Argent heureux

«Nous pensons généralement que nous dépensons déjà notre argent d’une façon qui nous rendra plus heureux...»

PAUL RIOUX , CPA, CA

Le début d’année est souvent propice à la prise de résolutions dans différents domaines de notre vie, que ce soit sur le plan de la santé, des relations familiales, des finances personnelles ou autres. Aussi, le moment nous semblait approprié pour vous présenter les constats du livre intitulé Happy Money (1), qui traite d’un sujet rarement abordé concernant les finances personnelles. En effet, comme le mentionnent les auteurs, il existe une multitude d’articles et de livres sur les stratégies d’investissement et la planification à la retraite, mais très peu sur les façons de dépenser son argent pour en obtenir la plus grande rentabilité. À partir de leur propre analyse et de nombreuses études, ils ont établi cinq principes sur la façon de dépenser son argent pour maximiser son bonheur.

LES CINQ PRINCIPES

  • Acheter des expériences plutôt que des objets ;
  • En faire un plaisir ;
  • Acheter du temps ;
  • Payer avant, consommer après ;
  • Donner.

ACHETER DES EXPÉRIENCES PLUTÔT QUE DES OBJETS

charité-rioux-f3.jpgSelon les auteurs, les choses matérielles procurent moins de bonheur que les achats d’expériences tels que les voyages, les spectacles, les repas avec des membres de la famille ou des amis, etc. La plupart des gens ont fait l’expérience de voir un enfant tout excité en recevant un cadeau qu’il attendait, puis assez vite blasé pour le mettre de côté après quelques minutes et plutôt jouer avec l’emballage ou un autre cadeau. Mais qu’en est-il quand on devient de grands enfants ? Les auteurs abordent le sujet en analysant ce qui représente la plus grande dépense pour une grande majorité d’entre nous, soit l’achat d’une maison. À cet effet, ils font référence à une étude effectuée en Allemagne auprès de familles ayant déménagé parce que leur ancienne maison ne leur convenait plus. La bonne nouvelle, c’est que la satisfaction des membres de ces familles à l’égard de leur maison a augmenté de façon significative. Cet état d’esprit, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne s’est pas dissipé à mesure qu’ils s’habituaient à la nouvelle maison, et ce, même après cinq années. Par ailleurs, même si leur satisfaction par rapport à leur maison avait augmenté, leur satisfaction quant à leur vie en général ou à leur bonheur n’avait pas augmenté.

Aux États-Unis, les résultats d’un sondage produit en 2011 indiquaient que 90 % des Américains considéraient la propriété d’une maison comme la composante centrale du rêve américain. Cela dit, une étude menée dans le même pays se soldait par la conclusion que les propriétaires n’étaient pas plus heureux que les locataires. Si l’achat du bien matériel généralement le plus important d’une vie semble avoir peu d’influence sur notre bonheur, ne devrions-nous pas remettre en question notre façon de voir la manière de dépenser notre argent ? Également, acheter des expériences, c’est se procurer des souvenirs. En prime, le cerveau a la faculté d’embellir les souvenirs passés. Même un voyage où l’on a connu des difficultés peut devenir source de fierté par la suite. Il y a quelques années, à la suite du mauvais fonctionnement de notre automobile à New York, nous étions sortis de l’autoroute et nous nous étions retrouvés en panne dans un secteur très peu recommandable du Bronx. Aujourd’hui, cette aventure fait partie de la mémoire familiale, et les enfants s’en parlent souvent en se taquinant.

EN FAIRE UN PLAISIR

Un thermomètre plongé dans l’eau tiède nous donnera la température exacte, peu importe s’il a été rangé à la chaleur ou au froid auparavant. Les humains ne fonctionnent cependant pas de cette façon. Par exemple, si après avoir plongé votre main dans l’eau froide vous la plongez dans l’eau tiède, celle-ci vous paraîtra chaude. À l’inverse, si vous la plongez dans l’eau tiède après l’avoir plongée dans l’eau chaude, elle vous semblera froide.

Notre système émotif et nos perceptions sont sensibles aux changements. Comprendre ce fait nous permet d’établir des stratégies de dépense pour combattre l’ennui. Nous sommes conscients que le plaisir diminue généralement avec l’usage. Aussi, prendre des pauses dans les activités que nous aimons peut nous les faire apprécier davantage. Par exemple, réserver l’utilisation d’une auto sportive pour des balades et non pas pour les déplacements quotidiens. Il ne s’agit pas nécessairement de diminuer nos dépenses, mais d’en modifier le rythme. Selon les auteurs, il n’y a pas de preuve que diminuer ses dépenses contribue à augmenter le bonheur. Modifier le rythme des dépenses peut aider à en tirer une plus grande satisfaction tout en dépensant moins.

C’est pourquoi il est nécessaire de réapprendre à profiter des petits plaisirs de la vie. Comment ? En prenant conscience que, lorsqu’une activité est toujours offerte, nous finissons souvent par en faire fi en la remettant à plus tard. Par exemple, combien de gens n’ont pas visité les principaux monuments ou points d’intérêt de leur propre ville ?

ACHETER DU TEMPS

charité-rioux-f1Le temps et l’argent sont fréquemment interchangeables. Selon ce principe, il faudrait remettre en question plusieurs dépenses quotidiennes en transformant nos décisions relatives à l’argent en décisions relatives au temps. Un changement de mentalité visant à nous permettre de faire des choix plus heureux. Dans ce but, les chercheurs ont classé les activités en fonction de leur effet sur l’humeur. Ainsi les gens sont rarement de mauvaise humeur lorsqu’ils font de l’exercice, lisent ou font l’amour. Par contre, des activités telles que les déplacements au bureau ou les tâches ménagères sont souvent source de mauvaise humeur. Plus particulièrement, les auteurs analysent trois activités qui accaparent une bonne partie de notre temps : le transport au travail, la télévision et les activités entre amis et membres de la famille.

Les Américains passent, en moyenne, l’équivalent de plus de deux semaines par année à se déplacer entre leur résidence et leur lieu de travail, ce qui représente pour plusieurs l’équivalent de leurs vacances annuelles. Plus de 25 % d’entre eux indiquent que cette activité les rend de mauvaise humeur, ce qui en fait une des pires activités selon le classement en fonction de l’indice du bonheur. De plus, les personnes devant faire de longues heures de transport apprécient moins leur temps libre. Peut-être parce qu’inconsciemment, elles pensent qu’elles ont moins de temps à perdre en en ayant déjà assez gaspillé dans les aller-retour au travail. Parmi les solutions, les auteurs suggèrent d’éviter d’utiliser l’automobile, qui est souvent une source de stress dans le trafic (on n’a qu’à penser à la rage au volant), et d’utiliser plutôt le transport en commun, où l’on peut effectuer des activités plus agréables (ex. : lire) ou plus utiles (ex. : travailler). L’achat d’une maison plus près du travail aurait aussi une répercussion positive sur le bonheur de la famille.

Elle sera souvent plus dispendieuse, mais c’est un bon exemple d’échange d’argent contre du temps avec un impact positif. Même l’achat d’une maison plus petite, si elle est plus près du travail, aurait un impact positif. Par ailleurs, l’Américain moyen passe l’équivalent de deux mois par année à regarder la télévision. La situation est sans doute similaire au Canada. Pourtant, étude après étude, on démontre que les gens ont moins de plaisir à regarder la télévision qu’à s’engager dans des formes plus actives de loisirs telles que la promenade du chien, de l’exercice et même la lecture. Les consommateurs ont acheté des télévisions plus vite que toute autre invention du 20e siècle, incluant les téléphones et les réfrigérateurs.

Cet achat apparaît cependant contreproductif en ce qui a trait au bonheur. Voir notre prochain achat d’un écran plat géant comme un engagement implicite à y rester rivé pendant un sixième de l’année qui suit peut en changer notre perspective. Plus que toute autre activité, la télévision semble être la cause principale de la stagnation de l’indice du bonheur de la population depuis quatre décennies. La plupart des gens reconnaîtront que c’est le temps passé avec la famille ou les amis qui leur apporte le plus de bonheur. Que ce soit partager des repas en famille, jouer avec les enfants ou faire des activités sportives. On dit souvent que l’argent n’achète pas le bonheur. Prenez un moment pour penser au montant d’argent que vous dépensez pour vos activités sociales ou familiales telles que les fêtes d’enfants, les voyages pour aller visiter la famille et les amis ou les repas au restaurant avec votre conjoint. Même aller prendre une bière ou prendre part à un 5 à 7 avec des collègues après une longue journée de travail nécessite des sous. Il en va souvent de même pour la vie de couple. Un client avec qui j’en discutais me racontait que sa mère avait l’habitude de le prévenir : « When money goes out the windows, love goes out the door… ».

PAYER AVANT, CONSOMMER APRÈS

Selon une étude effectuée auprès de plus d’un millier de vacanciers des Pays-Bas, on obtiendrait une plus grande dose de bonheur dans les semaines précédant un voyage que dans les semaines suivant ce voyage.

Les recherches suggèrent que notre cerveau expérimente un « pli dans le temps » qui fait que les événements futurs provoquent plus d’émotions que les événements identiques dans le passé. Les gens ont tendance à voir le futur de façon abstraite, ce qui leur permet d’anticiper avec joie un événement agréable en créant leur propre image. Par exemple, réserver ses vacances permet ainsi d’y rêvasser, de parcourir sur Internet les sites sur la destination, d’en discuter avec les amis, etc. Pour ma part, j’ai toujours eu l’habitude de réserver mes vacances à la dernière minute de peur de ne pas être disponible le moment venu à cause du travail.

Cette année, j’ai réservé mes vacances deux mois à l’avance et j’ai eu l’impression de faire deux voyages : le premier pendant la période d’anticipation, puis le second à l’occasion du voyage lui-même. Un autre aspect positif du paiement à l’avance est que cela peut donner l’impression par la suite que l’événement est gratuit étant donné le fait qu’il a été payé longtemps à l’avance. Ainsi, on peut en tirer un plus grand plaisir.

Dans une autre étude, on demandait à des étudiants universitaires de classer leurs jours favoris de la semaine. Ils ont classé le vendredi (un jour de classe) avant le dimanche (un jour de congé). Pourquoi ? Le vendredi, ils anticipaient avec joie la fin de semaine, tandis que le dimanche, ils étaient hantés par l’approche du lundi. Il s’agit d’une autre façon de montrer que l’anticipation d’un événement futur provoque souvent plus d’émotions que l’événement lui-même. Comme le disait souvent mon père, « il faut toujours s’en garder pour plus tard » (des activités ou moments agréables). L’apparition des cartes de crédit a entraîné une augmentation de la consommation en anesthésiant la douleur associée au paiement. Elles donnent l’illusion que payer dans le futur plutôt que maintenant rendra la chose moins pénible. Les recherches montrent plutôt qu’il y a une forte relation négative entre le bonheur et la difficulté à payer ses factures. En outre, les dettes contribuent à augmenter les conflits dans le couple.

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DONNER

Ce dernier principe se distingue des quatre précédents, qui concernaient des situations dans lesquelles les dépenses sont effectuées pour nous-mêmes. Selon les études récentes, donner ou investir dans les autres peut nous rendre plus heureux que de dépenser pour nous-mêmes. La firme Gallup World Poll a mené auprès de 200 000 participants dans 136 pays, entre 2006 et 2008, une des études les plus exhaustives afin d’établir un profil psychologique des humains. Un des constats de l’étude est que, dans 120 pays sur 136, les personnes qui avaient donné dans le mois précédent étaient plus satisfaites de leur vie. Cette relation s’est confirmée dans les pays riches et les pays pauvres et en tenant compte d’autres facteurs tels que le revenu. Enfin, les auteurs suggèrent trois stratégies visant à maximiser la répercussion des dons sur notre bonheur :

  • En faire un choix Les dons devraient être faits de façon volontaire. Les dons forcés enlèvent le plaisir et ont peu d’impact sur le bonheur.
  • Établir une connexion Les dons à des personnes proches (membres de la famille et amis) ou à des œuvres qui nous tiennent à cœur (pauvreté, environnement, culture, santé, etc.) sont ceux qui ont le plus d’effet sur le bonheur.
  • voir un impact Les dons ayant un effet concret que l’on peut constater ont plus de répercussions même s’il s’agit de petites sommes. On n’a qu’à penser à un programme tel que Vision Mondiale, dans lequel un don est associé à un enfant en particulier.

L’Institut Fraser publiait récemment une étude, faite à l’aide des déclarations de revenus 2014, sur les dons de charité effectués par les Canadiens qui paient de l’impôt (environ 60 % de la population). Selon l’Institut, le Québec se classe malheureusement au dernier rang des provinces canadiennes, et ce, depuis une quinzaine d’années. Certains pour-raient avancer à cet égard que les Québécois paient en général plus d’impôts que les contribuables des autres provinces et qu’une partie de ces impôts sert déjà à assurer des services sociaux plus généreux.

RÉFLÉCHIR POUR ÊTRE HEUREUX

Nous pensons généralement que nous dépensons déjà notre argent d’une façon qui nous rendra plus heureux. Mais est-ce toujours le cas ? J’espère à tout le moins que ce rapide survol des cinq principes avancés dans le livre Happy Money vous donnera matière à réflexion a fin de tirer le maximum de satisfaction de vos dollars dépensés dans l’avenir. Bonne et heureuse année 2017 !

RÉFÉRENCES

1 Dunn, Elizabeth et Michael Norton (2013). Happy Money, The Science of Happier Spending, Simon & Schuster, 224 p.

Paul Rioux CPA Inc.

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Fonds communs pour médecins

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