Chaleureuse Sicile

L’Italie constitue, avec la France, un des plus grands producteurs de vin au monde. On se consacre d’ailleurs à la culture de la vigne dans toutes ses régions, sans exception.

Chaleureuse Sicile

PAR DANIEL BERGERON

L’Italie constitue, avec la France, un des plus grands producteurs de vin au monde. On se consacre d’ailleurs à la culture de la vigne dans toutes ses régions, sans exception. Du nord au sud, on trouve une variété presque infinie de vins possédant des caractéristiques différentes qui sauront charmer et surprendre l’amateur de vin. La région la plus au sud de ce magnifique pays est la plus volumineuse île de la Méditerranée, la Sicile.

On y élabore ce divin nectar depuis des temps très reculés. Au début, ce furent les Phéniciens qui s’adonnèrent à sa production et ensuite, vers le 8e siècle avant Jésus-Christ, les Grecs apportèrent leur expertise et permirent aux Siciliens de devenir maîtres dans la culture de la vigne. Au fil du temps se succédèrent les Romains, les représentants de l’Église, les Normands et les Espagnols jusqu’à l’arrivée, en 1880, du phylloxéra, un puceron qui ravagea les vignes partout en Europe et détruisit une grande partie de la culture viticole sicilienne. Heureusement, l’utilisation du porte-greffes permit de mettre fin à ce fléau, et les vignes furent replantées. Aujourd’hui, les techniques modernes de vinification permettent de fabriquer des vins plus accessibles pour le consomma- teur de vin de Sicile.

Cette merveilleuse et chaleureuse région est constituée de 23 DOC (Denominazione di Origine Controllata — Dénomination d’origine contrôlée), 1 DOCG (Denominazione di Origine Controllata e Garantita — Dénomination d’origine contrôlée et garantie) et 6 IGT (Indicazione Geografica Tipica — Indication géographique typique). Elle possède, avec la région des Pouilles, la plus grande superficie de vignobles d’Italie et on y produit annuellement environ 9 millions d’hectolitres de vins (tableau 1). Même si quantité n’est pas gage de qualité, il est possible pour le consommateur avisé d’effectuer de bonnes prises tant au chapitre des vins blancs que des rouges. En effet, le climat chaud, ensoleillé et sec de la Sicile peut donner une maturation idéale du raisin et permettre de produire des vins aux arômes à la fois intenses et élégants.

Les cépages utilisés pour la fabrication des vins peuvent être internationaux ou régionaux. Dans le cas des cépages internationaux, notons le chardonnay et le sauvignon blanc pour les blancs, et en rouge, le cabernet sauvignon, la syrah et le merlot. Pour ce qui est des cépages locaux, les producteurs disposent d’une grande diversité, dont le catarratto et l’inzolia (insolia) en blanc, ainsi que le néro d’avola (calabrese) et le frappato pour les vins rouges.

L’inzolia, aussi appelé ansonica en Toscane, est considéré par plusieurs comme un des meilleurs cépages utilisés pour la production de vins blancs de Sicile. Il se caractérise par ses arômes intenses de fruits et de fleurs et une bonne persistance en bouche. Il est souvent assemblé avec d’autres cépages comme le chardonnay, le sauvignon blanc, le grillo ou le catarratto afin d’apporter plus de caractère au produit final. De son côté, le catarratto se retrouve en fait sous deux variétés : le catarratto bianco comune et le catarratto bianco lucido. Il est cultivé uniquement dans la région de la Sicile et on peut en tirer une bonne production annuelle, contrairement à l’inzolia. Il se caractérise par ses arômes de pêches blanches et de pommes et donne un vin sec, frais et relativement léger. Les vins constitués de ce cépage en totalité s’avèrent idéaux pour l’apéritif.

Au chapitre des vins rouges, le néro d’avola est certainement le cépage le plus réputé de la Sicile. Il porte aussi le nom de calabrese, qui signifie en grec « bon raisin ». Ce raisin se plaît dans le climat de la Sicile pour donner à maturité une grande concentration de sucre et, par le fait même, un pourcentage d’alcool élevé dans le produit fini, lui conférant une certaine chaleur caractéristique. En plus de cette forte teneur en alcool, les vins élaborés avec ce cépage se caractérisent par une couleur intense, des arômes prononcés de fruits secs, d’épices et de tabac conjugués à des saveurs de fruits bien mûrs et une matière bien présente, qui peut même être un peu robuste en jeunesse. C’est pour cette raison qu’on l’assemble souvent avec le frappato, un cépage beaucoup plus léger et frais aux notes de cerises. Cet assemblage est d’ailleurs mis à profit pour l’élaboration d’excellents vins rouges de l’appellation DOCG Cerasuolo di Vittoria.

Concernant les millésimes en Sicile, il ,semble que, depuis 2003 le climat ait favorisé la maturité du raisin pour donner des vins rouges bien charpentés pouvant être vieillis encore un certain temps, surtout pour les millésimes 2005 et 2007 qui se démarquent du lot. À l’opposé, les vins rouges des millésimes 1996 à 2002 inclusivement sont plutôt moyens. Pour les blancs, les vins sont habituellement prêts à être consommés dès leur apparition sur les tablettes, et les millésimes récents obtiennent une bonne cote. Ceux de 2004 et moins doivent être bus et ont probablement déjà commencé à décliner.

On vous présente deux vins de l’excellente maison sicilienne Donnafugata dégustés dernièrement.

ANTHÌLIA, DONNAFUGATA, SICILIA IGT, 2010, CODE SAQ : 10542137, 17,15 $

Ce vin blanc d’une couleur jaune pâle offre de beaux arômes de fruits comme la pêche et la pomme, auxquels s’additionnent des notes de fleurs blanches, d’amandes et un très léger côté oxydatif (noyau de pêche). La bouche montre une belle fraîcheur dans un ensemble rehaussé par une onctuosité intéressante tapissant la bouche. Une touche de citron et une légère amertume se font sentir dans une finale de longueur appréciable. Ce vin constitue un excellent achat à ce prix, et le millésime 2010 en donne un peu plus que les précédents. Il s’est mer- veilleusement accordé avec le saumon fumé, mais peut très bien être servi à l’apéritif. Ce vin, constitué des cépages locaux catarratto et inzolia, doit idéalement être servi à une température variant entre 8 et 10 degrés Celsius.

TANCREDI, DONNAFUGATA, CONTESSA ENTELLINA, 2004

À l’œil, on remarque une coloration rouge très foncée qui indique une bonne concentration dans ce vin rouge de 8 ans d’âge. Lorsqu’on approche le nez du verre, l’ensemble est très expressif et charmeur. Ce sont d’abord des arômes de liqueur de cassis, de cèdre et de cuir qui se présentent, lui conférant un profil initial plutôt bordelais. À l’aération, on perçoit des arômes envoûtants de kirsch, de menthe et de girofle. On ne se lasse pas de le sentir. En bouche, le vin semble encore bien jeune. La matière est très présente et les tannins commencent à se fondre. Les fruits noirs ressortent dans un ensemble costaud et capiteux. Un passage de 2 heures en carafe lui fut très bénéfique, le rendant beaucoup plus accessible en bouche en lui octroyant un aspect plus velouté. On pourrait même dire que c’est une main de fer dans un gant de velours. Ce vin est élaboré avec les cépages néro d’avola et cabernet sauvignon, et c’est maintenant l’excellent millésime 2007 (Code SAQ : 10542129) qui se retrouve sur les tablettes au prix de 30,50 $. Je vous conseille de vous en procurer quelques fioles et de les laisser vieillir en cave un minimum de 5 ans. Ce vin, servi à 17-18 degrés Celsius, s’accordera très bien avec un bon gigot d’agneau.

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Professeur de chimie organique et de chimie du vin au CEGEP de Lévis-Lauzon. Titulaire d'une maîtrise en chimie organique. Administrateur pour le site fouduvin.ca Pour lui écrire : daniel.bergeron@cll.qc.ca

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