La visite au vigneron

« Les goûts sont parfois indiscutables. Que le vin vous plaise ou non, partagez votre opinion et votre ressenti avec le vigneron, mais restez poli... »

Bien Boire

PAR JESSICA OUELLET

À YUL, ça grouille de monde. Les joyeux vacanciers affluent à l’aéroport avec un sourire collé au visage et, en mains, des billets incluant dépaysement, aventures et découvertes culinaires. C’est dans cet esprit que l’œnotourisme bat son plein. L’œnotourisme, c’est la rencontre entre le vigneron et le consommateur venu déguster, acheter et comprendre le jus de raisins fermentés. Les prestations sont variées, mais l’élément clé est le caveau de dégustation. Petit précis de la visite chez le vigneron.

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Chaque vigneron est ambassadeur de son domaine et cherche donc à en promouvoir les produits. Cela dit, toutes les entreprises n’ont pas les mêmes moyens et la même volonté d’accueillir les touristes en quête de bonnes bouteilles. En effet, certains présentent des caveaux de dégustation très modernes avec une, voire plusieurs personnes désignées à la vente. Chez d’autres, c’est le vigneron propriétaire qui vous accueille dans un caveau improvisé entre deux cuves en fermentation. Il aura trouvé du temps pour vous accueillir, entre la réparation du tracteur et son lot de travaux à la vigne. Certains ne souhaitent tout simplement pas recevoir de clients. Dans tous les cas, prenez la peine d’appeler avant. L’accueil sera d’autant plus chaleureux.

Dans le même ordre d’idées, évitez les mauvaises surprises en faisant des recherches au préalable. Si les rouges tanniques et boisés vous font frétiller, vous préférerez le sud au nord de l’Hexagone. En Nouvelle-Zélande, la région de Marlborough est plus propice aux vins blancs issus de sauvignon blanc, tandis que Martinborough présente de jolis rouges, souvent des pinots noirs. Voilà de très grandes généralisations, l’essentiel étant de comprendre qu’il importe de connaître le produit vedette de la région viticole visitée. Certains ont la responsabilité de conduire après la visite. Dans ce cas, n’hésitez pas à cracher le vin dans le crachoir présenté à cet effet.

La personne qui vous accueillera aura ainsi l’esprit beaucoup plus tranquille lorsqu’elle vous verra prendre le volant après la dégustation. La quantité de vin versé dans les verres est petite, certes, mais le nombre de cuvées est parfois impressionnant. Clin d’œil aux vignobles alsaciens, où il n’est pas rare de se retrouver face à une vingtaine de flûtes chez un même vigneron. Petit schluck* par ci, petit schluck par là, cela fait bien plus d’un verre.

Les goûts sont parfois indiscutables. Que le vin vous plaise ou non, partagez votre opinion et votre ressenti avec le vigneron, mais restez poli. Et parce que chacun a son métier, évitez les recommandations personnelles. Le vigneron qui se fait dire comment élaborer son prochain vin risque de couper court à la discussion. Marc-Aurèle Fortin n’aurait sans doute pas souhaité qu’on lui dise d’ajouter tel détail à ses tableaux. C’est un peu le même combat qui se joue, ici.

Lors de la dégustation, n’hésitez pas à définir le caractère aromatique du vin. C’est un bon moment pour pratiquer ses narines, et la personne en face de vous se fera un plaisir de vous accompagner. Faites un premier examen olfactif pour déterminer les principaux arômes du vin. Ensuite, tournez le vin dans le verre pour libérer les composés volatils, plus délicats. Faites cela avec précaution et évitez la chemise du voisin. Le vin rouge possède naturellement beaucoup d’antioxydants, et un peu d’aération lui fait du bien. Le vin blanc est généralement plus délicat. Le vigneron fait tout son possible pour limiter le contact avec l’air et les hautes températures. Évitez donc de jouer à la centrifugeuse avec votre verre.

vigneron-ouellet-f1Les domaines offrent parfois la possibilité d’une visite du chai. C’est là où le vin prend forme et est élevé jusqu’à la mise en bouteille. On y retrouve des cuves, des pompes, des tuyaux, des embouts et bien d’autres outils. Entre les flaques d’eau et la dénivellation inattendue, allez-y tranquillement. Les fameuses barriques sont souvent synonymes de ohhh! et de ahhh! Vous pouvez les toucher, mais ne cognez pas dessus. Elles ont un je-ne-sais-quoi de sacré et le vigneron y tient beaucoup.

Vous éviterez donc les sourcillements du principal intéressé en gardant les mains dans vos poches et en posant les questions qui vous viennent à l’esprit. Le vin est aussi synonyme de partage, et votre guide sera particulièrement heureux de constater votre intérêt. À coup sûr, il préférera les gens lui avouant d’emblée leurs connaissances restreintes à ceux qui tentent d’étaler leur savoir en récitant un article paru dans Decanter.

Pour le vigneron, le plus beau des mercis est de voir son vin atterrir sur une nouvelle table. N’hésitez donc pas à faire provision de ce qui a fait plaisir à vos papilles. Lors des achats, rappelez-vous que le vigneron est un artisan et non un marchand de limonade. Les négociations ne sont donc pas chaudement recommandées. Si le volume d’achat justifie une réduction ou un t-shirt à l’effigie du domaine, le vigneron se fera un plaisir de vous en faire part.

vigneron-ouellet-f2Avec vos bouteilles sous le bras, vous pouvez aussi demander des conseils sur les heureux mariages avec la nourriture. Si l’envie vous prend de rapporter un peu plus de vin qu’il est permis à la maison, il vous suffit de conserver les factures des saintes bouteilles et de déclarer le tout aux douanes à l’arrivée. Des frais de droits et de taxes vous seront alors imposés. Afin d’éviter un surpoids de votre baluchon, rappelez-vous qu’une bouteille de vin pèse 1,5 kilogramme.

Lorsque vous serez rendu en territoire québécois, de grâce, laissez les bouteilles tranquilles pendant un bon deux semaines. Un voyage en soute, ça secoue, alors laissez le vin se remettre du périple. Si un éventuel coup de blues se manifeste en vous, n’hésitez pas à faire pop sur un des trésors que vous avez rapportés. Bonne visite!

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Sommelière et blogueuse vins (Le Cellier de Jess).

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