Vieilles bouteilles, frais bonheur

«D’un point de vue vigneron, le bouchonnage reste l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. C’est aussi la seule qu’il...»

JESSICA OUELLET

Les vieilles bouteilles ont quelque chose de mythique. Elles sèment la curiosité dans le regard des amoureux du vin. Certaines régions viticoles sont plus reconnues que d’autres pour les vins de garde. Prenons le cas du Cahors, en France. En jeunesse, ce rouge présente des tanins particulièrement austères. Avec le temps, ces derniers s’affinent, et le résultat est beaucoup plus agréable au palais. Ceux qui savent attendre connaissent de belles surprises. On ne sert pas un vieux vin comme un autre, et il importe de ne pas le juger de la même façon non plus. Afin d’optimiser la dégustation d’une bouteille qui a traversé des décennies, voici quelques conseils pratiques.

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Le temps a cette fâcheuse tendance à détériorer les étiquettes des petites perles que vous avez pu accumuler depuis belle lurette. Il est un peu dommage de ne pas savoir ce qu’on ouvre, tant l’écoulement des années a mis son grain de sel. Afin de préserver au mieux l’étiquette des bouteilles que vous devez attendre, enveloppez-la à l’aide d’un bout de pellicule plastique. Il n’est pas nécessaire d’en mettre douze couches. L’idée est simplement de la protéger contre un dégât d’eau ou un taux d’humidité trop élevé par exemple. Même si vous êtes l’un de ces veinards ayant une jolie cave à vin, vaut mieux prévenir. Pas nécessaire de le faire, cela dit, pour toutes les bouteilles que vous faites entrer chez vous.

Les vins destinés à un long vieillissement sont généralement munis de liège. Avec la succession des ans, cette matière naturelle se détériore. Les chances de casser le bouchon en ouvrant la bouteille, quant à elles, augmentent dangereusement. Afin d’éviter les miettes de liège et d’avoir à boire et à manger dans le verre, ce qui n’est pas forcément agréable, il importe d’adapter son coup de poignet. Pour ce faire, entrez la vrille du tire-bouchon jusqu’à ce qu’elle traverse complètement le liège. Tirez ensuite délicatement vers le haut. Il n’est pas nécessaire d’avoir des muscles d’acier, puisque le liège perd de son élasticité avec le temps. Vous serez surpris de constater la facilité de l’opération.

Dans les vieilles bouteilles, il manque parfois quelques millimètres de vin. C’est ce qu’on appelle la part des anges. Les plus rationnels diront qu’il s’agit simplement de la part de vin qui s’évapore… dans le bouchon. Si ladite vieille bouteille présente un manque qui se calcule en centimètres, les anges ne sont plus en cause — ils ne sont pas aussi gourmands. Fort à parier qu’il s’agit d’une couleuse, une bouteille qui a malencontreusement laissé entrer de l’air par manque d’étanchéité ; le vin est donc oxydé. Des écarts de température sont souvent à la source du problème. Dans ce cas, le bouchon est généralement moisi, violenté par les échanges entre l’air et le jus de raisin fermenté.

D’un point de vue vigneron, le bouchonnage reste l’ultime action œnologique dans l’élaboration d’un vin. C’est aussi la seule qu’il ne contrôle pas.
Un véritable budget est déployé afin d’assurer un vieillissement optimal : le prix d’un seul bouchon varie de dix centimes à un euro. Malgré toutes les précautions du vigneron, rien n’empêche le consommateur de reboucher ses vins dix ans plus tard.

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Prenons par exemple les vins achetés à la naissance d’un bébé en vue de son dix-huitième anniversaire. Ces petits trésors présentent un risque accru. Si vous aviez prévu une douzaine de bouteilles, ouvrez-les toutes. Utilisez l’une d’elles afin de mettre les autres au niveau. Un chouia devrait suffire. Afin d’être super précis, regardez sur le cul de la bouteille. Vous y trouverez une mesure inscrite telle que 75 centilitres à 55 millimètres. Dans ce cas, le liquide devrait être à 55 millimètres du bouchon. Il ne sert à rien de remplir la bouteille plus que ça : l’alcool prendrait alors un malin plaisir à le détériorer prématurément. À l’aide d’une boucheuse et de nouveaux bouchons, refermez le tout. Vous serez étonné de la simplicité de la chose. La bouteille sacrifiée peut être utilisée pour goûter le nectar. En fait, je vous le conseille fortement. Il est intéressant de suivre l’évolution du vin pour la progéniture. N’hésitez pas à prendre des notes que vous pourrez ressortir quelques années plus tard.

Certaines appellations sont conçues pour vieillir avec plus d’élégance que d’autres certes, mais il importe de se laisser surprendre par la transformation de certaines bouteilles. J’entends à tort et à travers toutes sortes de préjugés au sujet des vins blancs, qui vieillissent mal (faux), et de rouges qui, à tous les coups, donnent des pépites (tout aussi faux). Le monde du vin est particulièrement complexe, et le nombre d’exceptions à la règle est plus important que dans une grammaire française. C’est peu dire ! Dans tous les cas, les vieilleries ont souvent beaucoup à raconter et se suffisent pratiquement à elles-mêmes. Du coup, on les déguste tranquillos et on évite les accords complexes avec le bon manger.

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 LES SUGGESTIONS DE JESSICA

Pinot blanc, Domaine Trimbach, 2016 [CODE SAQ 00089292 PRIX 19,95 $]

Les amateurs de vins alsaciens connaissent sans doute le Domaine Trimbach (prononcer Trim-Barr), situé dans le village touristique de Ribeauvillé. Les vins brillent à l’international, comme en témoigne celui-ci. Dans le pinot blanc, nous retrouvons des arômes de poire et de fleurs blanches. En bouche, le vin s’avère frais : on a l’impression de croquer dans le raisin. Présentez-le à des charcuteries pour un apéro improvisé, il en sera des plus heureux.

Bandol rosé, Domaine Tempier, 2016 [CODE SAQ 12150807 PRIX 38,25 $]

Je suis une fan de bandol rosé. Cette appellation est surprenante en bouche et traverse les années avec grâce. Un coup de blues par temps gris ? Le vin à la couleur de princesse donnera un coup de pep à un take-out à saveur vietnamienne. Issu d’un assemblage de mourvèdre, de grenache, de cinsault et de carignan, il offre de la pêche et des fleurs blanches au nez. En bouche, le vin est sec et présente beaucoup d’amplitude.

Chorey-lès-Beaune, Domaine Catherine & Claude Maréchal, 2013 [CODE SAQ 12450172 PRIX 40,75 $]

J’ai découvert ce vin en France, et je suis particulièrement heureuse de le retrouver sur les tablettes au Québec. Ce 100 % pinot noir est un produit Cellier. En d’autres mots, faites vite ! Dans le verre, des arômes de kirsch et de thé se côtoient. En bouche, le vin est frais, et les tanins sont charnus. Élégant et finement boisé en bouche, il ira de pair avec les dernières grillades de l’été.

Mots-Clés :

Sommelière et blogueuse vins (Le Cellier de Jess).

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