Batir un avenir meilleur sur le plan de la sante

Les bons patrons

«Les résidents n’aiment pas se sentir jugés quand ils posent des questions. S’il y a jugement, le résident peut même aller jusqu’à s’abstenir...»

GUY SABOURIN

Les résidents rencontrent des patrons exemplaires et d’autres moins remarquables durant leur formation. Mais quelle est la recette qui fait un bon patron, du point de vue de l’apprenant ? Quels sont les bons ingrédients ?

« Ce n’est pas un, mais plusieurs éléments qui définissent le bon patron », indique d’entrée de jeu le Dr Christopher Lemieux, président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ). Voici donc les principaux, dans le désordre.

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Le bon patron sait prendre ses distances lorsque nécessaire à mesure qu’évolue l’autonomie d’un résident. « Le résident s’attend à plus d’encadrement au début, à plus d’autonomie vers la fin, explique-t-il. Sur le terrain, toutefois, on voit aussi le contraire. »

« Il n’abuse pas de son autorité sur la personne en formation qu’il supervise, ajoute le Dr Claude Rajotte, médecin-conseil au Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), qui a aussi été patron durant 35 ans et qui reçoit aujourd’hui des résidents, entre autres, au PAMQ. Il est capable d’échanger d’égal à égal. Il peut donner une rétroaction constructive basée sur des faits et non sur un jugement. Il est capable de créer un environnement d’apprentissage stimulant et sécuritaire. »

Son autorité ne se manifeste pas de façon brutale en cherchant à coincer le résident parce qu’il ne sait pas certaines choses. Au contraire, le bon patron réfléchit avec le résident. « Tout se joue dans le ton, précise Claude Rajotte. Plutôt que comment se fait-il que tu ne saches pas cela ?, il dira : il te manque un élément d’information ; en as-tu entendu parler ? Non ? Ce serait alors pertinent d’aller consulter telle source. Je dirais que je travaille avec mon résident comme avec mon patient, poursuit-il. Je fais preuve de respect, de compréhension, je cherche à savoir ce que le résident cherche à comprendre. Je mise sur ce que je voudrais qu’il sache ou comprenne et je crée un échange avec lui pour l’amener dans la même compréhension. »

Le bon patron sera également un modèle à plusieurs titres. « C’est la personne à propos de laquelle on pourrait se dire : c’est ce que je veux être plus tard, je veux lui ressembler et interagir de la même manière avec les patients, les familles, les infirmières, les collègues médecins », souligne Christopher Lemieux.

Autre élément majeur à ses yeux : la disponibilité. « On ne doit pas se sentir mal à l’aise de le déranger. » En plus de l’apprentissage au jour le jour, le résident travaille sur des projets longitudinaux. Il communique par courriel avec son patron et, pour que les choses avancent, il faut que les réponses arrivent. Parfois, c’est trop long. « Lors des journées où la charge clinique est plus importante, on aime bien aussi que le patron mette la main à la pâte plutôt que de rester enfermé dans son bureau », illustre Christopher Lemieux, tout de même conscient que le patron d’aujourd’hui doit se débattre avec une grande charge hospitalière.

Le bon patron est aussi un facilitateur. Il a des attentes envers les résidents et les pousse à aller plus loin. « Mais ses attentes doivent progresser raisonnablement par rapport au niveau de résidence, condition qui nous permet de dépasser nos limites, de devenir meilleurs sur certains points », précise Christopher Lemieux.

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Les résidents n’aiment pas se sentir jugés quand ils posent des questions. S’il y a jugement, le résident peut même aller jusqu’à s’abstenir de poser sa question, demeurer dans l’ignorance et augmenter ainsi son risque de commettre une erreur. « Certains patrons n’aiment carrément pas se faire poser de questions », déplore Christopher Lemieux.

L’un des mentors de Claude Rajotte disait : « Vous avez le droit de ne pas savoir, c’est pour ça que vous êtes en formation. Mais vous n’avez pas le droit de ne pas chercher à savoir. » Car dans l’exercice même de la médecine, et encore davantage aujourd’hui, il faut être des apprenants à vie. Cela s’applique aussi bien au résident qu’au patron.

D’ailleurs, pour la Dre Guylène Thériault, vice-doyenne adjointe à la formation délocalisée de la faculté de médecine de l’Université McGill et membre du CA de l’Association médicale du Québec (AMQ), un bon patron, avant tout, est un médecin qui désire encore constamment apprendre et qui comprend qu’il y a plusieurs façons d’aborder un problème. Pour elle, le bon patron n’impose pas une façon de faire ; il guide plutôt le résident dans la recherche de la bonne réponse pour le patient qu’il a devant lui.

« J’ai personnellement appris des tonnes de choses avec des résidents, renchérit-elle. Les résidents amènent le patron vers toutes sortes de nouveautés et vers des questionnements pertinents. Ils l’incitent à conserver son œil critique envers la pratique en général, sa propre pratique, envers la littérature, envers les comportements acceptables et irrecevables. Je trouve que l’ouverture par rapport à notre apprentissage constant en tant que patron est prioritaire. J’ai tendance à croire que les patrons sont des personnes qui aiment apprendre, ce qui explique leur présence auprès des résidents. »

Le bon patron, pour elle, doit donc être capable de se remettre en question, de se dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas vu les choses sous cet angle-là » et d’aller ensuite chercher de nouvelles notions avec son résident.

La résidence est difficile, et dans le passé, les patrons disaient à leurs résidents : « Je suis passé par là, c’est à ton tour. » Claude Rajotte reçoit régulièrement au PAMQ des résidents victimes d’une mentalité qui dit en substance que la résidence est une souffrance obligée. Il voit de bons résidents qui sont un jour ou l’autre déstabilisés par des patrons ayant des comportements inappropriés ou qui manquent de compréhension.

Il arrive, par exemple, qu’un résident soit bouleversé par un événement dans sa vie personnelle. S’il a rompu avec sa blonde ou si sa mère a reçu un diagnostic de cancer, sa performance, habituellement très bonne, peut baisser subitement. Un bon patron peut le comprendre.

« Une telle attitude [intransigeance, incompréhension, fermeté] existe encore, majoritairement chez des patrons plus âgés, exceptionnellement chez des plus jeunes, mais c’est devenu plus anecdotique que monnaie courante, mentionne Christopher Lemieux. Les mentalités ont quand même évolué ces dernières années. »

Constat semblable chez Guylène Thériault. « Je ne dis pas que ça n’existe plus du tout dans certaines spécialités, mais je pense que nous sommes en train de passer à autre chose. En tout cas, en médecine de famille, nous l’avons fait. »

En plus de savoir faire, le médecin doit savoir être. « On ne veut pas qu’il soit juste une tête pleine de connaissances, on désire aussi qu’il ait du jugement, la capacité d’entendre la souffrance, de fournir des explications et des raisonnements éclairés, enfin, de prendre le temps avec les patients pour le faire, signale Claude Rajotte. Il doit être capable de mimer ces comportements – en les observant chez ses patrons. Si on pense que l’humanité est importante en médecine, c’est lors de la résidence qu’on peut l’apprendre. »

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Un résident peut avoir à cœur, par exemple, l’apprentissage de la manière d’annoncer une mauvaise nouvelle à un patient. Si le patron qui l’évalue fait exactement l’inverse et lui dit « Ne perds pas de temps avec ça », et le note négativement s’il persiste à le faire, ça devient un non-sens pour le résident. « Cela est hyperperturbant pour lui », précise Claude Rajotte.

Le bon patron est également capable de susciter l’esprit critique et le questionnement. Envers la médecine en général, à l’endroit de sa propre pratique. « Il faut savoir traiter le patient, c’est bien entendu la première chose, indique Guylène Thériault. Mais au-delà de ça, surtout dans le contexte d’aujourd’hui, le résident doit être amené à se demander : ai-je vraiment besoin de ce test-là, ou de ce traitement-là ? Y a-t-il d’autres façons d’aborder le problème, tout aussi pertinentes pour le patient, sinon meilleures, et qui auront moins d’impact sur la population, globalement ? Parce qu’aujourd’hui, nous sommes redevables envers les patients, bien sûr, et envers la population que l’on sert. Le bon patron doit donc avoir un esprit critique et toujours penser à la pertinence quand il enseigne.

PAS DE PERFECTION CHEZ LE PATRON

Le patron parfait pas, ajoute Christopher Lemieux. La majorité des patrons possèdent certaines des aptitudes mentionnées, à différents degrés, mais rarement toutes à la fois.

« Comme résident, on doit être capable de vivre avec la diversité et d’aller chercher le meilleur de ce que chaque patron peut nous offrir », croit Christopher Lemieux. Cette diversité, elle existe aussi chez les patients. « L’important, c’est qu’un résident crée sa propre identité de patron à partir des nombreux patrons qui traversent sa résidence », souligne Guylène Thériault.

SE FORMER POUR ÊTRE UN BON PATRON

Les exigences et les attentes augmentent, les technologies explosent, les connaissances à acquérir ne cessent de croître.

Les patrons doivent pouvoir ajuster leur enseignement aux nouvelles réalités de la médecine, souligne Claude Rajotte. Il existe des formations professorales offertes dans les grands milieux d’enseignement, mais aussi dans les plus petits milieux, sur demande. « L’important, c’est d’être à l’écoute du résident et ouvert. Il n’y a jamais juste une façon de faire », rappelle Guylène Thériault.

 

Guy Sabourin est journaliste et rédacteur pour différents médias et publications.

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