CMA NHS Santeinc.com LB 5Jul2018

Le bitcoin décodé

Une cryptomonnaie désigne une monnaie virtuelle qui n’est ni émise ni régulée par une banque centrale. Contrairement aux monnaies...

GUILLAUME CHOQUETTE, Pl. Fin.

L’escalade du bitcoin a sans contredit marqué l’année 2017, et ce dernier n’a pas fini de faire la manchette. Cette cryptomonnaie séduit par sa promesse de profits vertigineux, mais ses fluctuations importantes imposent la prudence. Dans ce contexte, l’investisseur aura tout intérêt à bien se renseigner pour prendre des décisions éclairées. Comment fonctionnent le bitcoin et sa technologie sous-jacente ? Quels sont les risques associés aux monnaies virtuelles ? Où en est la réglementation ? Voilà autant de questions qu’on abordera ici brièvement afin de démystifier le sujet.

QU’EST-CE QU’UNE CRYPTOMONNAIE ?

Une cryptomonnaie désigne une monnaie virtuelle qui n’est ni émise ni régulée par une banque centrale. Contrairement aux monnaies classiques comme le dollar ou l’euro, elle n’a pas cours légal et ne dépend aucunement de la politique monétaire des banques centrales. La monnaie cryptographique repose sur un réseau informatique, et des algorithmes de chiffrement permettent de la générer et d’effectuer des transactions anonymes sur Internet, de poste à poste.

On dénombre à l’heure actuelle plus d’un millier de cryptomonnaies, dont le populaire bitcoin. Lancé au début de 2009, au lendemain de la crise financière, le bitcoin a été créé par Satoshi Nakamoto, pseudonyme utilisé par un développeur (ou plusieurs) dont l’identité reste aujourd’hui nébuleuse. Le rôle des gouvernements et des banques dans la crise de 2008 avait fait naître une volonté de se distancier du modèle bancaire traditionnel. L’objectif était d’instaurer un système pour permettre les transactions de personne à personne par un réseau d’ordinateurs, à moindre coût et sans la participation de tiers, à savoir les banques. C’est le bitcoin et sa technologie sous-jacente, la chaîne de blocs (blockchain), qui ont permis de concrétiser ce projet.

LA MÉCANIQUE DU BITCOIN

La technologie derrière le bitcoin est un peu complexe, et il n’est évidemment pas nécessaire de tout comprendre pour qui veut simplement utiliser cette monnaie virtuelle. Mais comme la chaîne de blocs est appelée à faire son chemin dans plusieurs secteurs, quelques explications permettront d’en saisir le fonctionnement de base.

LE BITCOIN DÉCODÉ

La chaîne de blocs du bitcoin est essentiellement un livre comptable accessible à tous sur Internet. Ce livre contient l’historique de toutes les transactions conclues et ne permet aucune suppression ni modification. Seuls les ajouts sont possibles. Les transactions sont regroupées en blocs, qui, les uns à la suite des autres, forment une chaîne, la chaîne de blocs. Certains ordinateurs du réseau informatique, les nœuds, conservent chacun une copie de la chaîne de blocs, ce qui réduit les risques de perte d’information. Les transactionnaires sont représentés par une clé publique et une clé privée, soit des séquences aléatoires de chiffres et de lettres servant à préserver leur anonymat. Lorsque la transaction entre dans le réseau, elle est interceptée par un mineur, l’opérateur d’un nœud, qui a pour tâche de la valider. Le mineur insère la transaction dans un bloc en construction, qui, une fois complet et validé, est ajouté à toutes les copies de la chaîne de blocs. Le mineur touche une rémunération en bitcoins pour son travail. Toute nouvelle transaction est traitée de cette façon.

À moins d’être mineur, pour se procurer des bitcoins, il faut se tourner vers une plateforme ou une bourse de négociation de cryptomonnaies (comme QuadrigaCX, Cancoin, Coinsquare, Coinbase), où l’on peut échanger de l’argent « réel » contre des bitcoins (et l’inverse). Des guichets automatiques spécialisés permettent aussi de le faire, mais leur nombre reste limité au Québec. Le détenteur de bitcoins les conserve dans un portefeuille virtuel, qui n’est rien d’autre qu’une application mobile ou un logiciel. Il peut alors transférer sa cryptomonnaie à une autre personne ou acheter des biens ou des services chez les quelques marchands qui les acceptent. Pourquoi le nombre de marchands est-il si restreint ? L’utilisation du bitcoin à plus grande échelle comme mode de paiement est freinée entre autres par son extrême volatilité.

LE RISQUE EN VAUT-IL LA CHANDELLE ?

En cinq ans, le cours du bitcoin est passé d’à peine quelques dollars à plusieurs milliers, mais il a littéralement explosé en 2017… pour mieux plonger en début d’année.

Il peut être tentant de vouloir garnir son portefeuille de bitcoins, mais les monnaies cryptographiques restent des placements hautement spéculatifs, et l’investisseur risque d’y laisser sa chemise.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) met d’ailleurs les investisseurs en garde contre les risques associés aux monnaies cryptographiques.

Mentionnons d’abord la volatilité, qui tient au fait que la valeur d’une monnaie virtuelle dépend du jeu de l’offre et de la demande ainsi que de l’intérêt que lui porte le public, notamment en raison de la couverture médiatique.

Ensuite se pose également le problème de la liquidité. L’échange d’une monnaie virtuelle contre une monnaie ayant cours légal peut s’avérer difficile, car les plateformes de négociation ne sont pas encadrées par des organismes de réglementation ni une banque centrale.

Le vol et le piratage informatique font aussi partie des risques. Bien que la chaîne de blocs soit une technologie robuste et fiable, les applications de portefeuille et les plateformes de négociation, quant à elles, sont beaucoup plus vulnérables. Ces plateformes peuvent stocker des milliards de dollars d’actifs, un butin de rêve pour les pirates informatiques.

Qui plus est, si un problème survient à l’achat de biens ou de services avec une cryptomonnaie, dans bien des cas, le consommateur ne bénéficie d’aucune protection juridique.

Les monnaies virtuelles, faut-il le rappeler, ont été associées à la fraude, au blanchiment d’argent et à des activités criminelles ou terroristes. Cela dit, les monnaies ayant cours légal ne sont pas non plus à l’abri.

Enfin, les transactions avec des cryptomonnaies ne sont pas couvertes par le Fonds d’indem­nisation des services financiers ni par le Fonds d’assurance-dépôts.

LA RÉGLEMENTATION EST APPELÉE À ÉVOLUER

Afin de mieux protéger les investisseurs, plusieurs pays, dont la Corée du Sud, la Chine, la France et l’Allemagne, ont déclaré récemment leur volonté de resserrer la réglementation entourant les cryptomonnaies. Le gouvernement canadien, pour sa part, n’a pas indiqué clairement ses intentions à ce chapitre, mais il continue de surveiller l’évolution des monnaies virtuelles. Des changements sont à prévoir dans la réglementation relative aux valeurs mobilières, au blanchiment d’argent et au traitement fiscal des cryptomonnaies.

Selon les directives préliminaires de l’Agence du revenu du Canada, la cryptomonnaie serait considérée comme une marchandise plutôt que comme une monnaie. Son utilisation pour payer des biens ou des services constituerait donc une opération de troc et serait imposée comme telle. Rappelons toutefois que les cryptomonnaies évoluent rapidement et que bien des aspects de leur traitement fiscal restent à définir.

LA VRAIE PROMESSE DU BITCOIN : LA CHAÎNE DE BLOCS

La chaîne de blocs évolue rapidement et est en voie de révolutionner les façons de mener des affaires. Selon la Banque du Canada, cette technologie a le potentiel de remplacer des systèmes transactionnels entiers, notamment des systèmes de paiement de base. Les institutions bancaires s’y intéressent de près, que ce soit pour le traitement des opérations au comptant ou pour la négociation des valeurs mobilières, dans l’optique d’améliorer l’efficacité et de réduire les délais de règlement et les coûts. Outre les banques, de nombreuses entreprises investissent dans le développement de la chaîne de blocs, qui offre des applications prometteuses dans plusieurs secteurs d’activité.

En santé, la chaîne de blocs pourrait être mise à profit pour la gestion des dossiers médicaux de patients afin d’améliorer l’accessibilité, la confidentialité et l’intégrité des données. Dans le secteur pharmaceutique, son application à la traçabilité des médicaments pourrait soutenir la lutte contre la contrefaçon. Il ne fait aucun doute que cette technologie va perdurer, mais il reste encore bien des étapes à franchir avant son adoption à grande échelle.

LE BITCOIN DÉCODÉ

En résumé, le bitcoin et les autres cryptomonnaies font désormais partie du paysage financier. Il n’en reste pas moins que ce sont des placements risqués. Si les gains font rêver, les pertes potentielles peuvent être spectaculaires. Pour les monnaies virtuelles, le mot d’ordre pourrait se résumer à : « N’investir que ce qu’on est prêt à perdre. » Pour ce qui est de la technologie de la chaîne de blocs, bien qu’encore au stade expérimental dans plusieurs secteurs, elle est vouée sans aucun doute à un avenir prometteur. C’est peut-être de ce côté que se trouvent les possibilités de placement les plus intéressantes…

Précision : L’information contenue dans le présent document ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels d’ordre fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant. Les recommandations sur la constitution en société se limitent à la répartition de l’actif et à l’intégration des personnes morales dans les plans financiers et les stratégies de gestion de patrimoine. Toute information d’ordre fiscal ne s’applique qu’aux résidents canadiens et s’appuie sur le droit canadien de l’impôt en vigueur, notamment sur l’interprétation judiciaire et administrative en la matière. L’information et les stratégies ci-indiquées peuvent ne pas convenir aux personnes des États-Unis (citoyens, résidents ou détenteurs d’une carte verte) ou aux non-résidents du Canada, ni dans des situations mettant en cause de telles personnes. Les employés du groupe de sociétés MD ne sont pas habilités à déterminer si un client est considéré comme une personne des États-Unis ou soumis à des obligations de déclaration de revenus, au Canada ou à l’étranger. Le service ExO MDMD offre aux clients des conseils et des produits financiers par l’entremise du groupe de sociétés MD (Gestion financière MD inc., Gestion MD limitée, la Société de fiducie privée MD, la Société d’assurance vie MD et l’Agence d’assurance MD limitée). Pour obtenir une liste détaillée de ces sociétés, veuillez consulter notre site à md.amc.ca. Gestion financière MD inc. offre des produits et services financiers, la famille de fonds MD et des services-conseils en placement par l’entremise du groupe de sociétés MD. Gestion financière MD inc. est une propriété de l’Association médicale canadienne.

 

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