participer à la critique et à la gestion de leur milieu de travail et de vie.

Sur cette terre brûlée, il faudra bien replanter des lieux de parole et de débats. Comme l’affirmait Philippe Couillard en 2004, la mise en lumière des problèmes permet d’apporter des solutions.

Plus que jamais, un commissaire vraiment indépendant du gouvernement et défenseur du droit à la santé de tous les citoyens du Québec est nécessaire. Imputable de la production d’un rapport chaque année envers l’Assemblée nationale, il continuerait d’être une voix libre et écoutée. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Le ministre de la Santé et le premier ministre devraient se le rappeler…

Précision : Veuillez noter que les opinions des auteurs des sections Perspectives et du Courrier des lecteurs ne sont pas des positions officielles du magazine Santé inc., de l’Association médicale canadienne ou de ses filiales. Les propos de ces sections n’engagent donc que la responsabilité de leurs auteurs respectifs.

  1. Extrait du discours de Philippe Couillard, en 2004, à l’Assemblée nationale, lors de la présentation du projet de loi créant le poste de commissaire à la santé et au bien-être.

santeinc.com

La parole est à vous!

« Nous avons besoin de ce temps avec notre médecin pour ces rencontres. C’est la vie du patient qui se joue. Qui répondra à nos…»

Docteur Novateur

«Michael Roskies travaille dans le respect de ceux qui sont passés avant lui et cherche avec ferveur à s’améliorer pour ceux qui…»

Briser les murs de l’inconnu

«Il n’y a aucun client, sauf moi, mais la grand-mère qui tient le phare me fait signe d’entrer quand même. Elle me fera à manger même…»

De la poutine chez Trump

«Les restaurateurs ont trouvé leur rythme de croisière. C’est qu’il n’est pas évident de concevoir une carte québécoise susceptible de…»

Chaudrée de fruits de mer

« Avec l’ouverture de Riviera, j’espère apporter quelque chose de nouveau à Ottawa, voire devenir la pierre angulaire de la scène…»

Réalités vigneronnes

«Au cours de mes dernières années dans le monde du vin, j’ai rencontré beaucoup de gens qui rêvent d’acheter un lopin de vignes…»