Le dernier des Mohicans

« Robert Salois est de la trempe de ces personnes qui tiennent sincèrement à ce que notre société et notre système de santé ne foncent pas... »

MARIE-SOPHIE L’HEUREUX
Rédactrice en chef

Marie-Sophie l'heureuxEn avril dernier, j’ai eu le privilège de rencontrer et d’interviewer Robert Salois, l’actuel (mais plus pour très longtemps) commissaire à la santé et au bien-être, afin de discuter des circonstances nébuleuses entourant la décision d’abolir le poste qu’il occupait depuis 2006 (voir notre entrevue en page 34). Alors qu’on affublait jusqu’ici cette institution du nom de « chien de garde du système de santé », je peux vous affirmer que le véritable cerbère du système de santé québécois, c’était Robert Salois lui-même.

Poli, franc, droit, affable, souriant, dur, mais juste, intelligent et surtout très empathique, Robert Salois est l’une des rares personnes parmi celles que j’ai rencontrées au cours de ma carrière en santé qui m’a authentiquement impressionnée. Plus je lui posais des questions, plus j’écoutais ses réponses détaillées, plus j’étais convaincue que c’était non seulement une abominable erreur d’abolir une telle institution, mais que c’était une tout aussi une grave erreur d’avoir indirectement discrédité le travail colossal qu’il avait accompli avec sa petite équipe, composée d’une vingtaine de personnes.

Robert Salois n’est pas de cette race de personnes qui prennent le haut du pavé et veulent occuper l’espace public à tout prix ou qui babillent inutilement. On lui a d’ailleurs un peu reproché cela à ses débuts. Très discret, il n’aime visiblement pas être sous la lumière un peu trop crue des projecteurs, et, surtout, il a toujours cru dur comme fer à la nécessité de d’abord établir la crédibilité de « son » institution avant de parler publiquement de tous les dossiers qui l’occupaient ou des ambitions de son organisation.

Faut-il rappeler qu’ils ne sont pas si nombreux, les décideurs et gens d’influence qui font vraiment passer les intérêts publics avant les intérêts privés ? Tout le monde a un ego à protéger ; plus on monte dans les sphères du pouvoir, plus l’ego gonfle et plus on protège ses intérêts. Je généralise, bien entendu. Il n’en demeure pas moins que Robert Salois donne tout sauf l’impression d’être un « homme imbu de lui-même » ou enivré de pouvoir. Ni grandiloquent ni prétentieux, il dit ce qui est, sans fioritures. Bref, il est foncièrement épris de vérité. Ça s’entend et ça se sent dans son discours. Tout cela est trop manifeste pour ne relever que des relations publiques. Et pourtant, du pouvoir, il en avait…

Mais pourquoi vous parler de Robert Salois, qui, de toute façon, prendra sa retraite en août prochain et dont la mission n’avait, à première vue, qu’un vague rapport avec les médecins ?

D’abord, Robert Salois, admire les médecins. Sincèrement. Il a abondamment travaillé avec eux dans le cadre de ses mandats, et, quand il en parle, il relève spontanément à quel point ils travaillent fort. Il trouve d’ailleurs odieux et insensé l’argument selon lequel ils devraient endosser la responsabilité de tous les maux du système simplement en raison de leur rémunération enviable. Pour lui, cet argument est un raccourci facile, même s’il comprend bien pourquoi les médias et l’opinion publique font leurs choux gras du portefeuille des médecins par les temps qui courent. D’ailleurs, il voulait tellement rendre justice aux médecins que les travaux sur leurs modes de rémunération ont été dûment orchestrés par le Fonds de recherche du Québec et encadrés suivant un processus indépendant, scientifique et impartial. Robert Salois voulait à tout prix que ce « dossier chaud », comme il le nomme, soit traité avec la plus grande des  rigueurs. Par respect. Ce respect qu’il porte aux médecins et à leurs patients.

Ensuite, Robert Salois voyait, dans la mission du commissaire à la santé et au bien-être, une occasion inégalée d’essayer d’améliorer le milieu de travail dans lequel les médecins passent leurs journées en rendant compte de la performance et en agissant ainsi en soutien à la prise de décision. Pour lui, cet aspect-là comptait. Il savait trop bien à quel point le bien-être professionnel des médecins passait d’abord par leur milieu de travail et par les outils à leur disposition, plutôt que par leur rémunération. Il comprenait aussi très bien l’incongruité de la menace d’une perte de revenus de 30 % des médecins de famille au profit hypothétique d’autres professions, alors que toutes les solutions les plus porteuses n’avaient été ni testées ni épuisées. Ces solutions, selon lui, ne pouvaient découler que des conclusions d’évaluations scientifiques rigoureuses de la performance de notre système de santé. Selon lui, empêcher ces évaluations et ces analyses essentielles, c’était empêcher le Québec de se doter d’un milieu professionnel agréable pour les médecins. Je suis obligée, en raison de ma formation et de mes valeurs, de lui donner raison.

Comme Paul Lamarche, un ex-sous-ministre considéré comme l’un des ténors du système de santé, Robert Salois est de la trempe de ces personnes qui tiennent sincèrement à ce que notre société et notre système de santé ne foncent pas dans un mur. Courageux, il déplore, presque avec douleur, que la principale difficulté du Québec en matière de santé soit la profonde résistance au changement… et au nécessaire questionnement.

Cher monsieur Salois, plus que jamais, c’est aussi l’aspiration à l’excellence qui est atteinte au Québec, n’en déplaise à ceux qui disent la rechercher. Aucune institution actuelle, malgré ses qualités, ne peut réellement prendre le relais du Commissaire à la santé et au bien-être – dans sa forme actuelle ou tel qu’imaginé, il y a dix ans, par le premier ministre lui-même… Je vous souhaite une bonne retraite, monsieur. Vous la méritez amplement.

A propos de Marie-Sophie L'Heureux

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Marie-Sophie L'Heureux est la rédactrice en chef et éditrice de Santé inc. Elle est également critique gastronomique et journaliste pigiste pour d'autres médias.

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