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«Je sentirais que j’ai mal fait mon travail si je n’accomplissais pas toutes les tâches précédemment lors de sa visite médicale...»

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La recommandation qui stipule qu’il n’est plus nécessaire de voir le patient annuellement et qu’il faut plutôt s’appliquer à mettre en œuvre une approche préventive globale est totalement utopique sur le plan pratique et ne tient pas du tout compte de la réalité et des besoins des patients.

Dans ma clientèle de médecine de « prise en charge » (expression à bannir du vocabulaire médical, car elle déresponsabilise le malade), j’ai plusieurs centaines de patients qui n’ont aucun critère de vulnérabilité, mais qui ont pourtant certainement besoin d’être vus sur une base annuelle.

Je tiens à signaler que ce type de patients représente au moins 50% de nos clientèles. Le reste étant composé d’une clientèle vulnérable, donc beaucoup plus lourde d’une part (40%), et d’une clientèle beaucoup moins lourde d’autre part. Exemple typique d’un de mes patients lourds, mais sans critère de vulnérabilité: Patient de 68 ans souffrant d’ostéoporose et fractures vertébrales, obésité, hypertension artérielle, dyslipidémie, apnée du sommeil, migraine, anémie, maladie artérielle périphérique, hypertrophie bénigne de la prostate, hypothyroïdie, goutte, gonarthrose, polypes du côlon à suivre.

De plus, il est fumeur et prend des médicaments: biphosphonate, irbésartan, amlodipine, AAS, tamsulosine, nastéride, allopurinol, lévothyroxine et triptan au besoin, sans compter les analgésiques de toutes sortes en vente libre. Le questionnaire doit donc obligatoirement porter au minimum sur ses habitudes de consommation du tabac, sur ses fonctions digestives basses, sur ses fonctions urinaires et sur l’apparition possible de nouvelles fractures vertébrales. Et puisqu’il est hypertendu, sur son état de santé cardiovasculaire et rénal aussi.

L’examen doit donc obligatoirement comporter au minimum la prise de tension artérielle et de la régularité du pouls, et porter sur les carotides et les pouls périphériques, la thyroïde, le cœur, les poumons, l’aorte abdominale, la prostate. Je dois également m’assurer que son taux d’hémoglobine est stable, que ses lipides sont à leur cible et que ses fonctions rénales et électrolytiques ne se détériorent pas, que sa dernière TSH n’a pas augmenté, que son test de dépistage du cancer du côlon est récent et que sa dernière ostéodensitométrie n’est pas trop éloignée dans le temps.

À cause de son obésité, il faut certainement que je m’assure qu’il n’a pas développé une intolérance au glucose ou peut-être même un diabète, etc. Cela, sans tenir compte de nouvelles trouvailles fortuites lors de l’examen tels un gain de poids, un nævus suspect… En fin, il faut revoir la médication une à une et la represcrire. Il me semble qu’il est parfaitement légitime, voire fortement conseillé, de reprendre toutes ces étapes de façon annuelle. De toute façon, il me serait impossible de lui represcrire ses médicaments pour 12 ou 18 mois sans avoir auparavant revu, questionné et examiné ce patient de la façon décrite ci-dessus et sans avoir révisé ses plus récentes analyses de laboratoire. Or, il semble que le Collège des médecins ne soutient pas une telle approche ! Selon lui, il n’est pas nécessaire de revoir ce patient tous les ans, et si je devais le voir tout de même, je pourrais me limiter à faire de la prévention ! Je pense que ces médecins du Collège ne vivent pas sur la même planète que nous, les médecins du terrain. Alors que faire avec un tel patient, à qui le Collège me demande de dire qu’il n’est pas nécessaire que je le vois annuellement ? Que lui répondre lorsqu’il me demande qui va lui represcrire ses médicaments dans 12 mois ou 18 mois ? Est-ce le pharmacien ou l’infirmière du GMF (déjà débordée par les autres tâches qu’on lui con e) qui va faire toutes les étapes mentionnées ci-dessus ? Je ne partage pas l’avis qui recommande de voir ce type de patients sur une base ponctuelle au besoin seulement.

Je sentirais que j’ai mal fait mon travail si je n’accomplissais pas toutes les tâches précédemment mentionnées, lors de sa visite médicale, tâches qui m’apparaissent indispensables. D’ailleurs, c’est bien dans ce but que les malades consultent une fois par an: pour faire la mise à jour de leur état de santé et, surtout, de leurs médicaments. On ne voit pas que des grippes en médecine de « prise en charge » ; c’est même plutôt l’exception. Nous, les médecins de famille, avons une énorme responsabilité: celle de s’assurer que les malades porteurs de maladies chroniques sont régulièrement et adéquatement suivis, n’en déplaise aux administrateurs de la santé. Il est évident que l’examen annuel ne convient pas au patient en bonne santé, mais il faut rappeler que ces patients en bonne santé ne constituent qu’une minorité de nos clientèles et que, de toute façon, ils ne consultent en général qu’au besoin. Cessons de mettre tout le monde dans le même panier et attardons-nous aux besoins individuels et réels de nos patients aux prises avec des maladies chroniques, qui sont le gros de nos clientèles.

Dr Daniel Benaïm

santeinc.com

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