La parole est à vous!

«J’ai longtemps hésité à rédiger le résumé de cette vie palpitante que fut ma carrière de MBO (médecin bien ordinaire)...»

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AIDE MÉDICALE À MOURIR

cover-sept16Bonjour,

J’ai apprécié l’article sur les objections de conscience à l’aide médicale à mourir dans votre édition de Septembre-Octobre 2016, mais j’ai des objections aux arguments qui y sont développés.

Ma première objection concerne la loi québécoise : nulle part au monde, l’aide médicale à mourir n’a été définie comme un soin. Les pays qui ont légiféré en ce sens ont décriminalisé le geste sans en faire un droit. L’arrêt Carter est similaire : il déclare inconstitutionnel le refus du suicide assisté sans en faire un geste vis-à-vis duquel les médecins ont des obligations.
Or, toute l’argumentation morale de l’article repose sur la prémisse selon laquelle donner la mort à quelqu’un qui la demande est une question médicale et, de ce fait, les médecins qui s’y refusent doivent invoquer, pour ce faire, une clause de conscience philosophique ou religieuse, comme c’est le cas pour l’interruption volontaire de grossesse.

Ce raisonnement est fallacieux pour deux raisons :

1. Rien n’oblige la société à autoriser un patient qui désire mourir à obtenir la mort par l’intermédiaire d’un médecin. Les condamnés à mort aux États-Unis sont exécutés par la même procédure que celle de l’AMM au Québec et aucun médecin n’y participe.LES VOIES DE LA CONSCIENCE

2. L’objection à l’AMM de la part des médecins n’est pas de nature philosophique ou religieuse, elle est d’abord de nature professionnelle ; en effet, toute la médecine rationnelle repose sur la comparaison entre le risque et les bénéfices d’une intervention. Or, le geste qui termine la vie de quelqu’un a des conséquences totalement inconnues pour la personne dont la mort est assistée. La seule certitude qui découle de ce geste est l’arrêt de la souffrance des proches du mourant. Personne ne connaît la mort, ni ce qui se passe pendant, ni ce qui se passe après, s’il y a un après. Affrmer que mettre fin à la vie de quelqu’un fera cesser ses souffrances est donc une affirmation de nature métaphysique qui n’a rien à voir avec la science.
Un citoyen peut accepter que l’évolution de la société ait conduit à l’acceptation de l’euthanasie, mais un médecin ne doit pas accepter d’être instrumentalisé pour évacuer la métaphysique.

Dominique Garrel, M.D.

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ET LA RETRAITE… POURQUOI PAS ?

J’ai longtemps hésité à rédiger le résumé de cette vie palpitante que fut ma carrière de MBO (médecin bien ordinaire).

Il y a 41 ans, je recevais mon diplôme de l’université de Sherbrooke et, quelques jours plus tard, j’unissais officiellement ma destinée à Ginette Hétu, aussi médecin. Puis, vint un internat multidisciplinaire en anglais à McGill ; j’étais en fin prêt, à 24 ans, à affronter la vie.

Premier août 1976 : première garde à l’hôpital Saint-Eusèbe de Joliette. Je me vois encore me présenter à l’infirmière-chef et lui demander comment ça se passe. Sa réponse : « Venez vous asseoir ici, mon bon docteur, je vais vous en faire voir des malades… » Et, croyez-moi sur parole, elle ne m’a pas menti !

Une carrière banale comparée à celle de mes prédécesseurs, mais tout de même bien remplie : 10 ans à l’urgence avec les formations du temps (BCLS, ACLS, ATLS), 1200 accouchements en 20 ans, 25 ans à l’hôpital (formation du premier groupe d’hospitalisation)… Puis, j’ai terminé mon service avec 3000 vasectomies au bureau. Nous avons assuré le fonctionnement de nos bureaux respectifs durant toutes ces années. Puis, ce fut la venue des ordinateurs… Eh non ! ça n’existait pas, du temps de nos études, tout ça ! DME, accès DSQ, logiciels de comptabilité, de traitement de texte, etc. Les apprentissages n’ont jamais été finis.

Les activités paramédicales n’ont pas manqué : 10 ans à l’exécutif de l’Association médicale du Québec, quelques années comme observateur au conseil général de la FMOQ, 1 an au C.A. de l’Association médicale canadienne, 3 ans au C.A. de la fondation de mon hôpital… Ouf ! J’ai, malgré tout, trouvé le temps d’apprendre à piloter des avions pendant 85 heures !

Nous avons eu deux beaux enfants et avons maintenant trois magnifiques petits-enfants, qui savent bien nous tenir en forme et en haleine. Des voyages… pas encore assez : d’Inuvik à Ushuaïa, en passant pas Fort-Chimo, Santiago et Buenos Aires. Le Canada, de St. John’s à Victoria. L’incontournable Floride et les Caraïbes. Le canal de Panama. La Chine, de Shanghai à Hong Kong, en passant par Beijing et Xian. L’Irlande du Sud, Dublin, Édimbourg, puis Londres. La Méditerranée, de Barcelone à Venise. La Provence, de Sainte-Marie-Aix-Saint-Paul à Vence-Cagne-Cannes jusqu’à Menton. La Polynésie : Tahiti, Bora-Bora, Moorea, La Nouvelle-Zélande du Nord, et, prochainement, le Japon. Me suis-je ennuyé ? Pas tellement, comme vous pouvez le constater. J’ai trouvé le moyen de maintenir mes compétences en suivant entre 50 et 60 heures de formation par année, tout en m’impliquant dans mon milieu.

Maintenant, comment aborder la retraite? Actuellement, je vois de 3000 à 4000 personnes par année dans leur intimité. À la retraite… plus personne ne va m’appeler. Les confrères avec qui j’ai travaillé sont soit retraités ou décédés et les jeunes médecins ne me connaissent pas, donc… plus personne ne va m’appeler. Est-ce que ce sera la fin d’une vie ou le début  d’une autre ? Probablement le deuxième choix de réponse.

Récemment, le Collège des médecins retirait le droit de prescrire aux médecins retraités. Qu’en penser ? Chose certaine, il s’agit d’un message clair : on ne veut plus nous voir comme retraités. Mais je suis et serai toujours un médecin quoiqu’il arrive.

Je pense à me faire une réserve de certains médicaments pour quelques années : un petit quelque chose pour dormir en vacances, un antiviral au cas où. J’ai déjà reçu mon Zostavax. Un petit antibio au cas où, une bonne bouteille de sirop antitussif, un peu de Ciclésonide en inhalateur, un peu d’Esoméprazole contre les abus de table, un peu de Vimovo pour contrer les petites douleurs matinales occasionnelles… bref, une petite trousse de survie en réserve pour son mieux-être.

Maintenant que je m’apprête à disposer de 2000 heures minimum par année, que vais-je faire ?

Aller à la pêche plus souvent qu’une fois par année sans être pressé. Suivre à nouveau des cours de musique avec accompagnement par ordi en ayant le temps de pratiquer. Continuer à voyager et à ne pas être pressé. Jouer au golf plus souvent et ne pas être pressé. M’entraîner au gym et ne pas être pressé. Faire du vélo et ne pas être pressé. Sortir et ne pas être pressé. Et pourquoi pas acheter un cabriolet et partir sans être pressé ? Une nouvelle vie, sans être pressé, avec de nouveaux amis.

Ma dernière réflexion est que ceux qui vont m’entourer le feront pour ce que je suis et ce que je serai, et non pour ce que je fus. Je pourrai donc, à mon tour, prendre soin de ma conjointe, qui a pris soin de moi au cours des quarante dernières années, et prendre soin des miens.

Mon objectif est de vendre mes maisons, bureau, chalet, etc. Non pas pour défaire ce que j’ai pris toute une vie à bâtir (c’était mon ancienne conception), mais pour me délester du matériel et vivre autre chose avec ma conjointe (merci à mes amis Richard et Michelle).

En espérant que cette méditation puisse vous apporter réconfort et réflexion, j’espère bien vous compter, chers lecteurs, parmi mes nouveaux amis pour cette nouvelle vie.

Pour terminer, comme le disait si justement le Pape François :

« Regarder le passé avec reconnaissance. Vivre le présent avec passion.
Et embrasser l’avenir avec espérance. »

Michel-André Péloquin, MBOPR
(médecin bien ordinaire préretraité)

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PROTÉGER LA DIGNITÉ

Dans le numéro de Santé inc. de juillet/ août dernier, le Dr Alain Naud a écrit un bel article intitulé « Protéger la dignité ». Il a « l’ouverture, la connaissance et l’expérience pour le faire ».

Pourquoi des médecins ne participent pas à l’aide médicale à mourir ?

2amm-naud-f5Je suis du même pays que le sien, d’un même milieu, mais d’une autre pensée. Je respecte les idées et commentaire du Dr Naud, cela dit. Je pose néanmoins la question : l’AMM est-elle un soin clinique moral, éthique, vraiment, même s’il est parfaitement légal ? Les pourcentages avancés sont-ils bien réels, compte tenu des médecins et des gens de la population qui ne se sont pas prononcés ?

Durant mes nombreuses années d’exercice médical, j’ai traité un bon nombre de personnes en fin de vie et bien d’autres avec des handicaps physiques et psychologiques, et aucune, en fin de vie ou non, ne m’a demandé l’AMM, car je m’efforçais de leur assurer les meilleurs soins contre leurs douleurs ou leurs souffrances. Le Dr Naud, « médecin en soins palliatifs », s’assure-t-il de donner les meilleurs soins palliatifs pour bien apaiser ou soulager les douleurs physiques et les souffrances psychologiques ? L’AMM serait-elle une forme d’euthanasie?

Le mot euthanasie souffre d’une grande ambiguïté actuellement. Selon la meilleure compréhension libre et morale, on ne devrait parler d’euthanasie que dans les cas d’une action posée dans l’intention de donner la mort, pour mettre fin à une vie misérable, avec ou sans douleur et souffrance. Il s’agit alors d’euthanasie volontaire active et directe. Même posé à la demande de la personne malade (ou non), ce geste de donner volontairement la mort est en soi inadmissible. N’en est-il pas ainsi pour les personnes consentantes qui demandent ou qui exigent l’AMM pour soulager douleurs et souffrances ?

Il est bon et nécessaire de préciser que, dans les cas de maladies qui apportent de grandes douleurs et souffrances, il est très légitime d’administrer des médicaments nécessaires pour bien soulager, même si ces médicaments risquent de devancer l’heure de la mort. Il n’y a pas alors d’euthanasie, puisque l’intention n’est pas de donner la mort, mais uniquement de calmer douleurs et souffrances. L’AMM est suggérée ou imposée par des professionnels de la santé et demandée par les personnes en fin de vie ou pas, parce qu’en général des soins de qualité supérieure ne sont pas assurés pleinement et correctement.

Cela étant dit, je ne tente pas d’imposer mes valeurs et convictions. Je ne suis pas un « activiste idéologique ou religieux » qui protège avec ferveur et amour les malheurs des personnes vivantes en fin de vie ou pas. Malgré des consentements libres et éclairés pour l’obtention de l’AMM, les professionnels de la santé doivent bien questionner la vraie et réelle liberté de ces personnes qui la demandent ou l’exigent.

À qui appartient la vie ? La mort, c’est la fin de la vie terrestre. S’il y a des douleurs et des souffrances intenses, c’est le rôle d’un bon soigneur de bien les traiter sans vouloir désirer la mort de ses soignés. Je ne suis pas un opposant médical systématique à l’AMM, qui d’ailleurs utilise la peur, la culpabilité, la confusion, la démagogie, le mensonge ou la désinformation, mais je me permets de ne pas accepter l’euthanasie. C’est une question de respect de l’humain.

C’est bien vrai qu’avec des handicaps physiques ou psychologiques ou des malaises importants, les personnes ont besoin d’être écoutées et suivies avec dignité et amour. Il est toujours du devoir des professionnels de la santé de juger de la valeur et de l’intensité des dommages physiques ou psychiques et de les soulager au maximum, même avec les effets secondaires non désirés.

L’AMM sera toujours très questionnable chez les gens qui « n’en peuvent plus ». Notre « responsabilité collective » sera toujours d’assurer les meilleurs soins contre toutes ces « tristesses » de fin de vie ou bien avant cette fin. Ainsi, « notre humanité et notre science à leur service » contribueront à bien les traiter et à « mourir dans la dignité ».

Dr Émilien Sirois
Lévis

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